Voie 4 · Revoir l'Histoire

La recette politique d'avenir pour tous les humains :
Anarchisme et Légitimisme

Seconde partie — Le Retour du Shah en Iran

Le Retour du Shah en Iran.

Albert Abehsera · Automne 2026

Au cours des manifestations de Janvier 2026, les cris de « Vive le Shah ! » ont résonné dans bien des manifestations anti-régime, en Iran comme à l'étranger. Pour beaucoup, le fils du Shah défunt serait seul capable de cimenter une alternative au régime actuel.

Nous nous proposons ici de faire une analyse de ce retour.   Tout d’abord en disant qu’il est inéluctable. Selon certaines conditions qui ne sont pas remplies pour le moment. La chute du régime des Ayatollahs, alors que ces lignes sont écrites, en Aout 2026, serait une catastrophe, bien plus grande que leur maintien au pouvoir. Dans les conditions actuelles, cette chute pourrait causer bien plus que les 30 000 morts comptés en janvier 2026, peut être 300 000, voire 3 millions. Le régime des Ayatollahs/Gardiens de la Révolution correspond à un besoin actuel du pays, et on ne chasse pas un besoin. On a assez de révolutions dans le passé pour savoir que chasser quelqu’un sans une relève prête, c’est jouer à la roulette russe avec cinq balles dans le chargeur.  Quand l’Iran chasse le Shah en 1979, l’Ayatollah Khomeini était dans l’avion avec toute son équipe.

Ceci dit, sur le moyen terme, le Retour du Shah est inéluctable. Par défaut, car il n'y a aucune alternative, mais aussi par nécessité, car c'est la meilleure solution pour l'Iran. Pas la meilleure solution pour un camp particulier, mais pour tous, Chiites et opposition, ethnies du Nord et du Sud.   C’est une des fonctions d’un Roi, être au-dessus des partis.

Belle proposition, mais, soyons sérieux : comment le fils du Shah précédent pourrait-il retourner en Iran?  A la faveur d’une vague particulièrement intense de bombardements américains et israéliens ? Un retour sous les ailes de l'attaquant étranger ne marche jamais. Le peuple, y compris ceux qui avaient envahi les rues en masse contre le régime en Janvier 2026, s'est raidi contre les bombardements étrangers et, finalement, le régime a gagné plutôt que perdu en popularité.

Autre question, purement de sécurité personnelle. Le fils du Shah s'est proposé de revenir, pour présider à un gouvernement de transition jusqu'à des élections libres où l'Iran choisirait son avenir politique. Il repartirait ensuite. Autrement dit, il consent à prêter sa légitimité pour organiser la suite, sans lui. C'est fort aimable de sa part. Le personnage a été éduqué toute sa vie aux USA et en Europe, parle couramment le français, sans accent, l'anglais également. Un pur produit de la civilisation européenne. Il est sincèrement démocrate, et sa proposition de ne pas rester en Iran plus qu'il ne faut ressemble tout à fait à une proposition démocratique. Il ne se voit pas du tout Shah, avec couronne et sceptre, comme on voit son défunt père sur certaines photos. Sa culture d’adoption doit lui rendre ces images complètement folklorique.  Un retour temporaire, un petit tour pour donner un coup de main, voilà tout ce qu’il peut faire. Ce n'est pas une solution. Deux mille cinq cent ans d’histoire de l’Iran lui refuse cette possibilité.  Car, au bout de l’année qu’il propose de passer, qui en Iran pourrait prendre la relève du régime actuel ? Un an ou cinq ans, on ne trouvera personne.  Après 40 années de Chiisme qui ont suivi 40 années du règne de son père, on ne trouvera personne de significatif, personne capable de respecter le passé Perse, qu’incarnait son père, et l’intense spiritualité musulmane de l’Iran. Tout candidat serait polémique, trop ceci ou trop cela, pas assez ceci et pas assez cela.  Nul besoin de citer tel nom d'un écrivain opposant actuellement en prison ou d’un mouvement d’opposition de gauche ou de droite minuscule. C’est le désert complet. Pas de De Gaulle ou Mandela iranien en réserve, attendant son heure.  Personne de consensuel. Des inconnus radicaux, et, face à la colossale organisation du régime chiite en place, des fétus de paille.

On comprend alors le fils du Shah. Je propose d'ailleurs de cesser de l'appeler ainsi. C’est trop long et faux selon le raisonnement qui sera développé ici. D’après une mesure qu’on appelle le légitimisme, il est le Shah.  Et c’est ce qui fait qu’il ne peut pas dire ‘je vais venir vous donner un coup de main pendant un an et je repars’.  C ‘est son destin, de ne jamais pouvoir dire cela, à moins qu’on trouve un autre Shah, ce qui est absurde. Cela rappelle les lois du Royaume en France, où, lorsque le Roi meurt, on crie Vive le Roi, pour célébrer la continuité du Vivant qui hérite de la Mort. Le Royaume ne s’arrête jamais, pas un instant.   Même si on n’a pas trouvé le Roi suivant le Roi mort.  Alors disons-le , le Shah est mort, vive le Shah!  Un cri qu’ils étaient nombreux à pousser dans les foules de janvier 2026, sous les tirs des mitraillettes des Gardiens.

Mais, attention, cette foule qui criait « Vive le Shah, vive l'Amérique » n'est-elle pas la même que celle qui cria il y a cinquante ans « Mort au Shah, mort à l'Amérique » ? En 1979, la veille du départ du Shah défunt, des marées humaines, hommes et femmes, envahissaient les rues criant: Mort au Shah. Le Shah repartit, honteusement, en fuyant son pays, et l'Ayatollah Khomeini arriva, triomphal à l'aéroport, n'ayant de cesse de poursuivre le Shah en exil, qui mourut peu après. C’était, disons le, méchant. Le Shah avait épargné par deux fois la vie de Khomeini, qui ne lui a pas rendu la politesse.

Peu après le départ, la foule vota à près de 100 % pour le changement de régime, et donc pour la mort politique du Shah. Or cette même foule, ou leurs enfants, se retrouvent dans les rues, cinquante ans plus tard, avec le cri contraire, appelant le fils — qui n'a plus beaucoup de souvenirs de son enfance — à revenir. Mettons-nous à sa place ! Comment revenir dans un pays qu'il ne connaît pas, ou uniquement par de vagues souvenirs, rapidement effacés par le traumatisme du départ, l'exil et la souffrance du père, pourchassé, alors qu’il était rongé par la maladie,  par son ennemi l’Ayatollah, une foule dont il se rappelle les cris et les visages de haine. Cent pour cent du peuple avait voté contre son père.  Et cette foule le rappelle?  De quoi se méfier!  On comprend que pour le moment il se contente d’intervenir par vidéo.   D’ailleurs, sa proposition de venir donner un coup de main est elle vraiment réalisable?  Le pays est aux mains d'une milice armée jusqu'aux dents, pas du tout prête à collaborer avec lui. J’imagine que les Gardiens - on parle de centaines de milliers de soldats, pas du tout disposés à quitter le pouvoir -  chercheraient à le tuer dès que possible après son arrivée, lui, son épouse et son entourage.

Sa proposition de revenir dans ce pays étranger pour lui, qui a martyrisé son père, qui est une menace sur sa personne, est donc d'une extrême générosité, mais relève de l’infaisable. Saluons cet acte de courage, mais franchement, ne lui conseillons surtout pas de retourner en Iran sans que les choses soient claires, préparées, les rôles bien définis. La proposition de venir faire un petit tour pour prêter main-forte à une opposition qui n’existe pas ni maintenant ni dans un an, n’a pas de sens autre que montrer son attachement au peuple et au pays. Il est le Shah, même si c’est un fardeau immense, et son retour doit se faire comme le Shah, pas comme un voleur qui arrive dans les bagages d’un envahisseur.   Son arrivée, qui l’accueillera, où il ira le premier jour, où il dormira, ce qu’il fera le second jour, tout cela doit être pris en compte au détail près. C’est trop sérieux, et on propose plus loin le squelette de cet emploi du temps.

Abandonnons donc ce projet de retour. Cessons même de faire ce double vœu trop entendu sur les plateaux de télévision:  chute des Ayatollahs plus Retour du Shah. C’est malsain et dangereux.

Ce qu'il faut maintenant, c'est un peu de rigueur. Tout d'abord, que représente politiquement le fils du Shah ? Rien a priori. Son père a fait game over, son souvenir est associé à des tortures voire à des massacres. Le Shah défunt avait la réputation d’aimer le luxe et le cérémonial, on le disait « un laquais des USA ». C'est ainsi qu'il était caricaturé, au temps où le peuple avait voté à 100 % contre lui, ou plutôt pour l'Ayatollah Khomeini.

Les choses ont changé depuis. Quantitativement, le régime actuel a nettement plus torturé, pendu après procès et tué par balles dans la rue que le Shah pendant tout son règne. En une manifestation en janvier 2026, les Gardiens auraient tué plus de 30 000 personnes, alors qu’en croisant les données les plus sûres, le Shah serait responsable d’environ 3 000 morts en trente-sept ans de pouvoir. 30 000 en quelques jours, 3000 en trente sept ans.  Ce problème est donc réglé.

Pour le goût du luxe, le régime actuel est réputé pour sa corruption phénoménale, un mot qui signifie qu’il existe une élite qui profite directement de la caisse.  Etait ce plus le cas à l’époque du Shah?  Difficile à comparer, mais certainement pas, puisqu’on considère que l’ensemble de l’appareil industriel appartient aux Gardiens de la Révolution. On ne peut pas faire mieux, ou pire. Le Shah fit beaucoup pour augmenter le niveau de vie, l'accès à la santé et à l'éducation. La comparaison entre ce régime qui chassa le Shah au nom des tortures et des inégalités et ce qui s’est vraiment passé sous le Shah est donc réglée.   Quant à l'accusation d'inféodation du Shah défunt à l'Amérique, elle est également fausse ou mal présentée. Il avait tout simplement une crainte obsessionnelle de son voisin soviétique et du noyau communiste très puissant en Iran. Ce sont eux qu’il poursuivait par sa police politique, la Savak.  Les non communistes ou soupçonnés de communisme n’étaient pas inquiétés.  D’où le nombre restreint de morts, 3000, en près de 40 ans. Le pouvoir actuel ne connaît aucun de ces dangers. La majorité du peuple Iranien, qui ne veut plus d’un pouvoir religieux, est son danger.  La laicité est l’ennemi, et la laicité est très difficile à traquer.   On la devine devant des cheveux lâchés, des chansons où on n’évoque pas Dieu, et des enseignements scientifiques qui ne rappellent pas le Créateur.  Ca fait beaucoup de morts potentiels.

Je propose de tourner la page. Pas de comptabilité de la souffrance. Les Iraniens ont, à cent pour cent,  chassé quelqu’un qui avait ‘peu’ tué pour quelqu’un qui a ‘beaucoup’ tué. Accuser le régime actuel pour ses tueries n’est pas fair, puisque c’est le peuple qui l’a mis en place. Savoir qui a encaissé plus de pots-de-vin est également inutile. Proclamons le match nul entre le régime du Shah précédent, même dans sa forme la plus caricaturale, et le régime actuel des Gardiens de la Révolution.   On peut le faire d’autant plus que la Guerre avec les USA et Israel a achevé le règne des Ayatollahs.  Les Gardiens ont discrètement pris la relève du pouvoir.  Le Guide est handicapé, ne peut plus parler. Ils parlent à sa place.  Ils ont le pouvoir économique et économique.  L’image tutélaire de l’Ayatollah Khomeini disparaît des souvenirs, lui qui avait promis une République qui serait fondamentalement humaniste, à l’inverse du Shah. Ce passé est oublié et c’est tant mieux. Les protagonistes de ces drames anciens disparaissent un à un, laissant des acteurs nouveaux.  Ils sont quatre:  un petit pouvoir politique, fragile, symbolisé par le Président, qui était cardiologue de métier. Un point à souligner.  Comment croire qu’un médecin, cardiologue de surcroît, est prêt à faire couler le sang de son peuple, et arrêter le battement de leurs coeurs par dizaines de milliers?   Face à lui, les Gardiens de la Révolution, devenus les propriétaires de l’Iran, les gérants de la contrebande qui permet de survivre aux sanctions internationales, mais aussi, les héros militaires d’une lutte sans merci, avec Israel et les USA, lutte qu’ils ont, pour le moment ‘gagné’.   Ils ont en tous les cas tenu tête aux deux principales puissances militaires du monde, l’une en quantité, et l’autre en qualité, malgré des destructions colossales, y compris la destruction de l’Ayatollah précédent et la semi destruction de son héritier.      Les Gardiens ont fait preuve d’une résilience étonnante, suscitant beaucoup d’admiration et de fierté dans un peuple qui a longtemps considéré que son destin était d’être des martyrs.    Non seulement ils ont tenu tête aux deux puissances, mais, en plus, ils font souffrir le monde avec eux.  En gênant le commerce mondial, à tel point que dans le fin fond de l'Asie, on ressent les conséquences de leur guerre. Ormuz est devenu le mot clef du trafic pétrolier. Ce n'est que 20 % du trafic, mais les prix de l'essence et des engrais ont grimpé comme si on avait bloqué 80 %. Les Gardiens font une performance proprement olympique. Ils tiennent le pays, tiennent deux superpuissances à l’écart, arrosent de missiles leurs alliés, et disons le, emmerdent le monde par la flambée des prix.  Et plus on les menace, plus ils sont défiants. On se pose même la question : mais pour pouvoir en faire autant, sont-ils si minoritaires que cela ? Les documentaires sur les funérailles du Guide décédé montrent tout de même un soutien populaire important. Soyons donc sages, admettons qu'il y a encore beaucoup d'Iraniens, pas moins iraniens que les autres, qui les soutiennent.

Reprenons les comptes. On a un Shah décédé, un fils du Shah bien intentionné,  à la popularité incertaine, mais qui ne connaît pas le pays. Un Guide Suprême sévèrement handicapé, ne gouvernant donc pas, qui jouit encore d’une certaine popularité à voir les vidéos des funérailles du père, un gouvernement civil mené par un cardiologue, à la popularité encore plus inconnue,  un corps de militaires, les Gardiens de la Révolution et leur police,  dont la  popularité est tout aussi incertaine, mais à la toute-puissance certaine.  Une force qu’on oublie, l’Armée, qui existe pourtant, mais totalement éclipsée par les Gardiens.  Ajoutons à cette équation aux multiples inconnues que le pays peut retourner son opinion radicalement — puisqu'on est passé de 100 % de popularité pour le Guide Suprême et zéro ou presque pour le Shah en 1979, à 80 % contre le Guide en 2026, et on ne sait combien pour le Shah — avec inversion des cris dans les rues, les cris de Vive le Shah ayant largement remplacé le Mort au Shah.

A regarder les infos, on ne peut guère juger qui crie plus fort, qui est le plus populaire, de ces multiples camps.  Imaginons la pire scène de toute: la chute du régime des Ayatollah, et la prise complète du pouvoir par les Gardiens. Ce serait le cauchemar. Ce qui était un corps obéissant à une structure hiérarchique religieuse, avec un plan à long terme, devient une bande, voire des bandes de mercenaires, surarmé,  rançonnant le pays, et terrorisés à l’idée d’un gouvernement civile qui chercherait à se venger d’eux.  Les Gardiens, leur police, leur système judiciaire est trempé jusqu’au cou d’affaires qui attendent d’être vengées par des millions d’Iraniens.  Les armes sont du coté des Gardiens pour le moment.  Il ne faut donc surtout pas que le contexte politique actuel chute, sans relève prévue.   Le gouvernement du Président cardiologue tient à un fil, celui de la santé de l’Ayatollah Khamenei fils.   Les cris de la foule dans les manifestations à Paris et ailleurs demandant la chute du régime sont irresponsables au plus haut point.  C’est une guerre civile ultra sanglante qui se prépare,  avec pour fuel la haine et les règlements de compte entre les bourreaux et les victimes de ces dernières années. Il ne faut pas que cela arrive, car ce serait injuste.  C’est le peuple Iranien qui a mis en place ce régime, il faut le rappeler sans cesse, et un massacre des bourreaux, alors qu’on les a mis en place, est une faute de karma majeure, qui se paye dans la rue, avec des mitraillettes qui tirent dans tous les sens. La chute du régime et des Gardiens est inéluctable, tant sur le plan économique, militaire ou social.  On n’imagine pas que ce régime va soudainement regagner en popularité. Il a les soutiens qu’il a et n’en aura pas plus.  Il a juste étonné du fait de sa résilience face à l’ennemi. Pas de l’approbation, un peu d’admiration.

Il nous faut trouver la solution juste.  Celle qui respecte l’équation dans son intégralité, et laisse aux Gardiens une porte de sortie, qui ne soit pas le Far West partout.  Où le gouvernement actuel aurait son mot à dire, où l’Armée retrouverait ses droits et sa morale militaire, qui n’est pas de truster l’économie du pays, et chasser les cheveux à l’air des jeunes filles.

Pour trouver une telle solution, il faut dé-zoomer de l’Iran, et parler de ce genre de situations en général.  Ce n’est pas la première fois qu’un régime autoritaire est en passe de s’effondrer, sans relève évidente.  Il existe un instrument qui permet de mesurer le régime idéal pour un pays. Il faut l’appliquer à l’Iran, lui demander son verdict, et souhaiter que cette solution soit suivie.  Double avantage donc: cesser de parler de la mauvaise solution (chasser les Chiites du pouvoir) et parler de la bonne solution (à déterminer).

Cet appareil évalue deux valeurs pour tout régime : le taux d'anarchisme et le taux de légitimisme que représente le régime en question. Celui qui s’approche de 100 % dans son anarchisme et son légitimisme est le régime idéal.  Qui, bien entendu, n’existe pas. Mais c’est comme le 100 degrés du thermomètre.   On mesure les températures en dessous.

Je définis les termes. En précisant tout d’abord, que les définitions suivantes s’appliquent potentiellement à tous les pays.   Mais c’est en France, historiquement, que ces définitions se sont structurées, en particulier pour le légitimisme.

Commençons par définir, l'Anarchie.  C’est ce qui nécessite le moins de discussion.  C’est le voeu de tout être humain normalement constitué, vivant en société, souhaitant être heureux en comprenant que son bonheur doit forcément prendre en compte celui des autres.  Ce n’est donc pas le désordre, c’est à dire l’individualisme, mais un système social  qui respecte au maximum possible les droits de l'individu et des collectivités, incluant par exemple, les diversités ethniques et linguistiques. La conscience politique anarchique considère toutes et tous comme égaux vis à vis de  la liberté d'expression, de leur mobilité, de leur accès aux ressources du pays. On peut considérer que l’ensemble des démocraties occidentales respectent à peu près cette égalité vis à vis de la loi et des droits.   L'anarchie est une valeur horizontale, puisqu'elle traite tous les individus comme des égaux. On peut représenter l’anarchisme d’un pays comme une droite horizontale, composée d’autant de points que d’individus. Et plus le pays est anarchique, plus la droite est …droite.  Les inégalités sociales sont autant de zigzags sur la ligne, et elles sont encore présentes même dans les démocraties occidentales. A l’état idéal, cependant, aucun point de la droite ne devrait plus haut ou plus bas qu’un autre.

Le légitimisme concerne un seul individu, comparé à tous les autres. C’est la particularité de ce système,  qui en fait le symétrique, l’inverse complet de l’Anarchisme.  Un seul individu dans tout un peuple est légitime à l’instant donné où on se pose la question.  Cet être légitime, peut, en vertu de sa légitimité devenir le Chef de l’Etat.  Ce n’est pas obligatoire cependant, selon le contexte historique.  Par exemple, en France, actuellement, il existe un seul individu légitime.  Cet individu n’est pas au pouvoir et n’est pas Chef de l’Etat.  Le Président de la République actuel a une légitimité dite républicaine, que nous ne considérons pas ici, comme la forme légitime de la légitimité.   La République est élective, elle cahote en France sous différentes formes depuis deux cent ans, a connu un début sanglant, et ne semble pas avoir d’avenir clair du tout.   On ne peut prédire qui sera le prochain président, alors que la Légitimité est d’une précision mathématique.  Elle dit qui est légitime maintenant, qui l’était hier et qui le sera demain.  Ce n’est pas du tout le cas dans la légitimité républicaine, où des Révolutions, des changements de constitution peuvent modifier le régime du tout au tout.  La différence entre les Présidents de la IVe république et de la Ve république est énorme. On ne peut voir de continuité entre le régime de Vichy, celui d’après guerre et celui initié par le général de Gaulle.

Au contraire de l’axe horizontal de l’Anarchie, l’axe de la Légitimité est vertical, passant à angle droit par l’axe de l’Anarchie.  Les deux axes se croisent en un seul point, qui est la personne légitime, parmi tous les habitants du pays.  L’axe horizontale comporte tous les habitants vivants, alignés comme autant de points.  Par exemple pour la France, un peu moins de 70 millions de points.  Pour l’Axe de la légitimité, qui est vertical, les points sont bien moins nombreux.  Ce sont la suite des points de légitimité qui précèdent celui qui est actuel.   Par exemple, en considérant que l’individu légitime en France est le Prince Louis Alphonse de Bourbon (une supposition), les points seraient ses ancêtres, de père en fils jusqu’aux premiers Rois de France, aux Carolingiens puis aux Merovingiens et donc à Clovis. Ce qui fait une droite verticale faite de quelques dizaines de points, et s’étalant sur 1500 ans.

Par définition, tous les points de la ligne verticale à laquelle appartient le personnage légitime actuel sont morts.  Un seul personnage légitime de vivant et tous les autres morts. Deux légitimes vivants est une impossibilité.  Cela s’est rencontré dans d’autres monarchies (par exemple Anglaise, Belge ou Espagnole), mais pas en France, qui est notre système de référence de la légitimité.

La droite verticale de la légitimité croise la droite horizontale de l'anarchisme, en un seul point, à angle droit, un point qui prend le nom de point de légitimité anarchique. Il n'en existe qu'un seul, occupé par une seule personne, à tout moment donné. L'axe vertical de la légitimité est fait de morts avant le croisement, et d'individus qui ne sont pas encore nés après le croisement. L'axe horizontal de l'anarchie n'est fait que de vivants.  Aucune différence entre ceux qui sont ‘avant’ ou ‘après’ le croisement, puisque sur l’axe horizontal, il n’existe pas de notion d’avant et d’après.

Le point de croisement est intéressant.  Il inclut un personnage unique, singulier dans le peuple, mais ce personnage appartient comme tous les autres à la ligne horizontale.  L’individu légitime se doit donc d’être anarchiste comme tous les autres, soucieux de l’égalité vis à vis de tous les autres membres de sa ligne horizontale.  Le Chef de l’Etat idéal est donc simultanément Anarchiste et Monarchiste, ce qui est un paradoxe et donc, une vérité potentielle.

La légitimité est une qualité qui ne peut s'acquérir par un individu, ou alors à des moments précis dans le passé. En effet, pour qu'il y ait légitimité, il faut une dynastie. Créer une dynastie est inutile, voire impossible lorsqu'elle existe déjà, ce qui est le cas de beaucoup de pays, dont l'Iran ou la France.

Le fondateur d'une dynastie est celui qui pose problème. Beaucoup ont essayé, peu ont réussi. Et les légitimes d'aujourd'hui sont les descendants de ceux qui ont réussi une fois dans le passé.  Par exemple, pour la France,   Clovis, pour les Mérovingiens, Pépin le Bref pour les Carolingiens, Hugues Capet, pour les Capétiens.   On observe un point fondamental qui fait de la France le pays unique de référence pour la légitimité.  Une dynastie qui prétend fonder une nouvelle légitimité n’élimine jamais la précédente par la violence.  En tuant le précédent, on le dé-légitimise,et on se tire une balle dans le pied, en quelque sorte. En France, les Mérovingiens ont été renvoyés à leurs chères études par les Carolingiens, qui ont été renvoyés à leurs chères études par les Capétiens.  La France révolutionnaire a tué le Roi pour fonder la République, s’installant d’emblée dans une rupture de légitimité.

Il existe des légitimités encore plus anciennes que la France, comme celle de l'Empereur du Japon, qui est bimillénaire ou celle de la Papauté, qui est unique dans son fonctionnement, car non héréditaire, mais extrêmement légitime aussi, puisque le produit d’une continuité depuis un seul homme, Saint Pierre, qui a vu son successeur, qui a vu son successeur, qui a vu son successeur, etc jusqu’au Pape actuel.

Celle du Japon reste cependant la plus spectaculaire dans notre monde moderne.  Elle est d'une puissance sociale phénoménale. Il n'existe pas au Japon de mouvement républicain ou même d'articles de presse disant qu'il faudrait chasser l'Empereur. C'est pourtant un pays totalement démocratique. Aucune contrainte n'est exercée dans ce domaine. Personne n’est condamné pour insulte à l’Empereur.  Ca ne se fait pas, c’est tout.     Le Japon est un excellent cas d'école pour comprendre pourquoi des êtres humains, pas plus bêtes que les autres (les occidentaux qui vivent en République), acceptent de vivre comme sujets d'un Empereur. C'est tout simplement parce qu'il incarne à lui tout seul, dans une longue lignée, les Morts et le Royaume des Morts. Ce que j'ai appelé l'Axe vertical. L'Empereur est fils de fils de fils de fils, et ainsi de suite, jusqu’à la Mère du premier Empereur, une déesse.  Qui oserait critiquer une telle lignée, visiblement bénie des Dieux, puisqu’elle a survécu de manière ininterrompue jusqu’à ce jour.  Les Japonais se disent, si ça avait été un pur mythe, cette histoire d’ascendance divine, cela fait longtemps que la dynastie aurait sauté.  Or non, c’est la même. Personne n’a osé y toucher.  Personne n’a envie d’être le premier à le faire.

L’Axe vertical sur lequel se place l’Empereur actuel est un bel exemple.  . Chaque Empereur passé est documenté par son nom, son portrait, le nom de l'ère de son règne, les événements historiques, etc., autant de points le long de l'Axe vertical, qu'aucun autre Japonais ne possède. Cet axe remonte à des temps immémoriaux dont personne ne connaît rien, pour lesquels aucun document ni livre ne survit, à part la personne de l’Empereur, qui porte en lui ces documents.  On ne se demande pas si c’est un ‘bon’ ou un ‘mauvais’ empereur. Il est juste légitime.  Pleinement légitime. Et c’est un fardeau terrible. Quotidiennement il doit assurer les rites qui relie ses ancêtres humains et divins à sa Terre.  Il fait cela chaque jour, au nom de tous les Japonais, qui peuvent eux, aller au travail ou au cinéma, boire un saké, manger des sushis avec un ami, ce que lui ne peut jamais se permettre.

Vouloir chasser ou tout simplement critiquer l'Empereur est considéré au Japon comme un acte de blasphème.  On cracherait sur ses ancêtres, que lui représente, et  donc sur tous les Japonais. Ça ne se fait pas. Si quelqu'un veut le faire, aucun journal ne le publiera, aucune télévision ne le montrera, aucune radio ne l'enregistrera. Pas par peur de l'Empereur ou des tribunaux ou de la police, mais par peur que l'Axe vertical entier se retourne contre le pays et crée des malheurs. Critiquer l'Empereur n'est pas un acte politique, mais uniquement un acte psychiatrique.

Avec 2 500 ans de continuité, plus ou moins documentée dans le lointain passé, mais considérée comme acquise au Japon, l'Empereur a des racines dans le Temps qui font de lui un chêne de trente mètres de haut, entouré de Japonais qui font juste un ou deux centimètres. Dans sa manière de parler, de se mouvoir, dans le décor qui l'entoure, il est le porteur de l'Art et des accomplissements des générations du passé. En respectant l'Axe vertical de l'Empereur, je respecte le mien, car mes ancêtres ont été contemporains des siens. Qui parmi nous connaît plus que son grand-père et son arrière-grand-mère ? Pourtant ils vivent en moi, dans mes gènes.  Leurs restes morts sont dans les cimetières, et leurs fragments vivants sont en moi.  Sauf qu’ils sont noyés dans la masse des autres fragments et n’ont pas de document pour les individualiser.  Un être humain est un cimetière vivant, un cimetière qui se promène, dont on ne peut lire le nom des morts. Sauf que l'Empereur, à ma différence, a une documentation extérieure, écrite, sur le cimetière qu'il porte en lui, avec une tombe, un nom de règne, des histoires, des portraits même, pour chacun de ses gènes. L'Empereur est la bibliothèque et la génothèque commune à tous les Japonais.

Le cas du Japon est particulièrement intéressant pour l'étude de la légitimité, car il est « caricatural » tant sa figure remonte à loin et le respect envers lui est immense. À l'échelle du légitimisme, on peut parler de près de 100 % de valeur.  Pour la valeur anarchique, celle  du régime japonais est forte. C'est un pays dit démocratique où l'on respecte les droits des uns et des autres, chaque citoyen est considéré comme l'égal des autres. L'axe horizontal est respecté, et les deux axes se croisent en un seul point, qui est celui où se tient l'Empereur. Avec une légère réticence, qui fait du Japon un exemple mais pas un modèle. L'Empereur continue à être considéré comme « divin » dans son essence par beaucoup de Japonais, ce qui fait qu'il ne se tient pas tout à fait sur l'Axe de l'Égalité, l'axe horizontal de l'Anarchie. Il est fondamentalement différent de tous les autres. Il traverse l’axe horizontale en un point qui est au dessus des autres. Ce système est remarquable historiquement, mais non reproductible.

D'autres pays possèdent un croisement légitimité/anarchie plus équilibré. Ce sont les pays où le Roi (ou la Reine) est considéré comme égal à tous les autres citoyens, c'est-à-dire pas plus divin que n'importe qui d'autre dans le Royaume. On trouve le meilleur exemple dans le bloc des nations dites scandinaves. Le Danemark est en tête de la file. Son Roi actuel, Frédéric X, descend d’un Roi ayant vécu avant l’an mille. C’est un axe vertical très puissant. Le Roi ou la Reine s'y habillent comme tout le monde. Il fait partie de l’axe horizontal.  On les voit marcher dans la rue parfois, faire les courses, leurs enfants vont à l'école. Ils parlent comme tout le monde, si ce n'est qu'on ne les entend pas dire des choses vulgaires ou s'énerver. Ce modèle est similaire en Norvège, qui a importé sa famille royale du Danemark, un peu plus difficile en Suède, où l'axe vertical est nettement moins long que celui du Danemark, 200 ans contre 1 000 ans.

Ces pays sont considérés comme les démocraties les plus stables, les pays où il fait le mieux vivre, où les libertés sont maximales, où le système d'aide sociale fonctionne correctement. Notons le bien : les démocraties qui fonctionnent le mieux dans ce monde sont des monarchies.  Chaque Danois connaît sa place dans l'axe horizontal, chaque habitant du Danemark  sait qu'il   existe un seul Danois sur l'Axe vertical, et aucun n'aurait l'idée de vouloir prendre sa place. C'est impossible, car on n'a pas les Morts derrière soi pour le faire.

La démocratie spectaculaire des pays scandinaves ne doit pas être attribuée à un esprit démocratique plus grand chez ces peuples. Leur équilibre est celui du taux de Monarchie et d’Anarchie qui y règne, qui les fait ressortir parmi tous les autres pays de cette planète.

Il nous reste à définir une différence clef, avant de retourner à la question de l'Iran et du remède qui existe, forcément, pour que ce pays retrouve sa stabilité. La différence entre deux termes qu’on confond très volontiers, la légitimité et la compétence. La confusion est très fréquente en politique, parce qu’elle est fréquente dans le langage de tous les jours.  On entend volontiers un usage similaire pour ces deux mots.  Suis je légitime en tant que chanteur?  Ou encore, ai je une opinion légitime dans tel domaine?  Non, il s’agit de alors compétence, pas de légitimité.  Si je chante faux, je ne suis pas compétent pour chanter.  La compétence, c'est ce qui s'acquiert à force de travail de son vivant. Elle ne se transmet pas par héritage. La légitimité ne s'acquiert pas. Par aucun effort.  Elle est transmise uniquement par les morts.

Prenons un plombier. Est-il légitime pour travailler comme plombier ? Ou recherche-t-on plutôt sa compétence ? Imaginez que vous appelez un plombier, en pleine inondation de la salle de bain, et qu'il vous réponde au téléphone qu'il est fils et petit-fils de plombier. Et que c'est à ce titre qu'il viendrait. Ou encore qu'il est diplômé de l'École nationale de Plomberie, et qu'en tant que tel, il est légitime pour intervenir. Certes, on respecte ses ancêtres et son diplôme, mais on veut savoir d’abord s'il saura réparer les dégâts. En politique, la compétence est celle des ministres, et du Premier ministre, celui qui coordonne les autres.  C’est leur travail, et ils probablement appris à le faire dans des écoles ou auprès de ministres précédents.

Retournons au Japon. L'Empereur n'a aucune compétence politique, il est uniquement légitime. Il est uniquement compétent dans le domaine du Rituel, ce qui est son « job », ce qu’il a appris depuis tout petit. En Angleterre, ou dans les pays scandinaves, c'est le même schéma, le Roi ou la Reine incarne la légitimité, mais on ne leur demande ni d'être politiquement compétents, ni d'exercer une quelconque compétence. Même leurs discours sont écrits mot à mot par les ministres. Ils sont « décoratifs » au plan de la compétence, radicalement impuissants, ce qui, paradoxalement, renforce leur légitimité. Un Roi qui se mêlerait de politique ferait forcément des erreurs, et son image se ternirait gravement. Rappelons-nous l'immense popularité de la Reine Elizabeth II d'Angleterre, qui jouait le rôle de Reine par procuration pour le monde entier. Le mariage de ses enfants ou de ses petits-enfants, les disputes, les voyages, son enterrement et son deuil, étaient suivis et vécus par toute la planète. Des pays « civilisés » comme le Canada ou l'Australie ont été incapables de s'en séparer comme Reine. Une légitimité immense, qu'on associe à de lointaines figures comme Richard Cœur de Lion, et une incompétence délibérément cultivée. Elle ne pouvait pas devenir impopulaire par une mauvaise décision. Elle le fut une fois, uniquement par une erreur de comportement vis-à-vis de sa descendance, comme ce fut le cas avec Lady Diana. C'est-à-dire une erreur de verticalité. Jamais d'horizontalité.

Les contre-exemples de ce jeu entre légitimité et compétence sont intéressants. Napoléon Bonaparte en premier. Issu d'une famille quasi normale de Corse — un pays qui n'était pas français quand il naquit — et donc sans légitimité dynastique. Au bout d'un moment, il se sacre Empereur, se déposant lui-même la couronne impériale sur la tête. Il crée sa propre légitimité.  Ce qui est rare, mais peut arriver. Il a un fils, qu'il appelle Roi de Rome, et espère ainsi fonder une dynastie. Il est hyper compétent comme chef militaire, comme politicien. Mais, je le répète, sans aucune légitimité. La preuve arrive en direct pendant qu'il est encore vivant : en octobre 1812, pendant la retraite de Russie, un général du nom de Malet fait courir à Paris la fausse nouvelle de sa mort et tente son coup d'État. On le croit. Personne, absolument personne, ne pense à proclamer  son fils, qui a pourtant un an, comme Napoléon II. Le pouvoir reste en suspens comme s'il n'existait aucune lignée. Napoléon, en rentrant, comprend qu'il est un homme, pas une dynastie. Quand il chute pour de bon après Waterloo, il ne vient à l'idée de personne de sacrer effectivement son fils. Son neveu, Napoléon III, prend le pouvoir d'abord comme Président de la République puis fait un coup d'État, se fait sacrer Empereur. Il est lui aussi très compétent, a fait faire un bond phénoménal à la France au plan économique. Pour la légitimité, il a celle de son oncle, donc un seul point d'Axe vertical derrière lui. Pour l'avenir, il a également un fils, le Prince impérial. Son Axe vertical ne tient pas à nouveau : lors de la chute de l'Empire en 1870, personne ne pense à sacrer ce fils qui est pourtant très populaire comme Napoléon IV.  Il meurt peu après et son existence politique s'effondre comme un ballon de baudruche.

La République française est proclamée à la chute de Napoléon III et dure jusqu’à ce jour.  Avec un incident significatif, très important pour notre compréhension de ce qui va se produire en France et dans le monde, dont l'Iran. En effet, personne ne pense à nommer le fils de Napoléon III empereur suivant, car la grande majorité des électeurs ont en tête le Retour du Roi légitime.  Ils en ont assez des aventures menées par des légitimités auto proclamées.

Lorsque chute Napoléon III, l'Assemblée nationale est en majorité monarchiste, aux deux tiers. Une majorité écrasante pour le Retour du Roi. Le pays en a marre de l'instabilité. Cent ans se sont écoulés depuis la Révolution française. Des habitudes ont été prises, comme l'égalité entre les citoyens, les valeurs anarchiques acquises au fur et à mesure des Révolutions du XIXᵉ siècle. On a donc un axe horizontal en France, inscrit dans la Constitution, selon lequel « tous les hommes naissent égaux en droits » etc. Cela fait cent ans qu’il fonctionne avec plus ou moins de bonheur

De quel axe vertical dispose-t-on en 1871 ? Quelle ligne qui remonte au plus loin du passé de la France?  Cette ligne passe par un seul point,  incarné par quelqu’un qui s'appelle le Comte de Chambord. Il a plus de soixante ans, et il est le descendant direct de la dynastie millénaire des Rois de France. Une des légitimités les plus puissantes de la planète. En 1871, à la chute de l’illégitime Napoléon III, on l'appelle donc à monter sur le trône de ses ancêtres, et à donner à la France ce croisement entre légitimité et anarchie que l'on voit fonctionner tant merveilleusement  dans certains pays contemporains.  La France aurait pu être comme le Danemark. Or le Comte de Chambord met des conditions. Il se sait Légitime, seul légitime de toute la France. Mais il se veut aussi compétent. Aie. Il a des idées et surtout, il veut faire comme ses ancêtres les Rois de France, qui ont toujours régné et gouverné. Pas question d’être comme les Rois d'Angleterre, qui ont progressivement cessé de gouverner pour uniquement régner. Le Comte de Chambord refuse d'avoir ce poste honorifique qu'on lui propose. Il voudra régner et décider au jour le jour.

Il manifeste cette volonté en demandant que la France cesse d'arborer le drapeau bleu-blanc-rouge, pour retourner au drapeau blanc, royal, de ses ancêtres. On ne comprend généralement pas le symbole de ce refus. Etait il fou pour refuser le trône pour un symbole aussi mince?  Son prédécesseur Henri IV avait accepté la conversion au catholicisme pour devenir Roi.  Lui, refuse de restaurer la Monarchie pour un bout de tissu tricolore.  Mais regardons bien le drapeau.  L’actuel drapeau tricolore est centré par le Blanc royal, qui est entouré par le bleu et le rouge, qui sont les couleurs de la Ville de Paris.   Le Blanc Royal est tenu par la Ville de Paris, c’est ce qu’avait signifié ce drapeau pour son aieul Louis XVI.  On lui annonçait avec ce drapeau qu’il serait tenu sous surveillance, ce qu’il ne voulait pas.   Le bras de fer entre le Comte et la Chambre se termina lors d'élections suivantes, où la majorité monarchiste fut remplacée par une majorité républicaine. Il y aurait bien eu une alternative pourtant, pour que le Roi de France revienne. Les cousins du Comte, la branche cadette des Orléans, voulaient bien, eux, régner sans gouverner. Ils se proposaient pour faire du Royaume de France un Royaume à l'anglaise, avec un Roi légitime mais sans compétence politique. Cela ne se fit pas, et les Orléans attendent à ce jour, proposant une restauration monarchique à la scandinave ou à la britannique. Qui n'a aucun écho auprès des Français. Une restauration monarchique en France ne fait pas partie des options de l'avenir. Pourtant, comme nous l'avons dit pour l'Iran, elle est aussi inéluctable, et se produira dans un avenir pas très lointain. Mais elle aura cette particularité : ce sera un Roi légitime et compétent, qui gouvernera et règnera, ce qui fut l'habitude des Rois de France. La croix entre l'Axe vertical et l'Axe horizontal reprendra ses fonctions en France.

Tout ceci nous donne les outils pour analyser intelligemment la situation de l'Iran.

Retournons à l’analyse de la situation actuelle. Est-ce que le régime actuel est légitime et/ou compétent ? Quelle est sa valeur anarchique ? Les réponses sont nombreuses, il faut juste savoir les ranger dans les bonnes boîtes.

Au plan de l'anarchie, il y a du pour indéniable. Les minorités ethniques en Iran n'ont pas été supprimées. Le parlement iranien a même un siège désigné pour certaines minorités comme les Zoroastriens ou la communauté juive. La tolérance religieuse existe comparativement à d'autres époques de l'histoire de l'Iran où les minorités étaient persécutées. Le contre est bien entendu la situation des femmes, qui composent la moitié du pays, et qui ne sont pas traitées horizontalement. Le régime se serait un peu libéralisé, mais le port d'un voile sur les cheveux était encore obligatoire, et pouvait amener à la mort, comme dans le cas de la jeune Mahsa Amini. Idem pour la liberté d'expression, où l'on a vu de jeunes chanteurs ou youtubeurs être pendus pour délit d'opinion. Au plan économique, il existe clairement une élite qui détient le pouvoir. L'Axe horizontal en Iran est donc une droite qui zigzague beaucoup.

La compétence du régime chiite est indéniable. Le régime iranien l'a montré surtout dans le domaine politique et militaire : développement d'une industrie nucléaire, d'une production d'armes de pointe autonome, tissage d'un empire chiite s'étendant à tout le Moyen-Orient. Le système de santé et celui de l'éducation ont été considérablement affaiblis par le Covid et les guerres récentes, mais ont tenu un certain temps. On peut dire qu’un État chiite, a fonctionné en Iran. Les Ayatollahs n'étaient pas que des barbus allumés, mais des individus capables de gérer un pays. Certes, leur projet n'était pas le bonheur des habitants, mais la prise de pouvoir de l'Iran chiite dans le monde islamique. C’est un clergé, et c’est donc un projet de clergé: devenir le clergé le plus puissant de tous.  Une vieille revanche entre courants islamiques, qui attend depuis 1 300 ans. Et atteindre cette prééminence passait par la destruction d'Israël, le trophée que l'Iran voulait obtenir, que l’ennemi sunnite héréditaire n’avait jamais obtenu.  La chute d’Israel aurait été suivie, avec la même tactique, l’utilisation des minorités chiites extérieures à l’Iran, par la chute des l’Arabie Seoudite.   Depuis quarante ans, l'Iran chiite avait mis en place ce projet grandiose, qui avait détourné les ressources du pays pour conquérir Jérusalem et La Mecque, et devenir la plus grande puissance de l'Islam, la plus grande puissance militaire de l'Orient, et une des premières puissances économiques mondiales, en détenant l'ensemble des ressources pétrolières de l'Iran, de l'Irak, de l'Arabie saoudite et de ses pays satellites de la Péninsule arabique.

L'attaque, en solo, du Hamas le 7 octobre 2023 a ruiné ce plan de quarante ans. Qui est parti en fumée.  Un malheur ne vient jamais seul pour le régime, qui ne voulait pas faire la guerre directement, mais par l’intermédiaire de ses satellites.  La guerre a été importée sur son sol.

Et pendant cette guerre, l’Iran chiite a continué à montrer une remarquable compétence  diplomatique et militaire. Voilà pour la compétence.

Pour la légitimité, le pourcentage est très faible. Peut-on dire que le régime des Ayatollahs est légitime ? Non, car il n'a pas de fondation dans le passé. A aucun moment, le clergé chiite a pris le pouvoir dans le passé lointain de l’Iran.  Ni n’en avait eu l’intention. Ou alors il faudrait dire que l'Ayatollah Khomeini a fondé une sorte de dynastie, avec Khomeini Iᵉʳ, suivi de Khamenei Iᵉʳ, et actuellement Khamenei II. Sauf qu'actuellement, cette dynastie ne fonctionne plus du tout. Le Guide Suprême est hors service, les Gardiens ne peuvent en élire un autre, car ce serait avouer son état et montrer que les Israéliens ont touché à mort le système. L'Iran chiite restera avec un Guide Suprême handicapé le temps que celui-ci vivra.

Les Gardiens de la Révolution ont-ils une légitimité propre ? Bien évidemment non. Leur chef est inconnu ou vaguement connu, c'est un officier, qui pourra changer d'un jour à l'autre sans que cela change quoi que ce soit.

Notre analyse montre que l'axe vertical et l'axe horizontal en Iran ne sont pas équilibrés, voire inexistant pour la légitimité, et donc on n'y voit aucun croisement. La ligne horizontale ne fonctionne pas. Femmes et hommes y sont inégaux. Une majorité du peuple hait le régime et ses dignitaires.  Il n’existe donc aucun axe horizontal commun. Et aucun axe vertical, avec un point et un seul, ce que prétendait incarner le Guide Suprême.  C’est une situation explosive.    Qui ne peut durer et ne durera pas. Souhaiter la chute de celui ci ou celui là est irresponsable.  Le chaos ne sera que plus grand.

Analysons plutôt ce qui est le souhaitable.

Rappelons-nous qu'il faut 1) chercher un personnage d’abord légitime, il ne peut en exister qu’un seul.  Il peut éventuellement être compétent, mais ce n’est pas nécessaire   2) trouver une personne qui respecte le principe anarchique, c’est à dire qui se sente égal à tous les autres citoyens et qui aura pour devoir de maintenir et faire s’épanouir cette égalité dans tous les domaines.

Existe-t-il dans tout l'Iran, qu'il s'agisse des présents sur place ou dans la diaspora, un personnage qui possède ces deux qualités ? Cherchons et cherchons encore. Bien sûr qu'on trouvera d'illustres inconnus comme candidats. Mais soyons réalistes. Il n’y a personne, strictement personne du côté de ce qu’on appelle l’opposition ou le pouvoir.

Ou plutôt une seule personne, qui se situe à la croisée des deux Axes. Le Shah d'Iran, fils du défunt Shah d’Iran.   A-t-il des compétences pour régner ? Nul ne le sait vraiment, et ce n'est pas ce dont a besoin l'Iran. Ce pays a besoin d'un point, une personne, un point de levier consensuel autour duquel le pays peut soigner ses blessures. Légitime, il l’est et anarchiste, on peut garantir que son éducation à l’étranger, en démocratie, l’a rendu ainsi.  Cet homme sera clairement le défenseur de   l'égalité de tous vis-à-vis de la loi, le respect de toutes les croyances, y compris du Chiisme qui est un des fondements de la culture iranienne.

Sa  légitimité est très forte. Elle ne passe pas par le sang, mais par l’Histoire. Elle remonte à Cyrus le Grand, qui n'est pas n'importe qui dans l'histoire de l'humanité. On le crédite d’être l’auteur de la première « déclaration des droits de l'homme » , et donc de premier Empereur Anarchiste. Un homme qui n'imposa pas ses croyances, ses dieux et ses coutumes dans les pays conquis.

Le Shah actuel n'est pas, à l'inverse du Japon, le descendant physique de Cyrus. La Perse est un pays, comme la Chine par exemple, où le changement dynastique est accepté sans que le principe de légitimité soit remis en cause. Le Shah actuel est fils du Shah précédent, qui était fils de Reza Pahlavi, un chef militaire qui prit le pouvoir après la Première Guerre mondiale et fut sacré Shah par le parlement. C’est un processus tout à fait légal.  La dynastie précédente ne fut pas menacée ni assassinée.  La transition avec les Qajars fut pacifique : Reza Khan fut nommé Premier ministre par Ahmad Shah Qajar lui-même en 1923, le Majles vota la déposition en 1925 alors qu'Ahmad Shah, le dernier des Qajars, était en Europe. Il n'a jamais été menacé physiquement, il est mort de causes naturelles en France à Neuilly en 1930.

Reza prit le pouvoir devenant le fondateur d'une nouvelle dynastie, héritière symbolique du Trône du Paon, et derrière lui de la continuité impériale perse jusqu'à Cyrus. Les Pahlavi ont d'ailleurs cette particularité : ils sont la première dynastie moderne à se réclamer explicitement de l'antiquité perse, la dynastie des  achéménides, celle de Cyrus. Jusqu'aux célébrations des 2 500 ans de l'Empire perse organisées par le Shah précédent à Persépolis en 1971. Quand le peuple iranien chasse le Shah en 1979, aux cris de « mort au Shah », il fait ce que jamais les Japonais ou les Danois ne feraient. Il chasse son axe vertical, et donc ses morts, et donc son histoire jusqu'à Cyrus. Il brise son passé, crache sur ses morts.  Ce qui, en principe, n'est pas bon. Surtout que cet acte se fait au profit d’un  Ayatollah,  Khomeini, issu d'un système religieux qui, normalement, s'interdit de prendre le pouvoir politique ; un personnage illégitime donc, comparé au Shah. Ce qui est fait est fait, et comme nous le verrons, la prise du pouvoir par les Ayatollahs à cette époque-là avait un sens, et ce sens a prévalu pour les quarante années suivantes. Ce qu’on peut dire, au vu de l’état du Guide actuel, c’est qu’il se termine.

Il est temps que le Shah revienne et que le croisement des axes donne un point stable au pays. Rappelons le principe chinois : « lorsque l'Empereur est à sa place, tout est à sa place, il nomme des ministres qui sont à leur place, les rizières sont drainées et le peuple mange à sa faim ». Que dire de plus intelligent comme programme politique ? Le Shah doit revenir à sa place et nommer les bonnes personnes à leurs places.  Elles existent en Iran, c’est certain. Ce pays a montré une compétence remarquable ces dernières années. Autant la montrer dans d’autres domaines que la guerre et la volonté de prise du pouvoir mondial.

Le Shah doit revenir pour que se croisent les Axes.  Bien entendu, comme nous l'avons dit au tout début, pas question qu’il débarque à l’improviste, pour faire un tour, donner un coup de main, et repartir.   Il vient en Iran à l’appel du peuple et non de sa propre volonté.  Une fois venu,  il ne pourra le quitter, sauf en voyage officiel.

Il lui faut auparavant formuler un programme précis. En tout premier, régler le problème des Gardiens de la Révolution, empêcher la constitution d’un vaste corps de mercenaires surarmé, ayant perdu leur chef, et menacé d’une vengeance terrible.  L’exemple de Nelson Mandela devra le guider.   Avant même d’arriver en Iran, il doit demander le désarmement des Gardiens de la Révolution et leur réintégration dans l’Armée régulière.  Ensuite, proclamer l’amnistie générale pour tous les faits perpétrés dans le passé.  Ce sera insupportable pour beaucoup, impatient de venger leur fils ou leur filles, torturés à mort, mais pas d’autre solution.  Le temps des procès viendra, comme en Afrique du Sud, pour évacuer la peine et la haine, mais pas de sentence de prison ou de mort.  C’est cette sécurité pour eux et pour leur famille qui permettra aux Gardiens d’accepter de déposer les armes.

La spiritualité extrême des chiites et la volonté tout aussi extrême de laicité par toute une partie de la population devra aussi être réglée.  Pour cela l’Iran dispose d’une carte unique, le Zoroastrisme, qui reste très présent dans la culture iranienne.  Le Shah peut reprendre contact avec ses racines pré islamiques, pour avoir le recul qu’il faut, et annoncer à son peuple, la tolérance religieuse totale.  Il est temps que  le Zoroastrisme prenne la place pacificatrice qu’il peut prendre en Iran.  Et inspirer le monde, car c’est la seule religion ancienne qui a une explication sur l’apparente dualité des forces du Bien et du Mal dans le monde.   Dans la mécanisque zoroastrienne, on oppose à Ormuz, le Principe du Bien, de la Sagesse et de la Lumière, Angra Mainyu, le Principe du Mal, de la Colère et des Ténèbres. On remarque de suite le nom qui résonne partout dans le monde, celui d’Ormuz. Le principe du Bien, qui porte ce nom depuis des millénaires, crie de là-bas, de ce détroit qui limite le passage du pétrole,  et appelle le monde.

On apprend de tout cela l’itinéraire du Shah le premier jour de son arrivée en Iran.  Pas dans un Palais, ce qui signifierait une invalidation de ce qui s’est passé depuis 40 ans.  Pas à l’assemblée nationale, là aussi, une erreur car il ne tire pas sa légitimité de ce lieu.  Il ira directement à Yazd, en plein centre de l’Iran, une ville où se trouve le Temple Zoroastrien où brûle un feu, entretenu par les prêtres, et qui ne cesse de brûler depuis des millénaires. Il se recueillera devant ses flammes, appelant tous les Iraniens à retrouver ce qui est commun à eux tous.  A cet instant là, l’Axe Vertical et l’Axe horizontal se toucheront dans le Temps et dans l’Espace.

Cessons donc de souhaiter la chute du régime en Iran. C'est contre-productif. C'est souhaiter une guerre civile sans merci, avec des centaines de milliers de personnes se baladant avec des mitraillettes, sans Guide pour les tenir.

L’équation aux multiples inconnues que nous avons évoquée plus haut se résout ainsi simplement.  Rappelons en les termes.  Le Président- cardiologue a été élu par un vote populaire, qui vaut ce qu’il vaut, mais il est en place.  Les Gardiens de la Révolution qui ont le pouvoir militaire, judiciaire et policier, mais qui sont de plus en plus isolé, depuis la perte du Guide Suprême précédent.  Ils ne peuvent lâcher les armes, ils savent qu’un massacre les attend eux et leur famille.  Les dizaines de milliers de victimes du régime supposent des centaines de milliers de personne qui attendent de se venger.  Le clergé est singulièrement impuissant, sans chef, coincé par une lutte entre un pouvoir civil et un pouvoir militaire qu’il ne peut arbitrer. Le peuple est scindé en deux groupes, tous des iraniens, mais qui se haissent au plus haut point, quelque chose qui n’est probablement jamais arrivé dans ce pays.  Des chiites toujours aussi convaincus de leur foi et de leur martyre s’il le faut, et toute une population qui vomit la religion musulmane et voudrait l’effacer de l’espace public.  Insoluble a priori?

Ecoutons les légitimités et l’anarchie parler dans l’ordre.  Le Président, élu par le peuple, peut faire appel au peuple et demander à convoquer un reférendum sur l’avenir du pays, en proposant que le Shah revienne à l’invitation de la majorité.   Pas question d’une majorité à 50,43 %. Il faut au moins du deux tiers, comme ce qu’exige la Constitution française, lorsqu’on désire changer un article.  Il me semble qu’il serait convenable que le Président dans son message d’invitation manifeste le besoin de tous de se pardonner les uns les autres, et en particulier, que le fils du Shah pardonne le traitement infligé à son père.    Le Shah pourra alors revenir en sécurité.  Dès avant son arrivée, il promulguera une Loi d’Amnistie générale pour tous les faits du passé.   Ceux qui se considéreront en danger par rapport à leurs actions pourront quitter librement le pays.   Toutes les factions paramilitaires et parapolicières devront se désarmer sous le contrôle de l’armée régulière, et aucun acte de vengeance personnelle ne sera toléré.

La première visite du Shah se fera  à Yazd, devant le feu qui y brule et a connu ses prédecesseurs sur le trône.  Il  rendra ainsi hommage aux forces de lumière, d’Ormuz,  qui guideront l’iran vers une paix que ce pays n’a jamais connu.  Car ni le chiisme, ni les épisodes précédents de son histoire n’ont été en vain.  Ce furent les étapes de développement pour un peuple trimillénaire.  C’est dans cette perspective qu’il ira voir le fils de l’Ayatollah Khamenei et Guide Suprême, s’il est encore en Iran et en vie.  Pour l’inviter à participer au processus de paix, et déterminer l’avenir de la spiritualité en Iran.

Le Retour du Shah s'inscrit dans un mouvement de Retour de la Légitimité dans son cadre Anarchique, respectueux des droits de tous, où le Roi est à la fois le Monarque et le Premier des Anarchistes.             Primum inter pares.

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