La médecine dont il sera question ici n'existe pas encore dans nos hôpitaux, ni dans les cabinets de thérapeutes de tout bord. Elle attend pourtant son tour, inévitable par sa logique, et elle possède déjà ses médicaments : comprendre nos envies, et savoir ce qui les aidera à s'exprimer.
Commençons par deux histoires — une courte, une longue — pour mettre en scène ce qui s'appelle ici les neuf appétits.
Dans plusieurs endroits du monde
Avoir faim. Parce que je suis pauvre, et mon frigo est vide. Parce que je suis un enfant dans un camp de réfugiés au Soudan, et j'ai perdu mes parents. Parce que je suis obèse, que je n'ai pas le droit de manger avant demain, que j'en meurs d'envie car c'est la seule chose qui calme la douleur de mon âme. J'ai faim d'autre chose que ce qu'on me donne à manger depuis des mois, qui me dégoûte.
Ces faims-là font très mal. Elles ne viennent jamais seules. Angoisse, maladies, violences les accompagnent. Solitude et malheur hier, aujourd'hui et demain.
Dans un appartement parisien, narration d'un début de soirée
J'ai faim. Je viens de rentrer de mon jogging. Pas eu le temps de manger à midi. Il est 19 heures. Dans une heure, je dîne avec elle. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu faim comme ça. Trop pris par le travail. Je suis de très bonne humeur. Une chanson me vient à l'esprit. Je la chante. Puis, je la crie et j'en ris. Aïe, faut pas que j'oublie ce que j'ai appris au Yoga hier soir. Inspirer vite et profond par le nez, chanter pendant que j'expire par la bouche. Trop drôle. Bon, j'arrête de chanter, les voisins vont pas comprendre. Mais je me parle à voix haute. Allez, j'inspire par le nez, et je me parle en expirant. Je me salue, je me souhaite une bonne soirée.
J'ouvre le congélateur. Non, pas le temps et pas envie de ce qu'il y a. Je commande plutôt quelque chose qu'elle aime. Au magasin bio en bas. Un apéro, d'abord avec leurs canapés avec de l'avocat et toutes sortes de tapenades aux olives. Pas trop, j'en commande une dizaine, et comme ça, on garde la faim. Puis, second apéritif, et là ce sera elle le repas. On ira pas trop loin. Je vais l'allumer, ha ha !
Puis on mangera ensuite, une pizza, celle qu'elle adore, avec plein d'aubergines frites, sans fromage. Vegan oblige. Puis on refera les câlins, les vrais. Puis je me retiendrai de lui raconter mes deux grosses nouvelles. Je me retiendrai de parler, pour l'écouter. Tiens, je vais me mettre un élastique autour du doigt. Tu parles trop, rappelle-toi d'écouter. Continue de te parler à toi-même, ça t'évitera de la saouler. Tiens, je lui demanderai de me montrer ses derniers dessins, de me montrer les photos du grand tableau que j'ai vu la semaine dernière, et des nouvelles de son boulot à l'école.
Quand j'aurai fait tout ça, je lui raconterai ma grande nouvelle. Ce que mon labo a découvert aujourd'hui, le résultat de trois années de recherche. Le bingo ! Une grosse découverte, du tèr lourd, qui va sauver des millions de vies. Quand j'aurai fini, je sortirai le dessert, le New York cheese cake. Avec le champagne pour célébrer. On refera ensuite des câlins. Toute la nuit devant nous et grasse mat' demain.
Je réserve la deuxième surprise pour demain. On s'est rencontré pile il y a un an. Je parie qu'elle ne s'en souvient pas. Je lui propose le mariage.
Voilà, le plan de soirée est parfait, y a plus qu'à le dérouler, à m'y tenir. Quel kif en perspective ! Ah, j'ai oublié de mettre la musique. Elle m'a parlé du dernier album de cette chanteuse française, zut comment elle s'appelle. Je regarde sur mon téléphone. Zut, j'ai oublié de me parler à haute voix. Elle vient dans 20 minutes. Le temps d'une douche. Tiens, je vais me passer de l'huile un peu partout avant de me savonner. On va réveiller un peu les morts, trop de boulot ces derniers jours, faut se stimuler un peu, lui préparer le boulot…
Je me dis à moi-même, en expirant, à voix haute : préparation à l'entrée au Paradis !! À demain, moi-même ! Belle soirée !! La soirée de ta vie. Savoure-la, va doucement.
Deux histoires caricaturales, très fréquentes à quelques détails près.
La première, malheureuse, a été sacrifiée dans son contenu. La pauvreté engendre la monotonie.
La seconde, heureuse de bout en bout, fourmille de détails. De manques qui sont comblés ou en passe d'être comblés. Le bonheur est parfait, car il sollicite tous les manques que peut vivre l'humain. Laissons la première de côté, qui ne se commente pas, dans la mesure où tout manque, où toutes les valeurs et tous les plaisirs sont absents.
La deuxième a été rédigée comme un véritable catalogue des appétits humains. On aurait pu rajouter le compte en banque bien garni, la belle voiture. C'est inutile, car ces choses sont supposées pour des Parisiens qui travaillent et vivent en ville. L'histoire décrit une soirée où tous les appétits sont alignés comme peuvent s'aligner toutes les étoiles. On ne peut être plus heureux. La faim est saine, et sait qu'elle va être satisfaite en accord avec le goût et le partage, et selon des principes forts, respectueux du bien-être animal et de sa propre santé. On ne se goinfre pas, on sait attendre, pour démultiplier le plaisir. On boit au bon moment. On fait l'amour en versements successifs. En montrant toute l'affection du monde, et en l'inscrivant dans un projet à très long terme. On partage des informations sur ce que chacun fait, on déborde de choses à raconter, dont certaines peuvent « sauver » la planète, ou une grande partie.
On revient d'avoir couru, et on a l'intention de continuer le lendemain. On se parle à soi-même, on se caresse soi-même, pour s'aimer, pour éprouver le bonheur simple de la respiration et du toucher. On se prépare à le faire avec l'autre, en parsemant son discours de pauses. À bas le monologue qui tue tant de couples.
C'est une soirée parfaite. Nommons les appétits qui y participent — ce catalogue de nos envies a une vocation clinique. Je raconte les neuf remèdes les plus puissants de l'envie de vivre.
Nous imiterons la succession des chakras, qui vont de bas en haut, avec une correspondance entre certaines émotions et certains organes, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Chaque appétit est un mode d'absorption du monde. On mange le monde par sa bouche, on l'absorbe par sa peau, par ses oreilles, par ses tripes, par ses questions. Aucun de ces modes ne peut se substituer à un autre. Ils s'entraident temporairement — celui qui a faim supporte mieux sa faim s'il reçoit de l'affection — mais on ne vit pas d'amour et d'eau fraîche.
Ils sont liés à des zones anatomiques, dont les contours parfois sont imprécis et font se chevaucher deux ou trois appétits. La sexualité est clairement associée aux organes génitaux, mais est en colocation avec l'appétit de reproduction. Cet appétit peut s'étendre à toute la peau, ce qui permet l'érotisme. Le hara vient ensuite. C'est l'appétit des tripes, de la perception immédiate d'une situation complexe, ce qu'on appelle aussi l'intuition. Trois mille ans de médecine chinoise et japonaise lui attribuent une importance phénoménale, un rôle d'ancrage, le centre de gravité des guerriers, un pivot pour la respiration. Le hara est en dessous du nombril, en avant de la colonne vertébrale basse. Puis vient l'appétit de nourriture, le plus connu, celui qui s'accompagne volontiers du mot « bon ». Celui qu'on se souhaite l'un l'autre, cas unique parmi les appétits. Il est associé à la partie haute de l'abdomen, au dessus du nombril, ce qu'on appelle classiquement le plexus solaire.
Ces trois premiers appétits sont immédiats, primitifs, non verbaux. J'ai le désir d'un/une autre, j'ai le désir de m'engouffrer dans cette situation, j'ai le désir de ce plat. Le contraire est vrai, et tout aussi non verbal. Je n'éprouve aucune attirance sexuelle pour cette personne, je veux m'en écarter, je n'ai aucune envie de manger ce plat.
Le quatrième appétit est centré au cœur. Clairement l'organe sollicité quand on aime, ou qui fait tout de suite mal, une vraie « crise cardiaque » quand on est abandonné. Être amoureux rend typiquement tachycarde.
Au dessus et à côté, le cinquième appétit, celui de bonheur, de joie, de la rigolade, de l'expansion. Associé au thorax en général, aux poumons en particulier. La respiration en est le premier reflet, jusqu'à l'explosion du rire, qui est une utilisation particulière de la respiration.
Le sixième appétit, celui de communiquer, est dans la continuité des deux précédents. Il est à la gorge, l'appareil de la parole, avec un prolongement aux deux oreilles. On veut parler, et moins souvent, on veut écouter.
Ces trois appétits sont très liés à la fois anatomiquement et dans leur ressenti. On veut d'autant plus parler avec ou écouter quelqu'un qu'on aime, qui nous rend heureux ou nous fait rire.
Le septième appétit est associé à la tête, au système nerveux, aux sens. C'est la curiosité intellectuelle, qui passe par les sens, ce qu'on sent, on touche et on entend, mais aussi la réflexion. On entend quelque chose, et on veut en savoir plus. On ne se contente jamais de l'information reçue, on veut vérifier. On veut expérimenter ce qu'on n'a jamais vu ou entendu, on veut voyager. On veut du neuf.
Le neuvième et dernier appétit. C'est l'appétit de Sens. La courroie de transmission entre les facultés comme la volonté, la retenue, le sentiment du devoir. Le partage de ce qui est devant les appétits, information, nourriture ou expérience. C'est à ce niveau que tombe le « je n'ai pas envie de faire cela » ou « je fonce ». Cet appétit désire la vie plus que tous les autres, et fait que le navire tient, ou laisse le navire sombrer.
L'appétit de Sens range la diversité des informations qui lui parviennent en deux catégories : ce qui se ressemble et ce qui diffère. Ce qu'on a appelé, un peu caricaturalement, le cerveau droit et le cerveau gauche. Le Sens trie ce qui pointe vers l'Unité de ce qui pointe vers le Multiple. Et c'est la gestion de ce paradoxe qui donne le Sens à chacun. Un mot qui signifie « direction » et « signification », deux concepts très liés.
Le Sens de l'Unité aboutit à la plus grande question que se pose l'homme : l'existence d'une entité qui réunit tout, où toutes les ressemblances, toutes les analogies, tout le passé se réunit en un seul point. C'est ce qu'on appelle Dieu ou le Divin, ou la Providence quand on parle de l'action de cette entité dans l'histoire. Est-ce qu'une Providence guide ma vie ? Est-ce que les innombrables coïncidences significatives et autres événements bizarres tirent leur source d'une sorte de Projet dont je ferai partie ? Moi, et mon entourage et ma Cité ? Est-ce que la Religion, quelle qu'elle soit, répond bien à ces questions ? D'où je viens et où je vais ? La certitude de la mort dans l'avenir et l'incertitude de vivre au-delà de la seconde qui vient sont un contraste potentiellement insupportable. Notre appétit de Sens veut savoir, veut consommer du savoir qui permet de répondre à ces questions.
Le sentiment du Sacré, qu'on sent dans une Église ou une Mosquée ou devant un paysage grandiose, est dérivé de l'appétit de Sens auquel se mêle notre Hara, notre intuition, qui à ce moment-là se sent saturée et comblée. C'est dans la rencontre entre le Sens et l'Intuition que naissent les vocations, la volonté de se sacrifier pour ses enfants ou sa Cité.
C'est de très loin l'appétit le plus puissant, alors qu'il donne la sensation physique la plus faible. On ne le sent pas dans la tête comme on sent l'amour dans le cœur ou le désir entre les jambes. Pourtant, il les commande tous. Cet appétit peut décider de ne pas manger ni boire, pour sauver sa peau ou pour l'honneur ou pour une cause, peu importe, pourvu que cela ait un sens fort. Il peut décider que toute la vie sera chaste, faisant taire l'appétit sexuel. Sans que la personne attrape des maladies incroyables par manque d'expression d'un appétit fondamental. S'il consomme un sens qui le satisfait à partir de toutes ces abstinences, le corps entier suivra et survivra. Il en sera même plus fort.
Mais ne serait-ce pas alors la solution potentielle de la santé ultime ? Trouver comment réveiller cet appétit et qu'il réveille les autres ? La curiosité intellectuelle, seule, comme l'appétit seul ou la sexualité, sont bien incapables de réveiller l'envie d'aimer ou d'être aimé. Elles sont bien incapables de donner du sens à notre existence, ou alors brièvement, le temps d'un repas gastronomique ou d'une partie de sexe. L'appétit de Sens pourrait nous donner l'ordre de chercher l'amour ou le sexe. Et nous le ferions. Mais ce n'est pas possible. Car en lui réside l'appétit de reproduction. Et il peut fermer ou perturber à jamais l'appétit de Sexe sans accord entre les deux appétits.
Cette prééminence sur les autres appétits vient du fait qu'il est le siège de la plus grande question donnée à l'homme qui cherche du sens. La mort et l'après-mort, et a posteriori, à quoi a servi ma vie, une fois que je serai mort. Il n'existe alors qu'un seul être qui peut résoudre ces questions, Dieu, celui qui a été avant, qui est pendant, et sera après la Vie, en tous les cas, ma vie et celle de mes ancêtres et de mon entourage.
Or que veut ce Dieu de moi ? Qu'a-t-il voulu en créant le monde et en me créant moi ? Je n'ai strictement aucun moyen de le savoir. L'appétit de Sens a, plus que tout autre désir, celui d'entendre Dieu lui parler, ou les Morts, ce qui revient, pour la plupart des gens, au même. Mais Dieu ne parle pas, pas plus que les morts. Ou alors, Il a parlé au travers de textes, où sont consignées des paroles de gens qui auraient parlé à Dieu. Les morts, qui eux aussi se taisent pour toujours, ont leurs intermédiaires, qui savent où et comment les contacter. Laissons les morts de côté, car les solliciter reste un phénomène marginal, même si dans certaines cultures c'est extrêmement important.
La relation à la question d'un Dieu qui existe et a parlé naguère est beaucoup plus déterminante. D'abord parce qu'elle est déterminante dans le monde actuel, pour beaucoup d'individus et de peuples. Et aussi parce qu'elle est la clef de tous nos appétits et donc de notre santé. Soit je décide d'être athée et la relation entre mes appétits prendra un tour particulier. Soit je deviens croyant, voire ultra-croyant, et mes appétits suivront la ligne imposée par ces croyances. Dans les deux cas, pas de santé.
Il est facile de comprendre pourquoi dans le second cas. Ma religion m'impose telles règles de manière uniforme, et qui s'appliquent à tous mes appétits. Or ces règles ne sont pas du sur-mesure, adapté aux changements permanents d'intensité de mes appétits, mais du prêt-à-porter, qui finit par castrer le désir, castrer l'intuition, l'envie ou même la possibilité d'aimer, détruire la curiosité intellectuelle en m'imposant telle lecture, et atrophier mon appétit de Sens à qui il est dit : « tu as trouvé le sens, donc tais-toi ».
Pour l'athée, c'est une autre castration qui intervient. C'est d'ailleurs la castration la plus radicale. Autant le croyant peut se laisser aller à boire ou danser au cours de fêtes religieuses tout en gardant le Sens, autant l'athée s'interdit tout Sens à tout moment. Toute interrogation qu'il peut avoir devant des coïncidences, devant le sacré d'une Messe de Mozart jouée dans une Église, est tue. Il a pour Créateur le hasard, et pour Providence, toujours le hasard, et pour Destin encore le hasard. Les appétits inférieurs sont alors privés de leur « cerveau », de leur harmonisateur, capable de les faire réagir devant la beauté d'un paysage ou d'une femme, sans pour autant leur sauter dessus, et vouloir voler ou violer.
L'appétit de Sens a aussi sa forme tumorale, où il envahit tout et ne laisse plus de place à rien d'autre. Le djihadisme contemporain en est l'exemple le plus visible, mais elle peut prendre sa forme juive, chrétienne ou bouddhiste, avec ces jeunes prêts à sacrifier leur vie dans des attentats-suicides, avec cette mission que Dieu leur a confiée, ce sentiment de Projet dans lequel ils servent, si fort que rien d'autre n'a sa place dans leur vie. Avec bien entendu ces fenêtres dans leur foi, où lors de razzias à plusieurs, et toujours en hurlant le Nom de Dieu, ils font pause sur les prières et battent, violent, tranchent et coupent, enfants, femmes et vieillards.
L'athée a plusieurs versions : l'humaniste, plein de lignes rouges sur ce qui se fait et ne se fait pas, sans avoir besoin de Dieu pour vous le dire. Mais aussi la bête brute, qui ne se pose aucune question, pour qui Dieu n'est pas une quantité qui existe ou a existé. On tue si on a envie.
Dans le scénario du bonheur raconté en introduction, tous les appétits sont stimulés et en mode feu vert de l'un vers l'autre. On attend un être aimé, avec qui on partage un repas, un acte sexuel (sans aucune inquiétude en cas de reproduction), on a des choses passionnantes à échanger en perspective, on a plein de projets qui remplissent notre vie de Sens, depuis la veille, le jour même, et pour les années à venir. On mange des choses délicieuses. Notre intuition nous dit qu'on est exactement là où il faut être, que c'est obéir à son destin.
C'est la mécanique de ces appétits qui détermine à tout moment la physiologie de notre bonheur. A-t-on bien réfléchi à développer ces appétits de manière harmonieuse, non pas dans une configuration qui arrive une seule fois, comme dans le cas de notre « histoire », mais comme un travail au quotidien, conscient de ce que chacun demande, des contradictions entre mon envie de manger et mon envie d'être léger pour mieux bouger, entre mon envie de silence et la nécessité d'écouter l'autre au nom du Sens. Toutes les combinaisons sont sollicitées au jour le jour, de manière différente. Chaque situation est un exercice de flux et de cohérence entre appétits, de résultante entre des envies diamétralement opposées.
Le Sens me relie à mon corps mais aussi à ma Cité. Il est le seul à le faire. C'est l'appétit le plus puissant, celui qui sait tracer les lignes rouges à tous les autres, au nom de l'Envie de Vivre, celle qui naît lorsque une vague de feux verts laisse passer le désir de notre a à notre z. Probablement chez les enfants, cette vague court naturellement. Elle doit être certes puissante, mais celle de l'adulte qui a développé une curiosité intellectuelle aigüe, qui nourrit son appétit d'affection avec quelqu'un avec qui l'échange est passionnant, doit atteindre des sommets.
Les appétits ont leurs embûches anatomiques, qui sont les feux rouges. La frigidité et l'impuissance en bas. L'impression de n'être pris aux tripes par rien. Tout nous laisse de glace. Le plexus douloureux qui rend la faim et le manger désagréables. La léthargie, l'envie d'aller nulle part. Le poids sur la poitrine, qui rend ma respiration superficielle. Le cœur qui pique et qui brûle. La gorge qui est nouée, ou bouchée par une boule. La tête qui n'est qu'un poids.
On pourrait multiplier ces dysfonctions. Mais la médecine n'a pas encore exploré la santé dans ce sens, comme un « sport » des appétits. On juge la santé d'après la persistance de la faim, qui est un bon signe, mais accompagne beaucoup d'états pathologiques sérieux. Une mamie qui a bon appétit, et une tablette d'hôpital chargée de livres et de mots croisés, n'a pas besoin d'examens complexes. Elle est clairement en bonne santé. Mais on pourrait aller encore beaucoup plus loin. Certaines substances encore illégales actuellement, en particulier les champignons, sont de remarquables modulateurs des appétits, ce que ne sont pas les médicaments habituels. Il n'existe curieusement aucun médicament classique, disponible pour le médecin, qui met de bonne humeur, qui donne de l'appétit, qui rend curieux. Strictement aucun. C'est pourtant ce qui serait la clef pour recouvrer la santé perdue. Les patients hospitalisés attendent, pour la plupart. Mangent, puisque c'est la grande activité de la journée.
Il y a là un renversement à opérer. Traiter les maladies une à une, comme on le fait, est une bataille perdue tant que les neuf appétits ne circulent pas. Restaurer leur circulation, ce n'est pas soigner un symptôme, c'est enlever au corps la raison même de tomber malade.
Je crois en une médecine du Graal. Qui aurait pour vertu d'harmoniser les neuf appétits en soi et autour de Soi, dans la Cité. Et de remplir ainsi notre cœur, l'organe qui nourrit chaque tissu du corps à chaque instant, d'un liquide précieux, chargé de l'envie des neuf appétits.
Comme dans la légende du Graal, qui voulait qu'en voyant ou en touchant le vase, on guérissait de toutes les maladies. Un sang nourri des neuf envies de vivre, en cohérence les unes avec les autres, en cohérence avec l'environnement, guérit une part immense des maladies. Ce n'est pas une hypothèse, c'est ce que la clinique enseigne à qui veut la lire ainsi.