Les guerres de religion reviennent sur la scène mondiale. Elles sont même les seules qui comptent. La Sainte Russie reprend du service. Les Ukrainiens répondent sur le même registre, avec messes pour les soldats avant d'aller au front. C'est encore plus flagrant pour le récent conflit entre l'Iran, Israël et les États-Unis, une grande première historique, où les trois pays des trois religions du Livre se sont battus à mort, en invoquant chacun Dieu de son côté. L'intérêt de cette implication du Divin dans la guerre est triple. Elle permet enfin d'affirmer la nécessité de Son existence, ce que cette existence implique probablement, et ce que Dieu n'est absolument pas. La guerre au Nom de Dieu, surtout quand il s'agit du même Dieu, comme c'est le cas à l'Est de l'Europe et au Moyen-Orient, est le terrain expérimental pour étudier Dieu.

L'existence de Dieu est traitée selon plusieurs langages. Celui de la certitude, chez le croyant. Le philosophe, si tant est qu'il est professionnel, la considère avec respect. L'historien y voit un grand moteur de civilisation, et une source de conflit. Un personnage se tient à l'écart, le scientifique. Non pas en tant qu'être humain, car la très vaste majorité des scientifiques qui ont compté, jusqu'au XXe siècle, furent croyants. Il est difficile de trouver un athée parmi eux. Aux siècles précédents, ils parlaient volontiers du Dieu Un comme étant le garant du savoir scientifique. Comment faire de la Science au temps d'un Jupiter ou d'une Vénus qui peut faire couler une rivière à l'envers ou transformer un être humain en pierre ? Comment traiter la dynamique des fluides si la Mer peut s'ouvrir devant un vieillard qui la frappe avec un bâton ? Aussi bons chrétiens qu'étaient les Newton ou Kepler, ils ne se torturaient pas les méninges à expliquer comment on pouvait multiplier trois pains et quatre poissons en des milliers de copies, sans transgresser la Loi de la Conservation de la Matière. Tous les scientifiques ont fonctionné comme si les Livres Saints parlaient d'événements advenus une seule fois, pour établir l'existence de Dieu et le sens de l'Histoire, mais que depuis, tout était rentré dans l'ordre. Tout était explicable.

L'attitude expérimentale, où l'on apprend à faire varier la température et l'hydratation de manière très fine, a besoin d'un Dieu stable dans ses humeurs. Un Divin qui a donné Sa parole qu'Il n'interviendrait jamais contre une des lois qu'Il a instaurées dans la matière.

Il faut croire que le contrat a été tenu à ce jour, puisque personne, en gros, n'a noté d'événements impossibles, documentés, filmés, du genre de ceux évoqués dans la Bible, le Coran ou l'Évangile. C'étaient des miracles, au temps des prophètes, c'est-à-dire des personnages à qui Dieu autorisait la transgression des lois de la Nature ; et, fort heureusement, à ces époques reculées, les scientifiques ne pullulaient pas et n'étaient donc pas choqués.

Avec le recul du religieux en Occident, la Science s'est enhardie, proposant de remplacer Foi par Raison. La Création de l'Univers, pourtant une explication scientifique tout à fait plausible, est passée pour une croyance pour ignares, alors que la Science proposait quelque chose d'aussi sophistiqué que le Big Bang.

Notre propos ici ne sera pas la compétition entre modèles scientifiques et religieux. Ce sera quelque chose qui, à notre connaissance, n'a jamais été fait de manière systématique : traiter Dieu de manière expérimentale. La proposition est subtile, et il ne faut pas du tout y voir une moquerie. Disons que Dieu existe. Pour que l'expérience puisse se poursuivre, cette affirmation ne suffit pas. Disons que Dieu existe nécessairement, ce que beaucoup de philosophes ont fait, et comme dit plus haut, la majorité des scientifiques en leur cœur. Prenons Einstein : il est clair dans ses propos que pour lui, l'existence de Dieu était une nécessité absolue. Son monde de la Relativité, morcelé, ne pouvait exister sans qu'un facteur de continuité le tienne ensemble. C'était Dieu, un point c'est tout, et pas besoin d'en parler plus. Ce Dieu-là n'exigeait aucun rituel ni prière. Son existence suffisait. Il en va de même pour l'ensemble des physiciens quantiques du XXe siècle. Le seul qui se proclamait officiellement athée, Paul A.M. Dirac, toute sa vie durant, a révélé, post mortem, que lui aussi avait eu besoin de Dieu comme d'une nécessité scientifique. Sur sa pierre tombale, il demanda à ce qu'on écrive : Because God made it that way. C'est ainsi que Dieu l'a fait.

Est-ce que la croyance en Dieu pour ces génies était une simple béquille émotionnelle, un opium pour reprendre le mot de Karl Marx ? Ce serait insulter les plus brillants esprits de l'humanité que de les traiter d'addicts en quête d'opium. Ils étaient croyants par nécessité logique. La philosophie est tout à fait d'accord avec cette attitude, et là encore, les plus grands philosophes jusqu'à la moitié du XXe siècle étaient croyants, toujours par nécessité philosophique. Leurs arguments sont parfois complexes, parfois simples, mais le résultat est là : croire en Dieu est philosophiquement salutaire. Nous n'irons pas chercher plus loin, et l'auteur de ces lignes s'inscrit dans ce même camp philosophico-scientifique. L'existence de Dieu, comme Créateur, initiateur, est une évidence qui épargne beaucoup de fatigue à expliquer l'inexplicable. Ce qui va suivre n'est donc pas le propos d'un mécréant ou d'un blasphémateur. Bien au contraire, j'aimerais souligner à quel point le nom de Dieu est évoqué en vain, abusé, par ceux qui devraient le respecter le plus.

L'attitude expérimentale va consister à mettre Dieu en situation de Laboratoire. Je répète, non pas pour prouver qu'Il n'existe pas — cela a déjà été fait et refait mille fois. Il suffit de contraster le Mal, le plus banal, avec l'existence d'un Dieu Bon — les religions sont d'accord pour Lui prêter cette qualité — pour s'apercevoir que si Dieu Bon il y a, Il est soit absent, en vacances à certains moments, impuissant d'autres fois, ignorant de ce qui se trame dans Son dos, surpris par ce qu'on fait en Son nom, etc., etc. — arguments développés par Épicure et d'autres, qui n'ont pas besoin d'être répétés. Tous concluent à l'inexistence d'un Dieu Bon, et de là à Son inexistence tout court, car on voit mal l'alternative : un Dieu Neutre, ou pire, un Dieu Mauvais en charge de ce monde, alias le Diable.

Nous ne ferons pas cette erreur expérimentale. Dieu existe, disions-nous, c'est une nécessité, la condition de toute expérience, quelle que soit sa nature — physique, biologique, chimique, sociologique ou historique. Un Dieu qui existe assure que ce monde dans lequel je fais mon expérience est stable, a commencé comme il est, et continuera comme il est. C'est un monde dirigé par un vecteur qui pointe vers le Bien, et libre à ceux qui le veulent de pointer leur vie dans la même direction. On n'en attend aucune récompense particulière, sauf à dire que cela donne du sens, et c'est toujours mieux ainsi. Armé de cette certitude à propos de Son existence, nous Le prenons et l'admettons dans notre Laboratoire. Pas question de le découper, de prélever des biopsies. Le laboratoire où l'on fait rentrer Dieu est tout simplement le Monde, Son Monde. A-t-on besoin d'une théologie particulière pour l'étudier ? Doit-on croire qu'Il est Trois, et qu'attraper Un seul créera de l'erreur ? Ou doit-on lui prêter un fort lien à une région, un peuple ou une langue particuliers, à défaut de quoi Il risquerait de ne pas répondre ? Ce Dieu-là, qui a besoin d'hébreu, de latin ou d'arabe pour parler, n'est évidemment pas le Dieu expérimental, qui existe nécessairement, dont nous parlons ici, et qui ne s'opposerait pas du tout à être l'objet d'une expérimentation scientifique. En effet, le Dieu des philosophes et des scientifiques est analysé depuis belle lurette par des scientifiques qui font tomber des boules pesantes, mesurent des températures, observent au microscope, sans jamais douter un instant que ce qu'ils observent fait partie de Dieu. Et que l'étudier ainsi, à travers ses œuvres, ne pouvait pas L'offenser. Par conséquent, la théologie que nous allons utiliser dans cette expérience sera très simple, imbattable au plan scientifique et philosophique : Dieu est partout. Pas plus là qu'ailleurs, dans toutes les parties de la Nature, de la Géographie, à tous les moments de l'Histoire. Le Dieu qu'on appellera au Laboratoire est celui qui fut présent lors des batailles entre Romains et Parthes, entre Perses et Grecs, entre Juifs et Égyptiens, Chinois et Mongols, etc. Dans l'actualité, Il est du côté des Ukrainiens et des Russes, du côté des Gazaouis et des Israéliens. Était-Il et est-Il en faveur d'un camp par rapport à l'autre ? Voilà la question, et c'est celle-là qu'il faudra poser : car si on identifie une préférence nette de Dieu pour tel peuple qui Le révère sous tel nom, on aura enfin pu attraper Dieu en action, comme on attrape un autre effet physique mesurable.

En effet, le défaut de l'approche universaliste de Dieu — c'est-à-dire de considérer qu'Il est tout autant en Chine qu'en Australie ou en Suède — est la noyade. En cherchant à expérimenter sur un Dieu qui est partout, nous nous condamnons à n'avoir rien du tout à observer. Imaginons que je prends un microscope et que je mets un insecte sous la lame de verre, pour observer quelque chose que je pourrai attribuer au Divin. C'est une perte de temps. Dieu est en effet dans le microscope qui observe, dans ce qui est observé par le microscope, et dans l'observateur qui regarde. L'enjeu est impossible. Chou blanc pour tout observateur de Dieu, et on est condamné à croire en Lui comme une nécessité de la physique, de la biologie et de la philosophie — tout en observant les religieux qui Le nomment et Le cernent dans des endroits particuliers, avec des mots particuliers, et semblent satisfaits d'être ainsi en contact direct avec Lui depuis des temps immémoriaux.

Force est d'admettre alors que c'est uniquement avec la pensée religieuse, dans des conditions religieuses, qu'on pourra amener Dieu au Laboratoire. Là-bas, on y croit sans honte, et on parle d'actions miraculeuses quotidiennes, de faveurs claires dans un sens ou dans l'autre. Chez les philosophes, on a plutôt honte de ses croyances personnelles. On les cache volontiers, et on affiche une Raison solide. Je n'irai donc pas demander à un philosophe ou un scientifique ce qu'il conseille comme expérience sur Dieu. Je fais moi-même partie de ce Club, et pour moi la question n'a pas de sens. J'ai besoin de l'hypothèse Dieu comme certitude, et je suis en bonne compagnie.

Je quitte donc mon Club de la discrétion religieuse, pour celui où la croyance en Dieu est l'essentiel. Là où parler de Dieu est au centre de toutes les conversations. Où elle occupe beaucoup de mon temps avec des prières, des jeûnes, des textes étudiés sans cesse. Où l'on prend les armes à plein temps pour Dieu. Où l'on est prêt à mourir pour Lui, sans la moindre hésitation. Et à tuer celui qui, même s'il dit croire en Dieu — voire le même Dieu —, fait et dit des choses intolérables en Son nom, méritant la mort immédiate. Voilà le seul terrain expérimental digne de ce nom. Un terrain où sûrement on trouvera des effets directs attribuables à Dieu, mesurables, prédictibles, à la hauteur du sérieux de ce qu'Il représente. On ne va pas mourir ou tuer pour quelqu'un qui intervient parfois.

Le terrain expérimental qu'on va choisir est tout désigné. Non pas celui de pays tranquilles où Dieu n'est que très rarement invoqué par les instances administratives ou politiques. Ces pays, comme la France, fonctionnent sans Dieu. Bien entendu, nous, en tant qu'expérimentateurs, dirons que Dieu y fonctionne comme partout ailleurs, même si ça ne se voit pas. Ce sont là des terrains abandonnés pour notre expérience. On s'y attarde juste un instant pour noter la chose suivante : sûrement, un pays où l'on n'évoque jamais Dieu, où on ne Lui montre aucune reconnaissance pour les récoltes annuelles de blé ou de légumes, où les enfants ne sont pas éduqués dans la morale religieuse, doit avoir des marqueurs statistiques qui montrent que ne pas croire est négatif, car déplaisant à Dieu ? Je rappelle que cet article n'est pas écrit dans une perspective moqueuse, mais vraiment avec l'idée que Dieu existe et fonctionne. Or, l'absence de Dieu dans l'espace public en France ne s'accompagne d'aucun marqueur particulier. En réalité, on aura beau analyser toutes les statistiques, on ne trouvera pas que l'absence de Dieu ait un écho particulier. Les récoltes poussent et sont vendues sans bénédiction du prêtre, ce qui se faisait avant ; depuis qu'on ne le fait plus, pas d'effondrement noté dans la production agricole. Il n'y a pas plus de maladies graves ou d'accidents de voiture que dans les pays ouvertement religieux. Si le nombre d'habitants est signe de la faveur Divine, la Chine pose problème : ouvertement athée, elle s'est longtemps affichée à la première place pour cette bénédiction. Récemment, elle a été doublée par l'Inde, qui se recommande de tant de Dieux différents qu'on ne saurait guère à qui attribuer ce miracle démographique.

Pour un croyant, la seule conclusion qu'on peut tirer de ces faits est que Dieu, puisqu'Il est nécessairement présent, n'accorde pas plus ou moins de faveurs à un peuple en fonction de sa ferveur religieuse. Attention au piège interprétatif. Certains signes pourraient faire croire à une action divine. Prenons un pays comme les USA : la monnaie y porte fièrement la mention de Dieu et sa garantie, In God we Trust. L'Amérique est première économie mondiale et sa monnaie est la devise de référence internationale. Ce pourrait être une belle preuve de l'efficacité de Dieu à l'américaine. Une telle affirmation ne résiste pas un instant à l'analyse expérimentale. Ce n'est que depuis peu que les USA ont ce rôle, et il est sérieusement remis en question actuellement, avec une part importante de l'économie mondiale en passe de se séparer du Dollar. Ne nous attardons pas sur ces terrains glissants où Dieu passe par des chiffres fluctuants. D'autant plus ennuyeux que la Chine colle aux USA pour la prééminence commerciale, une ascension toute récente, et s'il existe un pays sans Dieu, c'est bien celui-là. Son succès commercial est planétaire, ce qui nous amènerait à dire, en voyant que les US et la Chine ont des PIB comparables, que l'athéisme comme la croyance rapportent à peu près autant.

Allons sur des terrains où l'expérience porte sur des objets plus précis, délimités dans le temps et dans l'espace. Là où l'intervention de Dieu est facilement repérable en faveur d'un camp ou d'un autre, et qui nous permettrait de dire qu'on a enfin trouvé un Dieu efficace, expérimentalement efficace. Les conflits armés où Dieu est clairement invoqué sont les meilleurs terrains. On pourrait prendre les guerres du passé, comme la Première Guerre Mondiale, où l'on a vu Dieu invoqué d'un côté ou de l'autre, mais jamais de manière systématique. Surtout que la France, un des belligérants principaux, ne l'évoquait pas du tout. La Guerre entre la Russie et l'Ukraine est un excellent cas d'étude. Nous sommes face à deux peuples de la même religion. Les objets sont donc strictement comparables, ce qui est essentiel dans la démarche scientifique. On ne voit aucune différence évidente dans les habits, les rites, les lieux de prière de l'orthodoxie russe et ukrainienne. Ils croient tous deux au Christ, ont les mêmes icônes qu'ils révèrent, et en gros chantent à peu près pareil, avec peut-être de légères différences d'accent. Rien de bien sérieux. Le chef de l'État russe est ostensiblement sensible à ces rites, auxquels il se plie. Celui d'Ukraine l'est moins, mais pour son peuple, la question de Dieu est importante.

On peut commencer l'expérience en toute sécurité. Tout est comparable. Comme variable, on va choisir l'efficacité des prières des uns et des autres lors du départ d'unités pour le front, ou pour un matériel militaire nouveau ou sorti d'usine, juste avant l'envoi vers l'autre côté. Les pièces d'artillerie sont belles et rutilantes, les drones ont une aérodynamique parfaite. Or on voit des Popes, et pas des moindres — la plus haute hiérarchie —, venir régulièrement bénir les soldats et les armes avec l'encens et tout l'attirail nécessaire, pour qu'on puisse dire que l'expérience respecte les conditions dans lesquelles Dieu devrait être content et intervenir.

On peut alors formuler l'hypothèse expérimentale très simplement : lorsque deux groupes invoquent le même Dieu pour obtenir des résultats opposés, Dieu manifeste-t-il une préférence mesurable pour l'un des deux groupes ?

On mesure ensuite l'effet stratégique et tactique. Force est de constater qu'on n'observe aucune corrélation entre la « bénédiction au nom du Christ » des obus, missiles et unités d'infanterie, et le sort des combats. Les drones ukrainiens font merveille dans l'arrachage des membres et des yeux à distance, mais les drones russes peuvent aussi décapiter quelques Ukrainiens. L'infanterie russe semble souffrir bien plus que l'ukrainienne, ce qui serait une belle preuve que Dieu est plus du côté ukrainien, mais c'est relatif. Pour dire que Dieu est clairement en faveur d'un camp, et actif, il faudrait des chiffres à la hauteur de Dieu, c'est-à-dire au moins 90 %, voire plus.

Dans le cas particulier de la guerre russo-ukrainienne, on peut dire que l'effet Dieu-invoqué n'est pas mesurable — et on parle bien entendu de l'effet Dieu-orthodoxe, pas de l'effet Dieu Lui-même, en qui nous croyons avec certitude. Le croyant en le Dieu Universel dira tout simplement que les invocations et bénédictions au nom de Dieu faites par les Ukrainiens et les Russes sont ce qu'en termes religieux on appelle « des évocations en vain du Nom de Dieu », en soi tout à fait répréhensibles. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter d'autres autorités du monde chrétien, comme le Pape catholique ou le Patriarche œcuménique de Constantinople : tous deux diront qu'en aucune manière l'utilisation de Dieu dans ces guerres, au nom d'un Christ qui prêchait l'amour, ne peut s'accompagner d'un succès par les armes ou d'un nombre bien plus grand de morts et de handicapés à vie du côté que Dieu préfère.

Nous pouvons donc quitter ce théâtre en avançant quatre conclusions provisoires — provisoires car nous verrons plus loin que ce terrain n'est pas le meilleur laboratoire possible :

  1. Dieu ne favorise clairement aucun camp.
  2. Sa présence est cependant certaine là-bas comme ailleurs où il n'y a pas de guerre.
  3. Son action ne consiste pas à favoriser des tirs de canon parce qu'on a évoqué Son nom, mais plutôt à assurer le déroulement des grands cycles biologiques dans cette région — la pluie, la fertilité de la Terre, le lever du Soleil et son coucher, la guérison spontanée des blessures et infections et tant d'autres choses. Peut-être écoute-t-Il ceux qui, en Russie comme en Ukraine, Le prient pour que ces grands cycles continuent. Or, en Russie comme en Ukraine, ces choses-là continuent de fonctionner de manière égale. Il faut croire que Dieu reste fidèle à Son poste de Gardien du Réel, et peu concerné par les évocations de Son nom par les artilleurs.
  4. Au plan guerrier, on pourrait même dire que Dieu fait que cette guerre ne déborde pas plus, qu'elle reste somme toute assez stable, tuant des nombres élevés, mais pas toute la population, que les chefs d'État et leur état-major n'ont pas encore appuyé sur le bouton nucléaire ou éradiqué la capitale de l'autre. Il existe une certaine retenue, et il est bien possible que l'effet Dieu soit plutôt de ce côté-là — ce qu'il est tentant de croire pour un croyant, mais qui serait expérimentalement difficile à établir.

Ces conclusions provisoires doivent être reconsidérées. Il n'est en effet pas juste de prétendre étudier l'efficacité de Dieu au travers du conflit Russie-Ukraine. En aucune manière l'aspect religieux n'est fondamental dans ce conflit. La hiérarchie religieuse a été enrôlée dans la bataille, et elle est aux ordres, comme les soldats. Les institutions religieuses agissent et prient Dieu de force, plus pour faire plaisir au gouvernement qu'à Dieu, ce qui doit forcément altérer la qualité de leurs prières. Certes, il y a une grande mesure de collusion entre le pouvoir et la religion en Russie — moins en Ukraine —, mais ces collusions passagères ne se font pas en demandant à Dieu son accord. Ajoutons à cela que l'autorité orthodoxe légitime, qui siège à Istanbul, ne valide absolument pas ce conflit entre pays frères chrétiens orthodoxes. Et cette invalidation se fait au nom de Dieu, selon des critères bien plus classiques de fraternité et de non-violence — nul doute que Dieu est de ce côté-là. Résumons : la guerre entre la Russie et l'Ukraine n'est pas une guerre religieuse dans son essence ; le nom de Dieu a été enrôlé par les deux camps, sans aucun résultat stratégique ou tactique convaincant. Ce n'est pas là-bas qu'on pourra tester l'efficacité de la croyance en Dieu. Chaque obus ou drone envoyé avec prière et encens, pour qu'il vole à bonne destination en arrachant un maximum de chair vivante, est une évocation du Nom de Dieu en vain, avec des résultats forcément vains.

Il nous faut trouver un conflit vraiment motivé par le religieux. Des motivations commerciales ou nationalistes sont toujours compréhensibles, mais il faut du religieux, de l'évocation de Dieu à tout bout de champ, avant l'envoi de chaque bombe ou missile. Des discours de dirigeants affirmant la présence de Dieu à leurs côtés, soit via des vieillards barbus incarnant le Sacré, soit par des paroles comme « avec l'aide de Dieu, nous vaincrons » ou « si Dieu veut, nous vaincrons ». Expressions très fréquentes et problématiques en religion, car elles supposent que Dieu peut ne pas aider ou vouloir, ce qui peut gâcher tous les plans qu'on a construits avec Lui. De tels conflits ne manquent guère, en particulier entre États musulmans ou factions africaines armées par des États musulmans. On a le même modèle que la guerre Russie-Ukraine, sauf que là, on lutte à mort au nom d'Allah. Ces conflits durent depuis des années, faisant énormément de victimes, tuant beaucoup d'enfants, causant des déplacements dans des terres arides, de la misère en plus dans des pays déjà misérables. Là encore, Allah merci, aucune de ces factions, pourtant souvent très religieuses, priant cinq fois par jour, jeûnant le Ramadan, n'a vu de victoire stable prouvant que sa manière de servir et implorer Allah était efficace. Une victoire de temps en temps permet à ces gens de croire qu'Allah est avec eux ; ils peuvent subir plusieurs années de défaites consécutives ensuite. Un peu comme le chameau qui a besoin de faire le plein d'eau de temps en temps, ces groupes ont besoin d'une victoire occasionnelle qui leur permet de s'époumoner pendant quelques jours à la gloire de Dieu. J'ai toujours trouvé choquant, d'ailleurs, que ces victoires occasionnelles s'accompagnent régulièrement de tirs de mitraillette vers le Ciel, ce qui me paraît un blasphème en soi. De toutes les façons, ces massacres intraconfessionnels n'ont qu'un vernis de religieux. Il y a de la quête d'influence, de pouvoir, de mainmise sur des ressources minières derrière tout cela. Ça, c'est pour les chefs. Pour les soldats, ce sera la récompense de pouvoir se livrer à trois jours de viol et de bain de sang, impunément, au cri de « Dieu est Grand ». Ce qui doit créer des sensations extrêmes de plaisir, où le sadisme et le mysticisme se confondent, où le péché le plus grand devient un acte de piété, bref, du pur court-circuit cérébral, paraît-il amplifié par des produits gardant bien éveillé. Quittons donc ces théâtres où Dieu est totalement absent comme intervenant direct, mais continue certainement à agir comme il le fait ailleurs, même si les conditions de travail pour Lui doivent être très dégradées dans ces contrées.

Existe-t-il alors un bon terrain d'expérience du Dieu des Armées, comme il s'appelle souvent dans l'Ancien Testament ? Oui, et même absolument remarquable : la guerre entre Israël, l'Iran et les États-Unis. Jamais dans l'Histoire ces trois « cultures » religieuses ne se sont trouvées en guerre. Il y a bien eu quelques conflits entre Israël et les pays arabes, quelques conflits entre les USA et d'autres pays arabes (Guerre du Golfe par exemple). Mais jamais entre un État souverain d'Israël, un État souverain des États-Unis et un État souverain musulman. Ce que les peuples de ces pays pensaient ne nous importe pas ici ; ça compliquerait inutilement le tableau. Nous avons trois chefs d'État, profondément croyants, évoquant Dieu à tout bout de champ, faisant bénir leurs armes par Dieu, motivés essentiellement par leur croyance en un Dieu qui les pousse à annihiler l'autre. Donald Trump et l'électorat évangélique, l'Iran des Ayatollahs, Benjamin Netanyahou dont la survie politique est entièrement entre les mains des partis religieux. Leurs discours sont très denses en « Si Dieu veut », « Avec l'aide de Dieu ». Notre expérience va pouvoir avoir lieu sur un terrain idéal, car si vous aviez moyen de leur poser la question sur l'identité du Dieu qu'ils sollicitent, ils vous diraient sans hésiter que c'est le même pour les trois : le Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob, devenu Dieu — voire Père — de Jésus, puis Dieu de Mahomet. Trois appareils militaires se sont donc lancés, avec une motivation religieuse extrême, messianique pour les trois, et persuadés, à les entendre, que Dieu leur apportera la victoire. Ce qui est forcément fâcheux pour un observateur extérieur qui se dit que forcément Dieu ne pourra pas contenter tout le monde. Mais restons expérimentaux et sachons saluer la victoire de chacun de ces trois noms de Dieu, sans trop savoir si Dieu est vraiment divisé en Trois — Elohim des Juifs, Allah des Musulmans et Dieu le Père des Américains. En tous les cas, Il a été prié avec ferveur par chacun des trois, et là, bien plus clairement que dans les obscurs conflits entre tribus ou groupuscules armés vite satisfaits par des bains de sang locaux, on a droit à un spectacle grandiose, de trois superpuissances, très sophistiquées chacune. Et alors qu'ailleurs la sophistication tend à s'éloigner de la question de Dieu, vue comme trop émotionnelle, dans ce conflit les êtres ultra sophistiqués, bardés de diplômes universitaires, continuent à croire que Dieu va favoriser leurs armes, leur technologie et exploser un maximum de mécréants d'en face.

Cette guerre entre les Trois Dieux, on peut la faire commencer le 7 octobre 2023, date à laquelle le Hamas pénètre de force une des frontières les mieux gardées du monde. Quelques milliers de « soldats » passent la frontière comme si elle n'avait jamais existé. Un coup de maître soigneusement préparé. Le jour est ultra symbolique : il s'agit d'un jour de fête juive, c'est-à-dire un jour où l'armée, par définition, a baissé sa garde. Et, chose rare du calendrier, c'est presque jour pour jour après l'anniversaire du Kippour 1973, où les armées arabes avaient réussi à enfoncer les lignes israéliennes, une attaque qui avait failli coûter la vie à l'État d'Israël. Eh bien, 50 années plus tard, lors de Sim'hat Torah 2023, le Hamas attaque et réussit. Un massacre en bonne et due forme s'ensuit. Que dire au plan expérimental ? Clairement, c'est Allah qui a gagné ce jour-là, alors que d'habitude, c'est l'armée israélienne, avec Elohim en tête, invoqué par des rabbins, qui gagne. Là, au cri d'Allah tous les quatre ou cinq mots, l'attaque réussit. Le Dieu des Juifs, qu'on fêtait ce jour-là dans les synagogues, s'était fait surprendre. Pas très longtemps, puisque l'armée d'Israël est revenue en masse et a remis les choses en ordre. Puis a commencé le siège puis l'attaque sur Gaza, où l'on peut considérer que le Dieu des Juifs s'est considérablement ressaisi. Si l'on veut continuer à croire que derrière ces noms — Elohim, Allah ou Dieu le Père — se tiennent vraiment des entités divines indépendantes, eh bien ce fut Claque et Contre-Claque. La suite, c'est l'intervention au Liban avec des exploits israéliens touchant à la capacité de tuer les leaders ennemis. Il est clair que si bénédiction de leur Dieu il y a eu, elle fut très efficace, dans l'attaque des beepers ou des talkies-walkies. Puis l'Iran s'en est mêlé, puis les États-Unis aux côtés d'Israël. L'Iran chiite se veut l'incarnation de la seule bonne compréhension de ce qu'est Allah dans le monde musulman. Franchement, on peut dire que ce n'est pas faux à voir comment ce pays a tenu tête à deux immenses puissances militaires, Israël et les USA, tout en maintenant la population intérieure sous garde. Allah a clairement été avec l'Iran, malgré les succès militaires initiaux des Américains et des Israéliens qui faisaient pencher la balance envers Elohim et Dieu le Père. Cette victoire relative d'Allah-chiite est à tempérer. La mort de son leader et la mise hors service de son fils ne sont pas un signe de victoire, au contraire. De ce point de vue-là, Trump et Netanyahou sont sortis indemnes, à l'inverse de leur homologue iranien. Donald Trump, qui agit pour les intérêts du peuple blanc et chrétien, n'a pas cessé de crier victoire pour lui, pour son peuple et pour son Dieu, indépendamment des résultats sur le terrain, ce qui était la chose la plus maline à faire.

Force est de dire que dans ce conflit, personne n'est sorti franchement gagnant. Et puisque les trois belligérants ont évoqué le nom de leur Dieu avant d'envoyer chaque missile, le résultat de l'opération complète est clair : des gains de ce côté, des pertes de l'autre. On n'observe rien de systématique qui prouverait que Dieu serait du côté israélien, iranien ou américain.

Verdict : cette triple guerre a évoqué le Nom de Dieu en vain. On peut l'affirmer haut et fort au nom de l'observation attentive et scientifique — non pas au sens fort que Dieu n'est pas intervenu, ce qu'aucune expérience ne pourra jamais démontrer, mais au sens précis qu'on n'observe aucune relation reproductible entre invocation religieuse et succès militaire. Un jour on gagne ici, un jour ailleurs, les pertes peuvent être terribles des deux côtés, légères ailleurs, mais aucune règle ne permet d'affirmer que prier Dieu a été un plus au plan militaire.

Que nous a appris cette expérience scientifique du plus haut niveau ? Rien sur Dieu, qui reste cet Être absolu, nécessaire pour que le Monde ait pu exister et continuer d'exister. L'évoquer sous tous les noms possibles et imaginables, sacrés ou pas, ne change rien de mesurable aux conflits. Le seul effet certain du Nom de Dieu semble bien humain : il galvanise les soldats, les motive à tuer plus, plus longtemps, à défouler tous leurs instincts tout en ayant bonne conscience. C'est peut-être là le seul grand effet observable de « Dieu » dans les guerres que nous voyons, une grande motivation à se battre. Mais Dieu n'a rien à voir là-dedans. C'est Sa Marque qu'on utilise.

Alors le croyant scientifique se retrouve devant une observation troublante. Le Dieu fidèle des scientifiques — celui qui fait que les lois sont reproductibles d'une période à l'autre, d'un lieu à l'autre — ne semble pas répondre aux invocations guerrières. Ce serait l'équivalent d'un Dieu de la Nature qui ferait qu'une fois le lait bout et déborde, une autre fois non, et l'on ne saurait jamais pourquoi. Ce Dieu-là ne peut pas exister sans détruire toute la Science. Et pourtant Il est là.

Dieu serait donc impossible à quantifier ou mesurer. Oui et non. On peut protester : ce n'est tout de même pas possible que Dieu se laisse abuser par tant de gens, qui utilisent Son nom comme libre de droits d'auteur, Lui faisant dire n'importe quoi. Comment Allah, qui est évoqué comme Clément et Miséricordieux, peut-il être présent dans les scènes de viol massives du Soudan ? Et le Dieu des Juifs est-il si en colère de s'être fait « avoir » le 7 octobre qu'il redouble d'énergie pour détruire ce qui reste ? Malheureusement, ces questions nous ramènent à l'existence du Mal face à un Bon Dieu. Là encore, oui et non. La question du Bon Dieu face au Mal se pose surtout pour une situation donnée vue par une religion donnée : un petit enfant coincé sous une poutre tombée du toit d'une église, dans un pays chrétien. Mais si nous prenons la totalité de la situation Iran-Israël-USA, on aurait deux boîtes bien pleines. D'un côté, toutes les situations dramatiques vécues par les Israéliens, les Iraniens et les Américains, avec les trois noms de Dieu dans la même boîte du désastre. De l'autre, les mêmes noms de Dieu dans la boîte du bonheur de la victoire. Une boîte héroïque, guerrière, motivée, obtenant des victoires périodiquement, souvent inattendues — et c'est ce côté inattendu qui nourrit la perception que c'est Dieu qui est derrière. La « victoire » du Hamas le 7 octobre était une sorte de bataille de David contre Goliath à l'envers, où David était joué par les Palestiniens et Goliath par les Israéliens. Avec un jet de pierre, pas beaucoup plus, Goliath est tombé à terre. Sachant que le mot Palestinien est dérivé de Philistin, le peuple de Goliath, et sachant que Gaza était la capitale (ou l'une des villes principales) des Philistins, l'imaginaire se laisse emporter à croire qu'un Dieu a agi. Mais dans un sens bizarre, puisque le Dieu de la Bible, celui des Juifs, avait suscité David du côté des Juifs, alors que là il réapparaît du côté des Philistins/Palestiniens.

L'interprétation des événements, à défaut du nombre de tués, est une autre mesure supposée de l'intervention Divine dans ces conflits. Elle vaut pour l'Ukraine et la Russie. Cela fait plus de cinq cents ans que la Russie se sent l'héritière de Rome — pas celle des Romains, mais celle de l'Église qui est née sous Rome, qui y a fleuri 1000 ans, a été chassée par des barbares, puis s'est transportée à Byzance, y a fleuri encore 1000 ans, a été chassée par des barbares, s'est transportée à Moscou, où à nouveau la vraie Église romaine, celle du Christ, fleurit et résiste aux nouveaux barbares qui veulent l'en chasser, et qui ont mis les barbares ukrainiens à leur porte comme contingent avancé. Un mot pour résumer cette chaîne : le Tsar, qui est le César de l'Est, comme le Kaiser se crut le César à l'Ouest, successeur du Saint Empire romain germanique. Du côté de l'Allemagne, la volonté de dominer le monde au nom du Sacré s'est éteinte. En Russie, jamais. Celui qui dirige le Kremlin est Tsar de fonction, gardien de l'Église de Rome, la vraie. On voit alors que les scènes de Pope bénissant les obus rutilants sont nourries de narratifs très puissants. Il ne s'agit pas que de collaborateurs d'un chef mafieux, qui les oblige à fournir de la prière pour accompagner de l'artillerie, mais de tout un réseau de croyances qui transforme l'obus en successeur d'une longue guerre de survie du message chrétien face aux barbares. On voit ici le rôle motivant du religieux, qui donne à toute une proportion des soldats et de la population cet aspect essentiel de la guerre : le martyre. Et donc la patience devant les difficultés et l'héroïsme. C'est clairement ce qui se déroule au Moyen-Orient, tant en Israël qu'en Palestine ou en Iran, avec un héroïsme phénoménal dans les différents camps, des réussites à mettre à son crédit, et qui alimentent les prêches des Imams, des Rabbins ou des Pasteurs.

Vu de haut, et en admettant tous ces paramètres qui assurent des victoires et des défaites des deux côtés au nom du même Dieu, la croyance en Dieu apparaît comme du bruit : trop de forces contradictoires, qui créent parfois des ondes nettement en faveur d'une croyance (la victoire initiale du Hamas), succédées par une onde de défaite (l'écrasement subséquent de Gaza), aboutissant à une onde plate. On croirait qu'il y a un Dieu qui aide tel camp, puis peu après, ah non, pas du tout. Sur le terrain cependant, ce sont les victoires qui restent dans les esprits religieux — la mémoire religieuse est sélective, elle range les victoires même minuscules au-dessus des défaites, qui sombrent rapidement dans l'oubli. Dieu a existé pour le Hamas, c'est ce que retiendra l'histoire que raconteront les religieux ; les gravats de Gaza seront oubliés. Idem en Iran, où les chiites pendant des siècles raconteront l'extraordinaire saga de la Résistance des Gardiens contre Israël et les USA — encore du David contre Goliath —, oubliant la mort de leur Guide, la quasi-annihilation de son fils et de leur état-major, ou la destruction des infrastructures.

Le croyant philosophe et scientifique, dans le camp duquel l'auteur se range, est donc bien embêté avec son propos expérimental. Dieu sous la forme d'Elohim, Dieu sous la forme d'Allah, et Dieu sous la forme du Père ont inspiré des victoires étonnantes, mais subi des défaites tout aussi étonnantes. Une intervention divine a-t-elle eu lieu pour assurer les victoires, ou la motivation et la volonté du martyre suffisent-elles pour expliquer des événements comme le 7 octobre, ou la résilience de l'Iran chiite face à ses ennemis ?

Le croyant scientifique voit Dieu ailleurs. Rappelons le conflit entre la Russie et l'Ukraine, qui est meurtrier mais qui aurait pu l'être bien plus que cela sans peut-être un vrai facteur miraculeux : Dieu qui retient les hommes de se détruire encore plus. Combien de fois les belligérants ont dû vouloir annihiler l'autre à coup de bombe atomique ou de missile en plein centre commercial bondé, et pourtant cela n'arrive pas. Combien de fois on entend que dans la nuit, 400 drones et six missiles sont tombés sur le territoire ukrainien et ont tué 3 ou 4 personnes, et les grands jours, une dizaine. Jamais des centaines ni des milliers. Mais que se passe-t-il, comment 400 drones peuvent-ils ne tuer que 3 personnes ? On court aux abris certes, mais ces abris restent des plaisanteries. L'inverse tient : les Ukrainiens tirent, neutralisent des raffineries ou des dépôts, avec deux ou trois morts. Aucun des deux camps ne divulgue le nombre de soldats morts, on suppose que là, enfin, on peut compter par milliers, dizaines de milliers, centaines de milliers. Mais le ballet nocturne des missiles et drones se termine en unités de morts, jamais plus. Il en va de même en Israël, où les centaines de missiles et drones iraniens ou autres ont détruit bien des structures, avec toujours quelques morts. Gaza, où l'on déplore des dizaines de milliers de morts, est, il faut bien le rappeler, une réaction mathématique au fait qu'Israël a perdu presque deux mille morts le 7 octobre, une perte en civils jamais arrivée dans son histoire, et qui a déclenché une attaque sans merci contre les auteurs, sans trop d'égards pour les civils autour d'eux. La retenue était cependant immense : connaissant la puissance de feu israélienne et l'exiguïté de Gaza, les victimes collatérales des tirs israéliens auraient pu être bien plus nombreuses. Une fois l'Élite du Hamas abattue, le chiffre des victimes collatérales baisse considérablement. En termes divins, on dirait que le Dieu des Juifs a bien repris les choses en main, a nettoyé les agents d'Allah qui l'avaient surpris. Le récit inverse à Gaza est celui de l'annuaire des Martyrs, qui s'est enrichi de milliers de noms, des pages qui persisteront dans les mémoires pour toujours, racontant comment avec des bouts de ficelle et des pick-up, les chevaliers d'Allah ont vaincu Israël en plein jour de Fête.

Le croyant philosophique, devant tout ce bruit, préfère retenir que Dieu est un facteur net de Retenue dans les guerres qui sont faites en Son nom. C'est sa solution mathématique. Les victoires des uns sont les défaites des autres, et forcément, au bout, entre victoires et défaites, un équilibre s'installe, et cet équilibre est la manifestation de Dieu. Les Iraniens planifiaient la destruction complète d'Israël par une attaque simultanée du Hamas au Sud, du Hezbollah au Nord, une Intifada locale et des missiles Houthis venant du Sud, le tout épicé par quelques missiles iraniens. Israël serait tombé en quelques heures, et sa capacité stratégique serait aux mains de l'Iran actuellement. L'attaque prématurée du Hamas a déjoué ce plan. De l'autre côté, le régime chiite iranien, qui a tenu si remarquablement, a lui aussi failli disparaître et être emporté comme un fétu de paille. Si les manifestations monstres du peuple, en janvier 2026, s'étaient produites en même temps que l'attaque d'Israël et des USA, le régime serait tombé. Ce sont des « miracles », et peut-être que l'action divine réside dans ces milliers de « si » qui sauvent des millions de personnes, des civilisations entières, plutôt que dans l'accompagnement d'obus individuels bénis par des imams ou des rabbins avant leur départ. L'histoire secrète, celle que personne ne planifie, qu'on peut attribuer à une Providence, est au fond celle qui gagne. Et c'est probablement celle-là, dit le croyant philosophe, qui manifeste ce en quoi Dieu est expérimental.