L'ancien Graal opposait la pureté au plaisir. Le nouveau les réunit. Le neuvième appétit — le Sens — descend traverser les cinq sens du corps, et le Divin créateur se retrouve dans sa Création.
L'ancien Graal était une quête de chevaliers ayant fait vœu d'abstinence. Purs et l'histoire est belle ainsi. La pureté y passait par le retrait : ne pas manger, ne pas toucher, ne pas jouir. Le Sacré se gagnait contre le corps. Cette quête a mené des millions au bout du chemin comme les autres — car les temps n'étaient pas mûrs. Ce n'était donné à aucun de le trouver.
Notre génération a levé les interdits. Ce qui a créé, en même temps, un manque de Sacré — car le Sacré et l'interdit avaient été noués ensemble pendant des siècles. On ne sait plus quoi faire du plaisir, on ne sait plus non plus quoi faire du Sens. C'est une situation nouvelle. Elle a l'air d'un chaos, elle est en réalité une porte.
Elle est une porte parce que nous disposons pour la première fois d'un savoir sur nous — physique, biologique, psychologique — qu'aucune génération n'a eu. Une nouvelle Renaissance. Ce qui rend possible une redéfinition du Graal. Celui de Camelot reste inspirant. Le nôtre concerne la Planète devenue une Cité géante, dont les jardins et les étangs sont nos déserts, nos forêts et nos mers.
Le nouveau Graal n'oppose plus la pureté au plaisir. Il propose l'équilibre entre tous nos appétits, sans interdits, avec la possibilité du Sacré et de la pureté qui voisine avec le jeu sexuel le plus intense, dans un contexte où tous les autres sens sont éveillés. Cela n'a jamais été, à notre connaissance, une modalité de la Médecine.
C'est la fusion entre le Sens et les sens. Le neuvième appétit — le Sens — cesse d'exiger qu'on éteigne les autres. Il descend au contraire les traverser tous, comme un sang. Les cinq sens du corps deviennent les canaux par où le Sens du Divin arrive à se sentir. On mange, on touche, on entend, on regarde, on jouit — et cela ne s'oppose plus à la quête, cela est la quête.
Nous l'avons dit ailleurs, dans l'article sur l'alphabet : l'Immaculée Conception n'est pas la pureté biologique, l'absence de contact. C'est l'accord entre un canal humain et un dessein divin, indépendamment du biologique. Le Père descend vivre la fortune humaine. Ce n'est pas un contournement du corps, c'est une entrée dans le corps.
Voilà ce qu'est au fond le Graal 2.0. Le Divin créateur qui se cherche lui-même dans sa Création. Le plaisir humain n'est pas un écart par rapport à cette quête, c'est un des lieux où la rencontre a lieu. Manger un bon repas avec quelqu'un qu'on aime, en pleine conversation qui a du sens, avec le désir d'après-repas en fond de tableau — voilà un endroit où le Créateur se retrouve dans sa Création. Et guérit ce faisant.
Ceux qui cherchaient le Graal l'ont toujours su. Mais ils sont restés au bout du chemin car il ne pouvait pas encore être trouvé. Cela fait partie du Projet derrière l'apparition de l'Humain — que la trouvaille arrive à une génération qui aura d'abord dû traverser à la fois le savoir scientifique et l'effondrement du Sacré ancien. C'est la nôtre.