Passons Macron sous l'évaluateur de légitimité. À première vue, tout est là. La fonction est convoitée. L'Élysée en impose. Le protocole est réglé au millimètre. Les gardes républicains, dans leur uniforme et leurs cuivres, ressemblent à s'y méprendre à des gardes royaux — sauf qu'on ne sait plus très bien ce qu'ils gardent. Le président a beaucoup de pouvoir, plus qu'aucun autre chef d'État occidental. Ses prédécesseurs sont tous connus, documentés, photographiés, l'un après l'autre depuis 1958. Le poste a l'air aussi solide qu'un trône.
On va montrer qu'il ne l'est pas — que cette légitimité, au bout du compte, est faible et chaotique. Il ne s'agit pas de nier ce que la République a accompli. Elle a fait un immense travail de nettoyage, un peu comme le pape François s'attaque aujourd'hui aux abus de son Église — un travail que son prédécesseur, l'Ancien Régime, ne pouvait plus faire. Ce serait mesquin de lui refuser cela. Mais quand les touristes viennent en France, ce n'est pas la République qu'ils viennent voir. Ils viennent voir Notre-Dame, les églises de village, les châteaux, les noms sur les cartes. Le patrimoine est, pour l'essentiel, antérieur au régime.
Première remise en ordre. La numérotation officielle est trompeuse.
La Première République, celle de 1792, n'a pas de président. Son personnage central, Robespierre, finit sur l'échafaud qu'il a lui-même beaucoup fait tourner. La Deuxième, celle de 1848, ne connaît qu'un seul président, Louis-Napoléon Bonaparte, qui se fait élire empereur en 1852. Ni l'une ni l'autre n'a produit ce qu'on appelle aujourd'hui une république : un régime durable dont le chef élu quitte sagement le pouvoir à la fin de son mandat.
La vraie Première République commence en 1875, avec les lois constitutionnelles. C'est celle qu'on appelle par convention la Troisième. Elle est suivie de la Deuxième — dite Quatrième — après la parenthèse de l'État français (1940-1944), pendant laquelle la République disparaît de France et n'existe plus qu'à Londres et à Alger. Et nous sommes aujourd'hui sous la Troisième République au sens strict, celle que De Gaulle a fondée en 1958 et qu'on appelle la Cinquième.
Chacune des trois vraies républiques a duré à peu près le temps d'une vie d'homme. La Troisième (Cinquième), en 2026, entame sa fin.
Pour juger 68 ans, il faut avoir en tête l'échelle à côté. En France, la légitimité royale commence avec Clovis vers 481 et se termine avec le renversement de Charles X en 1830 — ou, si l'on préfère le basculement vrai, avec 1789. Prenons cette fin nette.
Cela fait treize siècles. Cinq dynasties, à peu près régulières :
Chacune tient entre deux cents et trois cent quarante ans. Régularité frappante, qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans l'histoire à cette échelle. Les dynasties turques, perses, mongoles, chinoises n'atteignent presque jamais ces durées.
Ce qui recolle les cinq entre elles n'est pas le sang — les branches changent — c'est le sacre. La même cérémonie à Reims, la même onction, depuis Clovis jusqu'à Charles X. Chaque roi connaît son prédécesseur, personne ne conteste la royauté elle-même, et le rite chrétien tient d'un bout à l'autre. Les transitions dynastiques se font presque toutes sans meurtre. Pépin le Bref ne tue pas le dernier Mérovingien, il le tond, l'enferme au monastère et, chose décisive, demande la validation du pape. Hugues Capet est élu après que le dernier carolingien est mort d'un accident de chasse. Les Capétiens directs s'éteignent faute d'héritier mâle — les trois fils de Philippe le Bel meurent l'un après l'autre sans fils. La chaîne ne se casse pas, elle tarit. Seuls les Bourbons finissent sur un échafaud.
Ce qu'on met en face, aujourd'hui, c'est 64 ans (1875–1939) plus 68 ans (1958–2026). Rapport de un à vingt.
Un régime qui dure, à l'échelle historique, a besoin de deux choses : quelqu'un qui exerce, et quelque chose qui sacralise. La Troisième République a compris qu'il lui manquait la seconde. Elle a donc inventé sa propre religion : la laïcité.
Et il faut lui reconnaître un vrai talent, parce que cette religion a toute la structure d'une religion.
Elle a ses théologiens : les scientifiques. Ils portent une blouse blanche à la place de la soutane, mais l'habit reste, et il continue à séparer celui qui sait de celui qui ne sait pas. Les noms des fondateurs sont, il faut le dire, remarquablement choisis. Le grand thaumaturge du XIXᵉ siècle s'appelle Louis Pasteur. Et pour ne pas laisser les femmes de côté — la nouvelle religion est égalitaire, c'est là son fort — la sainte principale s'appelle Marie Curie, où l'on entend, à qui veut bien tendre l'oreille, la Curie romaine et le curé. Elle épouse un homme dont elle prend le nom et fonde, avec les Joliot-Curie, une véritable dynastie. Comme dans toute Église qui se respecte.
Elle a ses prêtres : les instituteurs. Une armée massive, un par village, habits sombres, vie modeste, dévouement complet. On les appelle les hussards noirs. Ils enseignent le nouveau catéchisme — le savoir contre la superstition — et l'histoire de France dans la version voulue : les Lumières apportent la raison, la Révolution apporte la République, la République est le point d'arrivée. Ce récit fonctionne.
Elle a ses martyrs, ses saints laïques (Jaurès, plus tard Jean Moulin), ses lieux (le Panthéon), ses fêtes (le 14 juillet), sa liturgie civique (Marseillaise, drapeau, monument aux morts dans chaque village).
Et il faut souligner que la France est, à cette époque, seule à faire cela. L'Angleterre a un roi qui est chef de l'Église. Les États-Unis, malgré les apparences, ne sont pas laïques : le dollar porte "In God we trust", c'est en Dieu qu'on fait confiance, pas dans les hommes, et le président prête serment sur la Bible. L'Allemagne, longtemps, a comme premier parti la CDU, Union chrétienne-démocrate. L'Italie a le pape sur place. L'Espagne a un roi qu'on voit tranquillement aller à la messe. En France, De Gaulle et Pompidou sont les deux derniers présidents qu'on voit à la messe ; après, plus rien — le président a cessé de montrer sa religion parce qu'on a compris qu'il n'était pas censé en avoir.
Sur le fond, l'expérience française est intéressante. Elle démontre, sur près d'un siècle et demi, qu'un pays peut fonctionner sans religion officielle sans qu'aucune malédiction ne s'abatte : ni sauterelles, ni sécheresse, ni gens qui s'entretuent dans la rue faute de morale. La criminalité y est comparable à celle des pays voisins. C'est un vrai résultat.
Sauf que l'expérience est faussée. La laïcité française ne s'est pas développée sur un terrain vide. Elle s'est développée sur dix-huit siècles de fond chrétien. Les valeurs qu'elle croit avoir inventées — l'égalité, la dignité, les droits humains — étaient déjà là, posées par le christianisme, transmises par les grands-mères, retravaillées par les Lumières. Un pays réellement laïque au sens fort — laïcité pure, sur des enfants laïcs de parents laïcs de grands-parents laïcs — n'a jamais existé. Cette expérience-là n'a pas été faite.
Une religion qui se respecte a sa croisade. La République laïque a la sienne, et c'est la guerre de 14.
Il faut se souvenir de l'enthousiasme. Tout le monde y va. Les intellectuels y vont, les poètes y vont, les instituteurs y vont — hussards noirs qui se font tuer en tête de leurs sections, dans leur uniforme neuf. On leur a expliqué que c'était une guerre sainte contre l'obscurantisme des deux empereurs, l'allemand et l'austro-hongrois, l'un catholique, l'autre protestant, peu importe : ce qu'on combat, ce sont deux régimes de sacre chrétien. La République porte le glaive de la raison contre eux.
Le grand prêtre de cette guerre est Clemenceau. Cape et moustache, il descend dans les tranchées, brave le danger, bénit ses soldats à sa manière athée. Et surtout, il refuse absolument la paix — même quand elle est possible. En 1917, l'Autriche-Hongrie envoie discrètement des signaux pour une paix séparée. La France refuse. Par haine laïque de l'empire chrétien, elle ne peut pas admettre qu'on négocie avec un Habsbourg. Ce refus prolonge la guerre d'un an ; il coûte des millions de morts supplémentaires. Ce n'est pas une fatalité, c'est une décision.
Le contraste vaut d'être posé. À Sedan, en 1870, on emprisonne l'empereur français, on ne l'exécute pas ; on prend l'Alsace-Lorraine, où l'on parle allemand ; on demande des dédommagements et on s'en va. Ce sont deux monarchies chrétiennes contraintes par la même règle : on ne cherche pas à anéantir l'adversaire, parce qu'un mort tue une âme, et qu'une âme n'appartient à personne. Louis XV, à Fontenoy, parcourt le champ de bataille avec le Dauphin — pour calmer, par la vue cruelle qu'il offrait, les enivrements du succès — et lui montre les corps amoncelés : on ne peut pas appeler victoire ce qui laisse des cadavres autour de soi, même ceux de son ennemi. Ce genre de phrase disparaît en 14-18. On meurt pour la patrie — mais la patrie n'est pas Marie, c'est Marianne, seins nus sur les timbres, et on ne sait pas très bien ce qu'elle fait de ses morts. Mangin envoie les Sénégalais et les Bretons au Chemin des Dames comme d'autres envoient des jetons à la roulette. On l'appelle le boucher, et il l'est.
Un contre-argument s'impose et il faut le poser honnêtement, sinon toute cette section s'écroule : la monarchie chrétienne a commis, elle aussi, des massacres énormes. La Saint-Barthélemy, les dragonnades, les guerres de religion, les croisades albigeoises, le sac du Palatinat — tout cela au nom de rois très chrétiens, parfois même bénis par un pape. La thèse "la République tue parce qu'elle a désacralisé" ne tient pas telle quelle. Fontenoy est une phrase, pas une régularité ; et la retenue tient aussi à la technique — armées de métier, pas de chemin de fer, pas de mitrailleuse. Ce qu'il faut dire, plus précisément, c'est ceci : la monarchie chrétienne a tué, mais elle savait s'arrêter, parce que quelque chose en elle disait qu'un mort de trop était un mort de trop. La République ne le sait pas. Elle envoie ses soldats mourir par centaines de milliers pour reprendre un village qu'elle ne tiendra pas trois jours, et le lendemain elle recommence. Le cas Clemenceau, sur ce point, tient tout seul : il est irréductible.
J'ai eu l'occasion de consulter les Archives du Vatican en personne. Ce qu'on y voit est édifiant.
Les lettres de Louis XVIII et de Charles X au pape sont signées "sa très chrétienne majesté". Elles s'adressent à un père et parlent la langue d'un fils. Les lettres du tsar de Russie, de l'empereur Guillaume, du roi de Hollande sont respectueuses, mais d'un autre ordre — souverain à souverain, on se tient un peu à distance.
Et puis il y a une lettre de Jules Grévy au pape Léon XIII. Grévy est ouvertement athée. Sa lettre au pape est d'une déférence considérable. Il va du « Très Saint Père » au début et à la fin, et demande la bénédiction pontificale pour lui et sa famille. Le président de la République des laïques, à genoux dans sa plume — c'était drôle à lire.
Ce document dit à peu près tout. Même celui qui croit le moins demande une bénédiction. La laïcité, même chez ses champions, n'a pas encore convaincu qu'elle suffit.
Regardons maintenant le rythme sur deux siècles. Il tourne, en gros, en trois temps : République, Empire, Royaume. Appelons-le le rythme RER, ça se retient bien.
Premier tour. Première République en 1792, marquée par la Terreur et le chaos. L'anarchie appelle un homme providentiel. Napoléon Iᵉʳ arrive, sort du néant — il n'est fils de rien, comme dans toute République — et se fait couronner empereur. Après lui, la Restauration ramène le roi, puis la monarchie de Juillet. Cycle complet.
Deuxième tour. Deuxième République en 1848. Elle produit sans tarder son homme providentiel, Louis-Napoléon, qui devient Napoléon III. À la chute de l'Empire, en 1871, la Chambre est monarchiste aux deux tiers. Le roi doit revenir. Il ne revient pas — pour une histoire de drapeau, le comte de Chambord refuse de renoncer au drapeau blanc, et la République s'installe faute de mieux, à une voix près. Le RER, cette fois-là, déraille sur le troisième temps. Le Royaume est resté à quai.
Troisième tour. Troisième République en 1875. Elle dure — c'est nouveau. Elle finit en 1940. Vichy joue alors la partition attendue : Pétain est bien un homme providentiel, tiré de l'armoire des vieux maréchaux, appelé par une République défaillante. Puis vient De Gaulle, qui n'est pas un roi mais qui remet le pouvoir au centre, invente la Cinquième République et fabrique une monarchie républicaine. On peut donc dire que le RER s'est joué une troisième fois, à ceci près que la case Royaume est occupée par un général sans dynastie. La suite — Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac — c'est un régime qui vit sur l'inertie de son fondateur, monarque par les institutions sans avoir le sacre.
Ce rythme RER n'est pas un ornement. Il dit quelque chose de plus profond : la France, quand elle se prive du roi, doit produire un homme providentiel pour boucher le trou, parce qu'une République ne se suffit pas. Une monarchie n'engendre pas d'homme providentiel — la place est prise. Il faut le vide républicain pour que l'homme sans origine puisse s'engouffrer et se déclarer sauveur.
Derrière le RER, il y a un couple encore plus fondamental : monarchie et anarchie. La monarchie, c'est le Un. L'anarchie, ce sont les égaux qui se disputent. La féodalité mérovingienne et carolingienne, c'est de l'anarchie au sens propre, avec un roi qui n'est que primum inter pares, premier parmi ses égaux, obligé de se battre en permanence contre le duc de Bourgogne et les grands barons. Louis XIV met fin à cette anarchie et affirme la monarchie — non pas comme monarque absolu au sens égyptien (le pharaon jetait aux crocodiles ; Louis XIV, lui, doit être à la messe à 8 h qu'il ait ou non passé la nuit avec sa maîtresse, s'habiller devant deux cents courtisans, faire ses heures ; sa vie est une discipline phénoménale) — mais comme le Un qui n'est plus égal à personne.
La Révolution, c'est le retour au tous-égaux, donc à l'anarchie, avec le mot en A pour la théoriser. Elle appelle Napoléon pour redevenir Un. Elle appelle Napoléon III. Elle appelle Pétain, elle appelle De Gaulle. À chaque fois qu'elle atteint le seuil d'anarchie, elle réclame un Un.
Aujourd'hui, l'anarchie remonte. Les partis se ressemblent tous. Les extrêmes s'affrontent sur cinquante euros de pouvoir d'achat. Mélenchon, qui déclare admirer Robespierre, se voit lui-même en Robespierre — c'est sa quatrième candidature. Le Pen, de son côté, attend d'être appelée. La demande d'un homme (ou d'une femme) providentiel est perceptible. Le RER se remet en marche.
Il y a une symétrie qu'il faut poser explicitement, parce qu'elle commande la lecture. La papauté fait un miroir Pierre-Pierre : Pierre au commencement, Petrus Romanus annoncé à la fin, avec toute l'histoire chaotique au milieu. La République française fait un miroir Robespierre-trio : Robespierre au commencement (avec ses guillotines), et à la fin le trio Macron / Mélenchon / Le Pen qui rejoue la scène.
Mélenchon en Jacobin-Montagnard, tribun d'un talent d'orateur exceptionnel, sans expérience de gouvernement, qui menace nommément le président et veut la sixième République — c'est-à-dire le retour à la Convention, sans dire le mot. Le Pen dans le rôle de la contre-Révolution qu'aucune Révolution n'a jamais réussi à éteindre. Macron au milieu, ni l'un ni l'autre, jupitérien fabriqué de toutes pièces, qui a fait son mandat en s'affolant tour à tour d'une pandémie, d'une invasion russe qui est une blague — pas celle, réelle, de l'Ukraine en 2022, mais celle, sans cesse rabâchée par l'OTAN et l'Élysée, d'une Europe envahie par une Russie exsangue et presque ruinée : une mauvaise blague, l'occasion de se réarmer et de retourner cinquante ans en arrière —, et d'une réforme des retraites que personne n'attendait comme aussi urgente.
C'est le miroir de la Révolution qui revient. Robespierre commençait par déclarer sacrée la volonté du peuple et finissait par envoyer à l'échafaud ceux qui l'incarnaient de travers. Nos trois personnages sont plus doux — les mœurs ont changé — mais la structure est la même : chacun se réclame du peuple, chacun veut son homme au centre, aucun n'a de légitimité qui remonte à plus que son propre discours.
Le début d'un régime dit sa fin. C'est vrai pour un pape, c'est vrai pour une République.
La République française est née d'une émeute parisienne qui a fait tomber un roi. C'est son acte de naissance : la démonstration qu'on peut faire tomber celui qui est en haut si Paris s'y met. Ce mécanisme est inscrit dans le régime pour toujours. Personne ne peut l'éteindre. Une monarchie, elle, ne se renverse pas par une émeute — il faut le sacre pour faire le roi, il faut le régicide pour le défaire. Et le régicide, sur mille ans, est arrivé une seule fois. En 1793, la France perd la tête. Louis Capet — c'est son nom sous la Révolution — est dé-cap-ité, on lui enlève son capet. La France, en même temps, perd la tête au sens fort, et ça donne la Terreur, puis l'aventure napoléonienne, puis la course à la revanche jusqu'en 14-18. On ne se coupe pas de la tête sans conséquences.
À l'autre bout, ce même mécanisme de départ revient. De Gaulle vit mai 68 : une émeute parisienne qui tente de faire tomber le président, et pour laquelle De Gaulle part en secret à Baden-Baden s'assurer de la fidélité de l'armée. Cinquante ans plus tard, Macron vit les Gilets jaunes : partis du prix de l'essence, tous les samedis pendant des mois, la police au bord de l'épuisement, toutes les permissions supprimées. La séquence s'interrompt seulement grâce au Covid, et grâce au choc de l'incendie de Notre-Dame — deux événements sans rapport avec Macron. Et voilà que son quinquennat se termine sur une nouvelle crise de l'essence, plus grave encore. Le mécanisme de la Révolution rejoue en boucle, à intervalles de plus en plus rapprochés.
Ce n'est pas un accident. C'est le régime qui rejoue son acte fondateur, parce qu'il n'a rien d'autre.
Que reste-t-il ? Un pays de cocagne. La France garde les valeurs chrétiennes que dix-huit siècles ont déposées en elle, et elle a ajouté par-dessus les acquis républicains : sécurité sociale, congés payés, chômage, école pour tous, hôpital pour tous. Ce sont des choses extraordinaires. Ceux qui les balaient d'un revers de main ne savent pas ce qu'ils font.
Mais l'ensemble ne tiendra pas en l'état. L'appétit de sens, dans la population, n'est plus nourri par personne. Les partis se battent sur des sommes ridicules. Zemmour se réfère à l'histoire de France sans en tirer les conséquences — s'il allait au bout, il devrait proposer la monarchie et la légitimité, pas croire qu'on gouverne avec 5 %. Macron affole son opinion avec une invasion russe qui n'aura pas lieu — l'invasion future, sans cesse rabâchée, de l'Europe par une Russie exsangue — juste pour justifier sa fonction. Personne, dans le paysage officiel, ne dit ce qui manque : le sacré partagé.
La nature a horreur du vide. Un appel d'air va se faire. Une forme de légitimité va revenir en France — pas nécessairement celle qu'on imagine, pas nécessairement royale au sens ancien, mais quelque chose qui rattrape ce que la République ne peut plus donner. C'est la surprise qui nous attend. Après Macron, il y aura peut-être une présidente, peut-être un essai Le Pen, peut-être encore autre chose ; mais quelle que soit la figure, c'est la fin de la saga présidentielle telle qu'on l'a connue. On ne peut plus aller plus loin dans ce sens-là.
Il reste à voir de quel côté l'appel d'air soufflera.