Cyrus, pour l'Iran d'aujourd'hui
Il y a trois mille ans, le monde entier, ou presque, tient dans le Moyen-Orient.
Ailleurs, il y a des hommes, mais c'est ici que des civilisations existent. C'est ici qu'on écrit. C'est ici qu'on construit des villes, qu'on lève des armées, qu'on invente les mathématiques, l'astronomie, les codes, et les religions que nous suivons encore. Akkad. Assur. Babylone. L'Élam. Trois grands empires se sont succédé, et un plus discret, l'Élam, a duré à côté d'eux pendant deux mille ans.
De tous ces empires, un seul a laissé un pays qui existe encore aujourd'hui : l'Iran.
Ses habitants n'ont pas bougé de leur terre. Ils parlent une langue qui vient de là. Ils révèrent, comme personne d'autre, l'homme le plus connu de leur histoire : Cyrus.
Et s'il avait, cet homme, la solution à la situation d'aujourd'hui ?
L'Iran d'aujourd'hui est un pays coupé en deux. Une haine profonde le traverse. À l'extérieur, tout le monde attend qu'il craque. À l'intérieur, personne ne sait plus comment on peut vivre ensemble.
Il y a un fils du dernier Shah, Reza Pahlavi. Il vit à l'étranger depuis quarante-sept ans. Il est le successeur légitime de Cyrus, sur le Trône du Paon, un trône qui a été occupé, à travers les dynasties, depuis Cyrus, et qui a été interrompu pour la première fois, de l'intérieur, en 1979, par la prise du pouvoir des mollahs.
Alors regardons ce qu'a fait Cyrus. Peut-être qu'on y trouvera quelque chose.
L'homme et son pays
Cyrus naît vers 600 avant Jésus-Christ. Il meurt en 530. Il devient roi en 559.
Il prend un titre : Roi des rois. Un titre qui deviendra celui des souverains d'Iran pendant deux mille cinq cents ans, jusqu'au père de Reza Pahlavi.
À première vue, c'est un fondateur d'empire comme les trois qui l'ont précédé. Akkad, Assur, Babylone. Un de plus.
En réalité, c'est autre chose. Ses racines viennent de bien plus loin que lui-même.
Le pays qu'il va rassembler comprend trois peuples. Au centre, les Perses, dont il vient. Au nord, les Mèdes, un peuple guerrier qui règne sur un royaume déjà grand. Au sud, sur les rives du Golfe, l'Élam, l'un des plus vieux royaumes du monde, aussi ancien que l'Égypte.
Cyrus est né à la charnière. Son père est perse. Sa mère est mède. Elle est la fille d'Astyage, le roi des Mèdes. Perses et Mèdes ne se sont pas encore mis d'accord en politique. Ils se sont mis d'accord dans une famille, autour d'un enfant.
Sous son règne, on parle et on écrit toutes les langues du pays. Le vieux perse, la langue de sa maison. L'élamite, la langue de l'Élam, vieille de trois mille ans. Le babylonien, la langue d'Akkad, qui a été la langue des affaires du Moyen-Orient depuis toujours. Aucune langue n'est chassée. Chacune sert.
Cyrus n'invente pas un pays. Il rassemble un pays qui existe déjà en morceaux, et il le fait sans casser les morceaux.
Astyage
Le grand-père de Cyrus, Astyage, roi des Mèdes, veut arrêter la montée de son petit-fils. Il envoie son armée. Une partie de l'armée passe du côté de Cyrus. Astyage perd.
Un roi ordinaire, à ce moment-là, tue le vieux roi. La coutume est simple : on ne laisse pas vivre celui qu'on a battu.
Cyrus fait le contraire. Il garde Astyage vivant. Il l'installe chez lui. Il le traite bien.
C'est la première fois. Ça va devenir une manière.
Crésus
Le roi de Lydie s'appelle Crésus. Il est célèbre pour sa richesse. On dit encore aujourd'hui « riche comme Crésus ».
Crésus attaque Cyrus. Il perd. Cyrus prend sa capitale, Sardes.
On raconte qu'il voulait le brûler vif sur un bûcher. Puis qu'il a changé d'avis. Et qu'il l'a gardé auprès de lui, comme conseiller.
Deux rois vaincus vivent maintenant à la cour du vainqueur. Le petit-fils a battu son grand-père. Un roi grec battu par un roi perse. Aucun des deux n'est mort. Les deux donnent des conseils.
Babylone
Puis vient Babylone. La plus vieille ville debout. La ville des ziggourats et des scribes.
Cyrus arrive en 539 avant Jésus-Christ. Il n'y a pas de bataille. Les portes s'ouvrent. Le dernier roi de Babylone, Nabonide, a fâché les prêtres du dieu Marduk en passant dix ans en Arabie, à l'oasis de Teïma, pour y honorer un autre dieu — le dieu-lune Sîn. Pendant tout ce temps, son fils tenait Babylone à sa place. Nabonide n'est rentré chez lui que trois ou quatre ans avant l'arrivée de Cyrus. Les prêtres n'ont pas oublié. Ils préfèrent Cyrus.
Cyrus entre en homme qui restaure, pas en homme qui casse. Il rend les statues des dieux à leurs villes d'origine. Il laisse les cultes en place. Il fait rédiger un texte, gravé sur un cylindre d'argile, dans la langue de Babylone, où il se présente comme celui qui rétablit l'ordre.
Et voici ce qui arrive à Nabonide.
Ce n'est pas un petit roi vaincu comme Astyage ou Crésus. Il règne sur l'empire le plus puissant du monde d'alors. Babylone, c'est la ville des ziggourats, du calendrier, des scribes, des ambassadeurs de tous les royaumes. Nabonide, c'est l'empereur qui, à lui seul, pesait plus que la Médie et la Lydie réunies. C'est cet empire que Cyrus vient de prendre d'un coup.
Il l'épargne. Et il ne s'en tient pas là : il lui donne un poste. Une principauté en Carmanie, dans l'actuel Iran du sud-est. Le grand roi de Babylone y termine ses jours tranquillement, ex-empereur, employé à administrer une province de son vainqueur.
Ça en fait trois. Astyage, Crésus, Nabonide. Trois rois vaincus, trois vies conservées, trois vaincus qui gardent un rôle. Ce n'est plus un hasard. C'est une manière de gouverner.
Et puis il y a les Juifs.
Cinquante ans plus tôt, les Juifs ont été déportés à Babylone par le roi Nabuchodonosor, qui a détruit leur Temple à Jérusalem. Ils sont là, prisonniers de la ville que Cyrus vient de prendre.
Cyrus leur dit : rentrez. Reprenez vos objets sacrés. Reconstruisez votre Temple. Il paie le voyage.
Un roi perse qui ne connaît pas leur Dieu renvoie un peuple étranger chez lui pour rebâtir son sanctuaire.
Ce peuple, en retour, va inscrire son nom dans son livre saint.
Le prophète Isaïe l'appelle messie. En hébreu, mashiah, l'oint. C'est le titre le plus haut qu'un roi puisse porter dans la Bible. « Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus. » Un roi perse, non circoncis, qui n'a jamais mis les pieds à Jérusalem, reçoit ce titre. Et il ne le perdra plus. Il est aujourd'hui encore, dans la Bible, le seul roi étranger appelé messie.
C'est la première rencontre entre l'Iran et Israël. Elle est du côté du soin, pas du côté de la guerre.
La Pax Persica
Cyrus meurt en 530. Ses successeurs, Cambyse puis Darius, prolongent son œuvre. L'Égypte est ajoutée. L'empire s'étend de l'Indus à la Grèce, de la Mer Noire à l'Éthiopie.
Cet empire dure deux cent vingt ans. On l'appelle plus tard la Pax Persica.
Sous cette paix, chacun garde ses dieux, sa langue, ses coutumes, ses chefs locaux. Le roi perse ne cherche pas à faire de tous ses sujets des Perses. Il leur demande une chose : reconnaître le Roi des rois, payer l'impôt, envoyer des hommes quand on en a besoin.
Les Iraniens de tous les temps se reconnaissent dans ce modèle. Il correspond à leur manière : accueillir sans effacer.
Alexandre
Deux cents ans après Cyrus, un jeune homme arrive de l'ouest. Il a été formé par Aristote, il a lu Homère. Il s'appelle Alexandre.
Il bat Darius III, le dernier des Achéménides. Il entre à Persépolis. Un soir de fête, le palais brûle.
Alexandre a gagné. Mais il ne repart pas.
Il épouse Statira, la fille de Darius III. Il fait épouser à ses officiers d'autres princesses perses. Le sang de Cyrus entre dans la maison du vainqueur. Alexandre s'habille à la persane, prend des courtisans perses, se fâche avec ses vieux compagnons grecs qui ne supportent pas cette « asianisation ».
Le vainqueur est en train de devenir Perse.
C'est le deuxième témoignage de la force de ce pays : il transforme celui qui le prend.
Alexandre meurt jeune. Son empire se casse. Les Parthes reprennent la couronne d'Iran. Puis les Sassanides. Pendant huit siècles, l'Iran est de nouveau un empire iranien, qui tient tête à Rome puis à Byzance.
Yazdegerd III
En 651, un dernier roi meurt. Yazdegerd III, dernier des Sassanides.
Son histoire ressemble à celle de Darius III mille ans plus tôt : une armée arrive de l'extérieur, un empire de mille ans est renversé, le roi fuit vers l'est. Yazdegerd est assassiné à Merv, en pleine fuite.
Les Arabes emportent son empire. L'Iran devient musulman.
Sauf que cette fois encore, la royauté ne meurt pas avec le royaume.
Yazdegerd a des enfants. Ce qu'il leur arrive tient de la géographie du possible. Certains détails ne sont pas totalement prouvés. Mais tous ont été racontés, tenus, transmis, et honorés. Regardez-les ensemble.
Une de ses filles, Shahrbanou, épouse Husayn, le fils d'Ali et petit-fils du Prophète. De ce mariage naît Ali Zayn al-Abidin, le quatrième imam du chiisme. Toute la lignée des imams après lui descend de cette princesse perse. Les chiites d'Iran ne sont donc pas seulement des convertis. Ils sont, par cette femme, les héritiers biologiques de leur propre royauté ancienne.
Le chiisme est né dans le sang de Cyrus.
Une autre fille, Izdundad, épouse Bostanaï, chef des Juifs de Babylone. Bostanaï est un descendant direct du roi David.
La maison de David et la maison de Cyrus se rencontrent une deuxième fois, mille ans après Isaïe. Cette fois, dans une famille.
De ce mariage descend, environ un siècle plus tard, un homme appelé Makhir. Charlemagne le fait venir en France. Il l'installe à Narbonne, dans la Septimanie, qu'on vient de reprendre aux Sarrasins. Il lui donne un royaume à administrer.
Un prince juif, à Narbonne, sous Charlemagne. Ça semble étrange. Il y a une raison, et elle est franchement drôle. Charlemagne est un usurpateur. Sa famille a poussé les Mérovingiens sur le côté. Il lui manque du sang qui rassure les évêques. Le sang qu'il cherche est celui de David, celui dont la Bible dit qu'il porte la royauté légitime. Alors on fait venir un descendant de David depuis Babylone. On marie la maison de David à la maison de Charlemagne. Et l'usurpation devient légitimité.
De Makhir descendent des maisons franques, puis européennes. La couronne d'Angleterre, encore aujourd'hui, se dit descendante de David.
La maison de David sert de garantie à des rois qui ne parlent pas hébreu, qui ne connaissent pas la Palestine, qui règnent sur des îles au bout du monde. Et cette maison de David est arrivée jusqu'à eux par une princesse perse, fille du dernier Sassanide.
Une troisième fille, Mihrbanou, part vers l'Inde et entre dans une maison royale d'Ujjain.
Un fils, Peroz III, part vers l'est. Il arrive jusqu'à la cour des Tang, en Chine. L'empereur l'accueille, lui donne un titre, l'aide à ouvrir un temple zoroastrien dans sa capitale, Chang'an. Un prince perse célèbre son culte du feu au cœur de la Chine.
Regardez ce qui vient de se passer, en une génération, autour d'un roi vaincu. Ses enfants entrent dans la famille du Prophète, dans la maison de David, dans les royaumes de l'Inde, à la cour de Chine. Et par la maison de David, un peu plus tard, dans toutes les cours de l'Occident chrétien, jusqu'à Londres.
Ce n'est plus une dynastie. C'est une manière d'être au monde.
Ce que ça veut dire
Cette manière d'être, il faut la nommer.
Elle dit : la défaite n'écrit pas la fin d'un peuple.
Depuis Cyrus, l'Iran a été battu plusieurs fois. Par Alexandre. Par les Arabes. Par les Mongols. À chaque fois, l'Iran a fait la même chose. Il a laissé les armées passer. Il a gardé sa langue, ses poètes, sa manière de recevoir.
Ferdowsi a écrit le Shahnameh en persan, à une époque où la cour de Bagdad parlait arabe. Le persan est resté. Les rois d'ailleurs sont partis.
Pahlavi
En 1925, un officier iranien monte sur le trône. Il s'appelle Reza. Il choisit un nom pour sa dynastie : Pahlavi.
Pahlavi, c'est la langue des Sassanides, la langue de Yazdegerd III. Choisir ce nom, ce n'est pas fonder une dynastie. C'est en reprendre une, à travers mille trois cents ans de silence.
Il remplace la dynastie précédente, celle des Qajars. Le dernier roi Qajar, Ahmad Shah, est en Europe. Il est déposé par le parlement iranien. Il meurt à Neuilly en 1930, dans son lit. Personne ne l'a tué. Personne n'a été condamné à mort pour son maintien. Personne n'a été condamné à mort pour sa chute.
Le changement de dynastie s'est fait comme Cyrus faisait ses changements de royaume : sans passer par le cimetière du prédécesseur.
Le fils de Reza, Mohammed Reza, en 1963, ne fait pas exécuter Khomeini qui vient de conduire des émeutes contre lui. Son général Pakravan, qui dirige la SAVAK, intervient auprès du Shah. Le Shah accepte. Khomeini est emprisonné, puis exilé. Il quitte l'Iran vivant.
Quinze ans plus tard, les positions se retournent. Khomeini est au pouvoir. Le Shah est en exil. Khomeini approuve alors une demande d'extradition contre lui, jusqu'au Panama. Celui qui avait été épargné n'épargne pas en retour.
C'est un fait qu'il faut voir en face. La clémence a un sens dans un seul camp. L'autre camp l'a pris pour de la faiblesse.
Reza Pahlavi
Il reste un fils du dernier Shah. Reza Pahlavi. Il vit à l'étranger depuis quarante-sept ans.
Il ne demande pas à monter sur un trône. Il propose aux Iraniens de choisir leur système politique par référendum. Il dit qu'il se rangera à ce que les Iraniens décideront.
C'est la parole de Cyrus, deux mille cinq cents ans après Cyrus. Cyrus ne demandait pas aux Babyloniens de devenir Perses. Il ne demandait pas aux Juifs d'oublier leur Dieu. Il leur demandait de vivre ensemble, chacun avec ce qui l'avait fait. Reza Pahlavi ne demande pas plus.
Et il porte un nom qui refait toute la chaîne. Pahlavi, la langue de Yazdegerd. Yazdegerd, dont les enfants ont porté la royauté iranienne chez le Prophète, chez David, en Inde, en Chine. Cyrus, dont ces enfants descendent à travers les Achéménides et les Sassanides. Élam, sur la terre duquel tout a commencé.
Ce que ça peut donner à l'Iran d'aujourd'hui
Un Iran qui reviendrait à cette ligne ne quitterait pas le sien. Il rentrerait chez lui.
Il retrouverait la tolérance qui a fait sa force pendant vingt-cinq siècles.
Il pourrait parler à Israël sans mentir à personne. Un roi perse a rebâti le Temple. Un prophète juif a appelé ce roi messie. Une princesse perse a donné son sang à la lignée des imams. Une autre a donné son sang à la maison de David. Ces deux peuples-là ont été alliés bien avant d'être ennemis.
Il pourrait accueillir chez lui, sans peur, ses croyants et ses non-croyants, ses Kurdes et ses Baloutches, ses chiites et ses sunnites, ses zoroastriens, ses juifs qui n'ont jamais cessé d'y vivre, ses bahaïs qu'on martyrise depuis deux siècles.
Il pourrait, surtout, faire ce que Cyrus a fait avec Astyage, avec Crésus, avec Nabonide. Changer de pouvoir sans faire un cimetière.
Les ministres, les gardiens de la révolution, les mollahs, ne sont pas des hommes à pendre pour que l'Iran recommence. Ce sont des Iraniens.
Voilà ce que Cyrus a fait de plus grand. Ce n'était ni sa piété, ni sa puissance, ni son cylindre d'argile. C'était sa manière de laisser en vie l'homme qu'il venait de battre.
Cela vaut, aussi, pour aujourd'hui.
Pétition adressée à Son Altesse Impériale le Prince Reza Pahlavi
Votre Altesse,
En votre qualité d'héritier légitime du trône d'Iran, dans une continuité historique qui remonte, à travers les dynasties qui se sont succédé, jusqu'à la Perse de Cyrus le Grand ;
Devant la situation dramatique du peuple iranien, sur les plans social, économique et moral, ainsi que la dégradation de l'accès aux soins et à l'éducation ;
Devant la haine accumulée entre les citoyens iraniens de croyances différentes au cours des dernières années ;
Devant la pression étrangère qui asphyxie le peuple iranien et ne montre aucun signe d'atténuation ;
Devant la possibilité d'une nouvelle explosion sociale qui pourrait provoquer des dizaines de milliers de morts, voire davantage, et ajouter encore de la haine à celle qui existe déjà ;
Devant l'irresponsabilité des appels demandant simplement au régime de partir, comme si l'on pouvait quitter un État comme on quitte une salle, sans prévoir ce qui lui succéderait ;
Devant l'absence actuelle d'une alternative crédible et consensuelle, et sachant que la chute d'un régime sans relève préparée peut conduire au chaos et à la guerre civile ;
Devant la nécessité absolue d'une transition qui n'aboutisse pas à la persécution des tenants du pouvoir actuel, des religieux, des militaires, des policiers et de tous ceux qui pourraient être entraînés dans une spirale de vengeance ;
Sachant que l'esprit de vengeance attend l'occasion de se déchaîner et pourrait provoquer pour l'Iran un mal encore plus destructeur que celui qu'il a déjà connu ;
Devant enfin le fait que vous êtes le seul personnage politique iranien disposant d'une légitimité historique susceptible de se placer au-dessus des partis, des confessions et des factions, et de garantir que la transition puisse se faire dans le respect de la Loi et de tous les Iraniens ;
Devant également le fait qu'à de multiples reprises, vous avez vous-même proposé de jouer un rôle permettant d'organiser la transition et de rendre au peuple iranien la possibilité de décider librement de son avenir ;
Nous vous demandons solennellement, Votre Altesse,
de lancer au peuple iranien un appel formel déclarant votre volonté d'assumer ce rôle d'arbitre et de rassembleur, rôle qui sied à un Shah et qui implique d'être le Shah de tous les Iraniens, quelle que soit leur confession ou leur appartenance politique.
Nous vous demandons également de transmettre personnellement cet appel, par lettre publique, à Son Excellence le Dr Masoud Pezeshkian, Président de la République islamique d'Iran.
Dans l'esprit de la paix que nous souhaitons voir revenir en Iran dans les plus brefs délais, nous vous demandons de proposer, dès l'ouverture de cette transition, une amnistie générale et un pardon mutuel pour les faits commis dans le contexte des affrontements politiques et militaires des années précédentes, afin que la vengeance ne devienne pas le moteur du nouvel Iran.
Une période de deux années devra être instituée afin de permettre au pays de se reconstruire dans la paix.
Durant cette période, aucune procédure judiciaire ne pourra être engagée contre les membres des forces armées, paramilitaires, policières ou judiciaires de l'ancien régime pour les faits couverts par l'amnistie. Aucune vengeance personnelle ne sera tolérée, et leur sécurité ainsi que celle de leurs familles devront être garanties par l'État.
Cette période devra également leur laisser une possibilité claire de quitter librement le territoire iranien, s'ils estiment que leur sécurité ou leur conscience leur commande de le faire.
Ces deux années ne signifieront pas l'oubli. Elles seront un temps de paix et de reconstruction, destiné à empêcher que la chute d'un régime ne se transforme en guerre civile et en règlement de comptes généralisé.
Au terme de cette période pourra s'ouvrir un processus de justice transitionnelle, inspiré notamment de l'expérience sud-africaine : les victimes pourront témoigner, les responsables pourront reconnaître les faits commis, les familles pourront être entendues et la société pourra regarder son passé en face. Aucune peine de prison ne pourra être prononcée à l'issue de ces confrontations. Cette justice restorative devra avoir pour objectif premier de mettre fin au cycle de la violence, plutôt que de l'entretenir.
La garantie d'une amnistie permettra aux membres des forces actuellement au pouvoir de déposer leurs armes sans avoir le sentiment de signer leur propre arrêt de mort.
L'amnistie devra s'accompagner d'un désarmement des corps paramilitaires et parapoliciers et de leur intégration, lorsque cela sera possible, dans l'Armée et la Police régulières, ainsi que du retour de l'autorité judiciaire aux institutions régulières de l'État.
Aucune vengeance personnelle ne devra ensuite être tolérée sur le sol iranien.
C'est dans ce cadre que pourra être organisée une consultation populaire libre sur l'avenir politique de l'Iran.
C'est également dans ce cadre que pourra être négociée la levée progressive des sanctions économiques qui frappent aujourd'hui le peuple iranien.
Quant au dossier nucléaire, l'Iran devra pouvoir défendre sa sécurité et ses intérêts nationaux dans le cadre d'une négociation régionale visant, à terme, à une dénucléarisation de l'ensemble des pays du Moyen-Orient, y compris Israël.
Votre Altesse,
l'Iran possède une spiritualité d'une richesse exceptionnelle, qui va de ses racines zoroastriennes au chiisme, en passant par toutes les contributions que cette terre a apportées au judaïsme, au christianisme et à l'islam.
Nous vous demandons de devenir le gardien de cette pluralité et de cette tolérance.
Le Shah ne saurait être le représentant d'une confession contre une autre. Il doit être le garant de la coexistence de toutes.
L'Iran doit pouvoir retrouver ce qui fut l'une de ses grandes forces au cours de ses âges d'or : la capacité à faire vivre ensemble des croyances, des peuples et des traditions différentes sous une même protection.
Votre Altesse,
Le monde attend aujourd'hui de vous et du Président Pezeshkian un geste commun. Comme naguère en Afrique du Sud, lorsque Nelson Mandela et Frederik de Klerk comprirent qu'un pays déchiré par la haine ne pouvait être sauvé que par la réconciliation de ses ennemis.
L'Iran a besoin de ce geste.
Il a besoin que ceux qui ont souffert et ceux qui ont peur puissent, ensemble, regarder vers l'avenir. Il a besoin d'un arbitre qui ne soit pas le chef d'un camp. Il a besoin d'un Shah qui soit le Shah de tous les Iraniens.
Nous vous supplions d'assumer ce rôle.