RSA jeune : un revenu pour apprendre à devenir libre
Et si on donnait à chaque jeune de 16 à 25 ans un revenu à lui, en échange d'un engagement, pour l'aider à devenir adulte ?
Tout voir, sans rien pouvoir
Le 17 octobre 2026, en marge de la manifestation contre la vie chère, des jeunes ont pillé des magasins dans presque toutes les grandes villes de France. À Paris autour de la République, à Lyon où un magasin Boulanger a brûlé, à Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Nancy, Nantes, Clermont, Perpignan. Ils cassaient les vitrines et vidaient les rayons, devant les caméras, sans se cacher. Des bureaux de tabac ont été dévalisés. Le préfet du Rhône a parlé d'une ampleur jamais vue.
Ce n'est pas la première fois. En juin 2023, après la mort de Nahel, tué par un policier lors d'un contrôle, les cités ont brûlé dans tout le pays : écoles, mairies, puis magasins. Avant, il y avait eu les Gilets jaunes, en 2018 et 2019. Ça se répète.
Piller, c'est voler. Mais regardons ce qu'ils emportent : des vêtements, des téléphones, des baskets, des cigarettes.
Prenons l'un d'eux. Il a 17 ans. Toute la journée, on lui montre des choses à acheter : à la télé, sur son téléphone, dans la rue. Il n'a pas d'argent à lui. Ses parents ont déjà du mal à payer le loyer et les courses. L'école ne marche pas pour lui, ou il l'a quittée. Il ne voit pas d'avenir.
Ce qui lui manque, ce n'est pas une voiture de sport. C'est de quoi s'acheter un pull, manger avec ses copains, inviter une fille au cinéma, offrir un cadeau. Pour ceux qui ont de l'argent, ce sont de petites dépenses. Pour lui, c'est la différence entre faire partie du groupe et rester sur le côté.
Quand on reste trop longtemps sur le côté, on finit par ne plus se sentir de la société. Et on n'a plus envie de la respecter.
La police et la prison arrivent à la fin de l'histoire. Il faut s'occuper du début.
Le RSA arrive vingt ans trop tard
Aujourd'hui, le RSA commence à 25 ans. Les étudiants n'y ont pas droit. Il existe des aides pour les jeunes, comme le contrat d'engagement jeune, mais rien qui accompagne tous les jeunes de l'adolescence à l'âge adulte.
Le RSA arrive donc chez des gens qui ont déjà vieilli. Souvent, ils n'ont pas été formés. Ils ont peu de chances de trouver du travail. Ils vont rester longtemps au RSA. On les assiste, sans les sortir de là.
Les 16-25 ans, eux, ont encore tout devant eux. Ils peuvent apprendre un métier, faire des études, trouver leur place. Ce sont aussi eux qui sont dans la rue les soirs d'émeute, eux qui sont les plus touchés par le chômage.
L'argent public ne va pas là où il servirait le plus. Le même euro donné à 18 ans plutôt qu'à 40 ne fait pas la même chose. À 40 ans, il aide à tenir. À 18 ans, il aide à démarrer.
Les adultes garderaient bien sûr leur RSA. Il s'agit d'ajouter quelque chose avant.
600 euros par mois, à soi
Je propose un revenu pour tous les jeunes de 16 à 25 ans, filles et garçons, que leurs parents soient riches ou pauvres.
Par exemple :
- 300 euros par mois à 16 ans ;
- 400 euros à 17 ans ;
- 600 euros dès l'entrée dans le service national, décrit plus bas.
Pour comparer : le RSA d'une personne seule est aujourd'hui d'environ 650 euros.
Pourquoi le donner à tous ? Parce qu'on donne à une personne, pas à une famille pauvre. Le jeune a un argent qui est le sien. Il n'a pas à demander à ses parents pour chaque dépense. Et personne n'est montré du doigt comme « aidé ». Les familles riches, elles, le rendraient par l'impôt.
Pendant les études, ces 600 euros ne suffisent pas pour vivre seul. Mais ils paient une partie du loyer, de la nourriture, des transports. L'étudiant peut travailler à côté pour compléter, au lieu de travailler tellement qu'il rate ses études.
Pourquoi garder le nom de RSA ? Parce que tout le monde le connaît, et qu'un nouveau sigle de plus n'aide personne. Mais le sens change. Le RSA d'aujourd'hui rattrape ceux qui sont tombés. Le RSA jeune équipe ceux qui arrivent.
L'argent donne la dignité
Un jeune qui participe à un service, à une formation, à une action utile, sans un euro en poche, reste un assisté. On le nourrit, on l'occupe, on le loge. Il se dit qu'il coûte et qu'il encombre.
Le même jeune, avec son revenu à lui, n'est plus un invité. Il est chez lui.
C'est aussi vrai dans la vie de tous les jours. Payer sa tournée, offrir un cadeau, inviter quelqu'un : celui qui ne peut jamais le faire finit par se voir comme un poids. Celui qui peut le faire se tient droit. L'argent ne sert pas seulement à acheter. Il sert à rendre.
En échange, un engagement
Ce revenu n'est pas de l'argent de poche. Il va avec un engagement : études, apprentissage, formation, projet professionnel, ou mission utile.
On ne demande pas d'avoir de bonnes notes. Un jeune qui échoue a besoin d'aide, pas d'une punition de plus. On lui demande de venir, d'essayer, de progresser, de tenir parole et de respecter les autres.
L'État aussi s'engage. On ne peut pas exiger d'un jeune qu'il suive un parcours que personne ne lui propose. Il faut des places, des encadrants, des activités, et quelqu'un à qui parler.
Deux années au service
Ce revenu prend tout son sens avec un changement de la fin du lycée.
Je propose de remplacer la terminale par deux années obligatoires de service national, de 17 à 19 ans environ, et une troisième année au choix. Le programme doit être assez attirant pour que tout le monde ait envie de rester la troisième année.
Ce service est civil, pas militaire. Il réunit toute une génération : ceux qui vont à la fac, ceux qui sont en apprentissage, ceux qui ont décroché. Des jeunes qui, sinon, ne se croiseraient jamais.
Ces deux années ne sont pas une salle d'attente. On y obtient l'équivalent du bac, et des qualifications qui servent pour la suite.
Le corps, les arts et les autres
Que fait-on pendant ces deux ans ?
On apprend à habiter son corps. Du sport, tous les jours. Un art martial, pas pour se battre, mais pour apprendre l'équilibre, l'attention, la maîtrise de soi et le respect de l'autre.
On s'occupe de sa santé : dormir, bien manger, aller chez le médecin, aller bien dans sa tête.
On fait de l'art : dessin, chant, instrument, chorale, théâtre. Pas pour devenir artiste. Pour découvrir qu'on sait faire autre chose qu'une copie notée sur 20.
On rend service : aider des personnes âgées, travailler avec une association, retaper un lieu public, nettoyer une rivière.
Un banc qu'on a repeint soi-même, on n'a pas envie de le casser. Une école qu'on a aidé à remettre en état, on n'a pas envie de la brûler.
Monter sur la vague de l'IA
L'Éducation nationale est en train de rater la révolution de l'intelligence artificielle. Dans les classes, on la voit surtout comme l'outil des tricheurs. On cherche à l'empêcher d'entrer.
C'est vouloir arrêter la mer avec la main. Il faut monter sur la vague.
L'école ressemble à Roland à Roncevaux : le chevalier de l'arrière-garde qui sonne du cor quand la bataille est déjà perdue. Elle devrait être devant, pas derrière.
L'IA peut devenir un professeur particulier pour chacun. On lui pose des questions, on vérifie ce qu'elle dit, on travaille avec elle sans la laisser penser à sa place.
« Tu es nul en maths » ne serait plus une étiquette pour la vie. Ça deviendrait : cherchons ce qui te manque, reprenons autrement, avec un problème qui t'intéresse. Un budget, une chanson, un objet à fabriquer.
Il faut toujours apprendre. Pour savoir si l'IA se trompe, il faut savoir des choses. Le « toi augmenté » n'est pas un toi qui ne pense plus. C'est un toi qui va plus loin.
Ce que l'IA ne peut pas enseigner
La dernière année du service prépare aux métiers, et elle commence par l'IA. Beaucoup de métiers sont en train de disparaître ou de changer à cause d'elle. Un jeune qui entre dans le travail sans savoir s'en servir entre dans un monde qui n'existe déjà plus.
Mais l'IA ne peut pas tout apprendre. Elle ne peut pas apprendre un art martial. Elle ne peut pas apprendre à respirer, à se connaître, à gérer ses sentiments et ses envies. Elle ne peut pas apprendre à servir les autres.
Le partage est simple : la machine pour ce qu'elle fait mieux que nous, le service national pour tout ce qu'elle ne fera jamais.
C'est ce que les petits doivent apprendre pour devenir des hommes.
À la fin, on n'est pas jugé sur une copie. On explique ce qu'on a fait, ce que l'IA a apporté, et ce qu'on a vérifié soi-même.
La discipline pour devenir libre
Un professeur de musique qui me fait progresser, je le respecte parce que je l'entends dans mes progrès. Un maître d'arts martiaux, je le respecte parce que je sens mon geste s'améliorer. Ce n'est pas son titre qui compte, c'est ce que j'apprends avec lui.
Il faut multiplier ces maîtres-là.
La discipline qu'on cherche n'est pas l'obéissance. C'est celle qu'on finit par porter en soi : tenir sa parole, supporter d'attendre, écouter, recommencer, reconnaître qu'on a eu tort.
Les émeutes, ce n'est pas l'anarchie. C'est le désordre. L'anarchie, c'est se gouverner soi-même, et ça demande beaucoup de discipline. Le désordre, c'est ce qui arrive quand cette discipline manque : pas de règle intérieure, pas d'avenir, pas d'idée que les choses sont à tout le monde. Celui qui brûle le magasin de son quartier n'aura plus de magasin le lendemain.
On naît dépendant. On devient libre en apprenant à se tenir.
Combien ça coûte
Il y a environ 8 millions de jeunes de 16 à 25 ans. Avec 600 euros par mois chacun, ça fait 57,6 milliards d'euros par an. Un peu moins avec les 300 et 400 euros pour les plus jeunes. Il faut ajouter le service national : encadrants, locaux, matériel, repas.
Le RSA actuel coûte environ 12 milliards par an. On change donc d'échelle.
Mais regardons ce que la dépense rapporte :
- 8 millions de jeunes ont enfin un revenu à eux ;
- cet argent est dépensé tout de suite, dans les commerces, les loyers, les transports ;
- les parents n'ont plus à porter seuls la fin de l'adolescence ;
- moins d'émeutes, moins de casse, moins de jeunes qui tombent au RSA à 25 ans.
Une partie de la dépense revient. Le prix réel est bien inférieur à 57,6 milliards.
La vraie question est politique : combien sommes-nous prêts à mettre pour préparer une génération ?
Pas pour acheter le calme
Le but n'est pas de payer les jeunes pour qu'ils restent tranquilles. Ce serait les mépriser.
Le but est de leur donner en même temps de l'argent, un savoir, une place parmi les autres, et un avenir qu'ils choisissent.
Pas acheter leur silence. Leur donner les moyens d'agir.
Notes et sources
- Conditions d'accès au RSA, contrat d'engagement jeune : Service-Public.fr.
- Montant du RSA pour une personne seule (651,69 € depuis avril 2026) : CAF.
- Dépenses de RSA (environ 12 milliards d'euros en 2023) : DREES.
- Population des 16-25 ans (environ 8 millions) : INSEE.