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Les Projets du GRaAaL pour la santé de la Cité et de Soi

MANNA

La Croquette

D'où vient l'idée

J'ai toujours eu des chiens. Et j'ai toujours craqué. Ils posent leur tête de suppliant sur la table, et je leur donne ce qu'ils adorent : notre nourriture. Entre leurs croquettes et du riz blanc, ils choisissent le riz blanc.

Un jour, en Israël, je croise un homme avec un colley. On discute. Il me dit qu'il nourrit son chien depuis sa naissance avec des croquettes vegan. Le chien a sept ou huit ans et il est en pleine forme. Je ne savais même pas que ça existait.

Plus tard, sur un marché, je vois un chien de race magnifique. Poil ras, brillant comme du satin, debout et fier. Je demande au propriétaire comment il le nourrit. Des croquettes, uniquement des croquettes, d'une marque vétérinaire. Pas végétariennes, mais faites avec soin. Tout le contraire de moi.

Puis je lis que les chiens nourris avec de bonnes croquettes vivent plus longtemps et en meilleure santé que ceux qui mangent comme nous, viande comprise. On parle parfois du double. Je ne sais pas si c'est le double, mais c'est nettement plus.

C'est là que je fais le saut. Et si on faisait des croquettes pour l'homme ? Une nourriture qui contient tout ce qu'il faut, sur le même principe, et qui viserait la plus grande longévité ?

Les premiers essais

Mon fils aîné aime l'idée. Il achète un paquet de croquettes vegan pour chien, en se disant que ça doit convenir à un humain. Il tient trois jours. C'est mangeable, mais c'est insipide : ce n'est pas fait pour nous.

Alors il en fabrique lui-même, avec des céréales complètes et le reste. Mon idée depuis le début, c'est une nourriture que toute la maison peut manger : nous, nos chiens, les enfants pas trop petits, les vieillards. Telle quelle, mixée, en soupe, comme on veut. Une nourriture universelle pour la maison. Avec du goût.

Le résultat est un succès énorme auprès des invités. Et auprès des chiens. Il y en avait trois à la maison. On a fait l'expérience dix fois : dans une main une croquette du commerce à la viande, dans l'autre la croquette maison, sans viande. Les chiens ont pris la croquette maison à chaque fois.

Puis mon fils a oublié la recette. Elle était géniale. Elle est perdue.

Il y a six mois, j'ai repris les essais. Ils étaient très intéressants. Mon travail à l'hôpital m'a éloigné de la maison et j'ai dû arrêter. Ils n'attendent qu'une chose : qu'on reprenne.

Le constat

Prenons les 8 milliards d'humains et rangeons-les sur une courbe en cloche. Les chiffres sont arrondis, et ils bougent beaucoup, surtout localement, avec le climat et les guerres.

2 milliards pas assez à manger 4 milliards assez, mais mal 2 milliards trop à manger faim, mort obésité massive
L'humanité rangée selon ce qu'elle mange. Chiffres arrondis.

À un bout, deux milliards de personnes qui ne mangent pas à leur faim. Pour près d'un milliard d'entre elles, c'est la faim tout court, et pour certaines la mort.

À l'autre bout, deux milliards en surpoids. Pour un milliard d'entre elles, c'est massif, et elles sont en danger elles aussi, par excès.

Restent quatre milliards au milieu. La plupart ne sont ni affamés ni obèses, mais leur santé est précaire. Ce sont eux que guettent les cinq diabètes : le diabète sucré, le cancer, la démence, et l'athérosclérose, le diabète des vaisseaux. Ces maladies sont toutes liées, en grande partie, à ce qu'on mange, et à la sédentarité du corps comme de l'esprit.

L'urgence est aux deux bouts.

L'urgence : la Somalie

Au moment où j'écris, une alerte est lancée pour la Somalie. Des populations isolées, plusieurs millions de personnes, sont en danger de mort : récoltes perdues, guerres locales, plus rien à manger.

On connaît les images de l'aide humanitaire. Les camions arrivent, la foule se presse, ça tourne à l'émeute, et les plus forts sont les mieux servis. Chacun repart avec un carton : du riz, de l'huile, du sucre, les produits de base.

Ces produits sont une catastrophe nutritionnelle. On sauve les gens de la famine en leur donnant exactement ce qui fabrique l'obésité et les carences : la friture, le gras, le riz blanc, le sucre. Le carton humanitaire prépare consciencieusement les diabétiques de demain.

Ils sont aussi difficiles à préparer. Allez faire cuire du riz là où il n'y a pas d'eau potable, ou là où un seul point d'eau sert à cinq mille personnes qui attendent leur tour.

Enfin, il y a le trafic. Il est partout. L'aide est détournée et revendue à ceux qui devaient la recevoir gratuitement.

En résumé : une nourriture mauvaise, difficile à préparer, et qui finit dans les abus.

Le principe

Le projet Croquette s'adresse à tout le monde. Aux deux bouts de la courbe, ceux qui ne mangent pas assez et ceux qui mangent trop, et toujours mal. Et au milieu, à ceux qui mangent assez mais qui mangent mal quand même.

Nous proposons une nourriture inspirée de la croquette pour animaux, et nous avons commencé à en faire des prototypes. Elle contient tout, en proportions équilibrées.

Vraiment tout. Et chaque croquette contient ce tout, comme chaque morceau d'un hologramme contient l'image entière. Dans chaque croquette, il y a les sucres lents, les protéines, les graisses, les vitamines et les minéraux, y compris les plus rares, ceux dont on a besoin en petite quantité mais qu'on ne peut pas sauter.

Une croquette ne suffit pas à nourrir quelqu'un. Mais elle est complète. Ce qui manque, c'est seulement la quantité.

Une nourriture mathématique

Puisque chaque croquette est complète, il ne reste qu'à compter.

Une personne de 60 kilos, à son bon poids, mangera par exemple 60 croquettes par jour, en deux ou trois repas, et bougera le temps conseillé. Ces chiffres ne servent qu'à illustrer.

Une personne de 80 kilos qui veut en perdre 20 mangera 50 croquettes et bougera un peu plus. Une personne maigre de 40 kilos mangera ses 40 croquettes et bougera normalement.

On part de l'âge, du poids actuel et du poids visé, et de l'activité actuelle et souhaitée. Une règle simple, écrite sur le paquet, donne le nombre de croquettes. On compose son traitement par une simple opération. Chaque croquette a la même qualité, calibrée. Chacun n'a qu'à trouver sa quantité.

C'est une nourriture et un remède à la fois. Aujourd'hui, le premier facteur de maladie, c'est la nourriture, et le stress qui va avec : quoi manger, combien, est-ce que j'en ai assez, est-ce que j'en ai trop. La Croquette soigne de ça. Elle agit sur les cinq diabètes de trois façons à la fois : par la quantité, par l'équilibre, et par un sucre qui monte lentement dans le sang. C'est un remède égalitaire.

Manger dans une fenêtre

On a découvert, et on applique de plus en plus, un grand facteur de longévité et de qualité de vie : le jeûne thérapeutique.

On s'arrange pour ne pas manger pendant la plus grande partie de la journée. La méthode la plus connue consiste à ne rien manger de 20 heures au lendemain midi. On mange pendant huit heures, si possible en deux repas, et on ne mange pas pendant seize heures.

Ce rythme favorise un phénomène biologique fondamental, l'autophagie. Le mot veut dire « se manger soi-même ».

Chaque cellule le fait. Quand le sang ne lui apporte plus de nourriture, elle consomme ses propres parties abîmées. Elle fait le ménage et se renouvelle.

On peut se représenter la même chose à l'échelle du corps entier. Si on mange tout le temps, le corps distribue les nutriments à toutes les cellules, les vaillantes comme les fragiles, celles qui marchent bien comme celles qui marchent mal. S'il n'est nourri que pendant une fenêtre, il doit choisir. Il nourrit celles qui fonctionnent, et il recycle les autres.

C'est une solution merveilleuse, et on commence seulement à la comprendre.

Le surpoids, la sédentarité, manger à toute heure : tout cela va contre ce principe. Il n'y a plus d'autophagie. Le corps s'encombre de cellules usées, et ces cellules font le lit de toutes les maladies.

La Croquette est l'outil idéal pour ça. Je n'en mange que dans ma fenêtre, de telle heure à telle heure. Je sais exactement ce que je mange et combien. Je continue jusqu'à atteindre mon poids.

Un aliment remède, pas une règle de vie

La Croquette n'est pas faite pour être mangée tous les jours, toute la vie. C'est un aliment remède.

On la prend pour un repas. Pour se sentir léger avant le sport, ou avant un gros effort de réflexion. Pendant une semaine, pour ajuster son poids ou chasser une fatigue. Pendant un mois, s'il le faut. Puis on revient à une nourriture normale et variée.

C'est aussi une sécurité, toujours là, au fond du placard.

Il y a les catastrophes collectives, qu'on ne souhaite à personne, et qui peuvent arriver partout. Et il y a les catastrophes individuelles : une maladie sérieuse, un cancer, un diabète, une démence qui commence. Dans ces moments, la Croquette s'impose comme le premier remède de base. Elle ne remplace pas le traitement, mais elle l'accompagne. Elle répond à tout ce que demandent les nutritionnistes : équilibrée, sans allergène majeur, sans pesticides, au sucre lent. Et elle s'adapte au malade. Celui qui maigrit, comme souvent dans le cancer, n'est pas mis au jeûne. Le calcul lui donne au contraire plus de croquettes.

Dans les pays où règne l'abondance, on l'utilise avec souplesse, quand on en a besoin. Dans les pays très pauvres, elle sert de base plus fixe, à la place des nourritures distribuées aujourd'hui. Ce n'est pas l'idéal, mais ces nourritures font des ravages, sur la santé comme sur l'économie, par la corruption et les détournements.

La croquette comme tartine

La Croquette sert aussi de base. Elle remplace le pain comme support : on met dessus quelque chose de simple, pour le goût.

Côté salé, une tapenade d'olive, c'est simple et délicieux. On peut aussi mettre de la tomate, et bien d'autres choses. Côté sucré, une compote de fruits peu sucrée, de pomme par exemple, fait une confiture légère. Ces garnitures changent beaucoup le goût et très peu la valeur nutritive.

C'est important dans certaines maladies où l'on n'a plus faim. Le goût réveille l'appétit. Je l'ai fait moi-même. Une croquette tartinée se mange quand une croquette nue ne passe plus.

Le goût

J'ai d'abord pensé aux biscuits militaires, ceux des bunkers suisses ou des soldats en campagne. Le concept est bon, mais la composition ne va pas du tout. C'est une inspiration, pas un modèle.

La Croquette doit avoir bon goût. Un goût simple. Pas assez bonne pour qu'on en mange trop, pas fade au point qu'on la laisse. On peut l'égayer avec des épices, pour le goût et pour la couleur.

Dans les pays riches, on encourage à y ajouter des fruits et des légumes, de ceux qui font peu monter le sucre dans le sang, pour la variété. Dans les pays pauvres, s'il n'y en a pas, ce n'est pas grave : la Croquette suffit à sauver la vie.

Pour l'aide humanitaire

L'aide devient très simple : des sacs de croquettes. Pas d'eau, pas de feu, pas de casserole.

Le détournement restera possible, bien sûr. Mais aujourd'hui le voleur repart avec un bidon d'huile, qui sert à mille choses, du riz et du sucre, qui ont tous une valeur au marché. Avec la Croquette, il repart avec des sacs de croquettes. On en distribue tellement que le marché est vite saturé et que le sac ne vaut plus rien. Le voleur se retrouve avec un stock qu'il ne peut ni vendre ni finir. Il ne lui reste qu'à le manger, et au moins il sera en bonne santé.

L'aide humanitaire utilise déjà, pour les enfants gravement dénutris, une pâte prête à manger, en sachets, sans eau ni cuisson. Elle sert à soigner quelques semaines, pas à nourrir tout le monde, et elle n'est pas vegan. Mais elle a prouvé sur le terrain que l'idée marche : un sachet complet, pas de casserole. La Croquette l'étend à tous et à tous les jours de crise.

Ce qu'elle est

Quatre qualités, qui la rendent mangeable par tous.

  • Vegan. Elle est donc compatible avec la cacherout, le halal, les interdits hindous, les végétariens et les vegans. La vitamine B12 y est ajoutée obligatoirement.
  • Bio.
  • Sans gluten, pour respecter une allergie de plus en plus fréquente.
  • À index glycémique bas : le sucre qu'elle apporte monte lentement dans le sang.

On la partage avec son chien, souvent trop gros dans les pays riches et trop maigre dans les pays pauvres. Le chien s'en porte très bien. Le chat, lui, est un vrai carnivore, et il lui faut des compléments que la Croquette ne donne pas encore. Mais en cas de famine, il la mangera aussi. Et puis les chats s'humanisent : les miens adorent la patate douce, et l'un d'eux ne résiste pas aux gâteaux.

Le prix doit rester modeste, et la Croquette doit être gratuite pour les pays en détresse. La recette est libre : chacun peut faire sa croquette en suivant le principe expliqué sur ce site. Il y aura aussi une croquette de la marque d'origine, pour ceux qui ne peuvent pas la faire eux-mêmes.

Son nom : MANNA, la Croquette. Comme la manne dans le désert, qui était déjà ce projet-là.

La recette de départ

Pour les céréales, sarrasin et avoine certifiée sans gluten. Pour les protéines, la poudre de pois chiche. Ensuite poudre d'ortie et algues. En complément, levure de bière, vitamine B12 et vitamine C, dont la dose reste à régler.

D'autres essais ont été faits, avec la tahina (purée de sésame) ou la poudre de lupin. Mais le sésame et le lupin sont des allergènes. Le pois chiche ne l'est pas, et il complète très bien le sarrasin.

La recette n'est pas fermée. Les essais reprennent.

Albert Alain Abraham Abehsera