Voie 4 · Revoir l'Histoire

La recette politique d'avenir pour tous les humains :
Anarchisme et Légitimisme

Première partie

Pourquoi la démocratie a fait son temps, pourquoi le Président Macron est la fin de l'après-1789, et pourquoi le futur Roi légitime est le Premier des Anarchistes dans son Royaume.

Albert Abehsera · Automne 2026

Parler politique n'est pas très bon pour la santé. On tend à s'énerver rapidement, on ne comprend pas que l'autre ne soit pas d'accord devant ce qui nous paraît si évident. Comme la conduite auto, on peut en venir à crier voire insulter. Les opinions politiques creusent les rides du mépris, les plus vilaines. C'est l'occasion de montrer que la situation générale est désespérée, et que, de toutes les façons, « ils » ont toujours été corrompus et « ils » n'ont jamais tenu les promesses d'avant les élections.

Combien de fois je me suis trouvé devant la rangée de paquets de bulletins de vote pour chacun des candidats, et, ne sachant pas pour qui voter, j'en prenais au hasard, cinq ou six, puis j'allais dans l'isoloir, et là, ma pensée politique s'exerçait avec toute sa puissance. Je faisais Amstram Gram, et votais sur celui sur qui tombait le gram de la fin. J'avais fait mon devoir. Voter.

C'est notre devoir, et dire qu'on ne fait pas de politique, comme si c'était montrer de l'intelligence, du recul, est clairement hypocrite. On en fait tous, dès qu'on marche dans la ville, qu'on va à l'hôpital, qu'on s'arrête à un feu rouge. Avant les élections, on se rappelle tous encore des mots clefs : Gauche et Droite. C'est le premier choix à faire. Le problème est que leur frontière est devenue si floue, qu'il faut rajouter « extrême » pour qu'ils prennent des couleurs. Le Centre est toujours le choix par défaut pour ceux qui ne voient pas ce qu'on peut faire de mieux ou de plus. Plus d'une fois, j'ai recouru au vote centré : les candidats centristes ont toujours une bonne tête, parlent neutre, font attention à n'écorner personne.

Les élections sont le rituel principal de la démocratie. Elles démontrent à chaque fois que tout le monde est égal, l'opinion de l'un vaut l'opinion de l'autre. Elles prouvent également que le pays est libre, puisqu'on a vraiment l'impression de voter pour qui on veut. Sauf que la démocratie, qui signifie le règne du peuple, implique que c'est au peuple de prendre les grandes décisions. Or, le Peuple, c'est-à-dire l'opinion au kilogramme des habitants, ne comprend en gros strictement rien des mécanismes de la politique, des critères pour prendre telle décision. Mon prof de philo me fit découvrir brutalement cet état d'ignorance, en disant que d'après Platon, la démocratie, c'était le règne des c-ons. Heureusement qu'il avait prêté ces paroles à Platon, mort depuis longtemps, sinon il aurait pu se faire tabasser. Pour Platon, il faut laisser les décisions économiques à ceux qui y comprennent quelque chose, les questions de santé aux médecins, etc. Or on demande au peuple de décider s'il faut une politique déflationniste ou inflationniste, baisser le taux d'emprunt du crédit, légiférer sur l'euthanasie, et décider du financement des caisses de retraite. Seule une Élite intellectuelle peut répondre à ces questions. Mais quelle élite ? A priori, au vu de mon cursus universitaire, de ma bonne culture générale, de mon statut social, je devrais faire partie de l'Élite. Or je ne comprends strictement rien à l'économie, pas plus que les économistes ne comprennent à la médecine, qui est mon domaine. Donc, le grand sujet des élections, qui est en général l'économie, n'est compris que des économistes, avec le problème qu'ils ne sont pas du tout d'accord entre eux. Grâce à ce désaccord, ils migrent vers différents partis politiques, qui sont trop contents de recueillir ainsi des économistes avec des idées arrêtées, qu'ils adoptent.

La démocratie, fondée sur la consultation d'ignorants à propos de sujets complexes, et je m'inclus dans le groupe, n'a aucun avenir. En plus, l'ignorance ne fait que s'aggraver. Imaginez la génération actuelle, nourrie de TikTok et Instagram, de vidéos d'une à deux minutes sur l'inflation, appelée à voter. C'est sûr que le critère principal ne sera pas le programme économique et social, mais plutôt la bonne tête, la coiffure, l'humour, les goûts musicaux. Cette ignorance globale, observable depuis les débuts de la démocratie, donne des résultats électoraux d'une stabilité remarquable, qu'on peut résumer à du 50/50. Les soirées électorales triomphantes, avec confetti et champagne, fêtent la victoire de 53,4 % contre 46,6 %, autrement dit, la moitié fait la gueule pour plusieurs années. En général, les résultats sont plus proches du 51/49, parfois encore plus serré, du 50,43 % contre 49,57 %, ce qui n'empêche pas le candidat élu de dire qu'il a gagné. Ce qui est vraiment culotté. On a vu des élections impliquant des dizaines de millions d'individus, en particulier aux USA, se décider à quelques centaines de voix près. Le président Bush Jr a été élu une première fois en 2000 sur ce genre de résultat, décidé à quelques centaines de voix près en Floride, après un mois de comptages contestés. En réalité, ces résultats montrent qu'à l'échelle nationale, le vote est similaire au pile ou face. On pourrait tirer à la loterie le gagnant. Ça ne changerait strictement rien à la représentativité gagnante du candidat gagnant et la représentativité du côté perdant. Pour simplifier : les gens ne savent pas et devinent, donnant une chance sur deux à chacun des deux candidats. Ce qui est étonnant, c'est que le système continue à dire que ces scores prouvent que la démocratie fonctionne bien. Ils sont inutiles, produisant les mêmes résultats et énormément de colère et de frustration du côté des perdants, qui ne pensent qu'à la revanche.

De plus, puisque parler politique est plus émotionnel que rationnel, on tend facilement à exprimer de la rancœur, de la colère, du mépris, autant d'émotions qui creusent les rides les plus vilaines, font monter la tension et la fréquence cardiaque comme les hormones de stress. La politique use la santé.

On comprend alors pourquoi beaucoup de pays ne sont pas démocratiques, et n'en éprouvent aucune honte. Les élites décident, dans des contextes de tradition, comme la Russie ou la Chine, où jamais le peuple n'a eu droit de décider, ou dans les pays musulmans où l'idéal politique est la concentration des pouvoirs, exécutif, judiciaire, législatif et religieux dans les mains d'une seule personne. On applique à la lettre dans ces pays le principe que le peuple est trop ignorant pour décider. Est-ce que leurs Élites sont plus aptes ? Difficile à dire, puisque l'Histoire a fait que certains de ces peuples, pas plus bêtes que ceux vivant en démocratie, n'ont jamais rien connu d'autre qu'une forme d'esclavage politique. C'est d'ailleurs là qu'on voit l'avantage de la démocratie. Les pays démocratiques, ceux où les ignorants sont consultés, sont aussi les pays où l'on respecte les droits de l'homme. C'est logique. Aucun peuple, libre de voter, ne voterait pour être privé de liberté. Non seulement on respecte le Droit et les droits mais l'État est providentiel, il assure une éducation et une santé gratuites pour tous. Ce n'est qu'en Europe qu'on rencontre ce mix démocratique unique qui associe le respect du Droit, la liberté d'opinion et l'État Providence. En bref, un Eldorado comparé à tous les autres pays du monde, ce que prouvent les bateaux de migrants qui viennent de pays où ces valeurs n'existent pas ou très peu. C'est un long chemin qui a mené les pays d'Europe de l'Ouest à être des Eldorado. Un chemin qui est passé par Jérusalem, Athènes et Rome, pour les racines anciennes, puis par les Révolutions, dont la française en particulier.

De tous les pays du monde, la France est la perle du système politique associant liberté/droit/providence, ce que sa devise dit avec « liberté/égalité/fraternité ».

Elle est une République depuis 150 ans. Mais elle va mal. A priori, comme tous les autres pays, avec la crise économique permanente, le réchauffement climatique, la crise migratoire, les dissensions entre partis politiques. Mais à l'heure où cet article est écrit, à l'automne 2026, elle fait face à une crise politique sans précédent. La démocratie tourne bien depuis des années. Mais ça ne va pas. Les Français ne sauraient même pas dire pourquoi ça ne va pas. Mais les manifestations périodiques comme celles qui ont eu lieu pour la réforme des retraites, les Gilets Jaunes, ou les flambées de violence dans les banlieues, donnent une impression d'apocalypse proche.

Rapidement voyons le mouvement politique de ce pays depuis sa fondation comme république continue, c'est-à-dire à la fin du XIXe siècle (après la chute de Napoléon III en 1870). La succession de gouvernements alterne entre la Droite et le Centre, puis entre la Droite, la Gauche et le Centre. Cette alternance finit par produire une gauche, une droite et un centre qu'il est très difficile de différencier. Les élections libres obligent les partis à se piquer les meilleures idées. Qui pourrait se faire élire avec un programme supprimant les aides ou les libertés ? Deux partis extrêmes se constituent, à droite et à gauche, faisant croire à de grosses différences, mais en réalité, pas grand-chose. Les contraintes démocratiques sont telles en France, que personne ne peut changer quoi que ce soit de profond, de peur de perdre les élections. Donc, extrêmes, centre, gauche, droite, ont quasiment les mêmes programmes, malgré leurs aboiements lorsqu'ils sont dans l'opposition. Rien de mieux qu'un passage au pouvoir quelques temps pour faire oublier toutes les critiques qu'on adressait au gouvernement en place.

C'est là qu'intervient l'actuel Président, Emmanuel Macron, qui, à ce qu'on peut voir, représente la fin de la politique républicaine en France, celle qui commença en 1870 et s'appuya toujours sur l'alternance Gauche, Droite, Centre. Ce qui va suivre ne concerne pas que la France, mais le monde entier, sur le principe simple, que ce qui se passe en France, politiquement, finit par concerner le monde entier. Ça a été le cas plusieurs fois dans le passé, et cela va être le cas à nouveau. Du point de vue culturel et politique, la France va retrouver, brièvement, mais nécessairement, la première place. Voyons pourquoi. Chaque élément de l'analyse qui suit compte.

Emmanuel Macron est jeune quand il se présente. En couple avec une épouse de vingt ans plus âgée, sans enfant. Un président sans enfant, marié à une femme de vingt ans son aînée, Brigitte, qu'il rencontre à quinze ans dans un lycée jésuite d'Amiens où elle est son professeur de français et de théâtre — elle-même mariée et mère de trois enfants à ce moment-là —, c'est du jamais vu dans l'histoire de la République Française. Ça brise toutes les conventions et traditions. Son prédécesseur avait déjà franchi quelques étapes dans ce domaine : jamais marié, séparé de la femme avec qui il a eu cinq enfants, arrivé au pouvoir avec une copine officielle, qu'il trompe, se fait attraper, s'en sépare, vit avec l'autre. Le président encore avant, avait commencé le ballet des irrégularités. Il est élu marié, et très peu de temps après, sa femme déclare le quitter, et il se retrouve célibataire au pouvoir, du jamais vu. Il finit par rencontrer une mannequin qu'il épouse. Tous ces comportements, qui font l'objet de beaucoup de commentaires dans la presse normale et people, sont anormaux du point de vue de l'Histoire du Pouvoir en France, où un Président est marié, a des enfants dans le cadre du mariage, et quitte le pouvoir encore marié, même s'il est notoire qu'il a des maîtresses, un sujet qui passionne les Français. L'exemple qui fait référence est Charles de Gaulle, qui est marié, a des enfants, n'a jamais eu de maîtresse, et quitte le pouvoir dans ce contexte précis. Emmanuel Macron est la fin d'une cascade, qui chute à partir de De Gaulle, de président en président, avec au bout Emmanuel Macron. De ce point de vue là, la seule prochaine étape envisageable pour la République française, serait soit une femme, ce qui n'a jamais été essayé, comme aux USA, soit un Président issu d'une des anciennes colonies, mais plus radicalement encore, un ou une homosexuel(le). En tout cela, la France ressemble à d'autres pays, qui eux aussi ont quitté le comportement archétypal qui aide à être élu : être un bon père de famille, sans histoire connue. Le président des États-Unis, celui de Russie et bien d'autres, sont tous atypiques. Celui de Chine affiche une normalité parfaite, avec une femme présentant « bien », à ses côtés, ne s'exprimant pas, en bref, le produit conjugal idéal pour un chef de parti communiste.

Cette configuration inhabituelle a nourri toutes sortes de rumeurs numériques — qu'il faut laisser aux réseaux qui les alimentent — mais elle a un intérêt réel : elle prépare, sans le dire, l'acceptation par le pays d'une figure présidentielle qui ne coche plus la case bon-père-de-famille. Macron a d'ailleurs choisi comme Premier ministre un homme ouvertement homosexuel vivant en couple avec le ministre des Affaires étrangères, sans que cela ne soulève aucun débat. On peut épouser une femme plus âgée, ne pas avoir d'enfants. On peut être homosexuel ou ne pas l'être. Grâce à Emmanuel Macron et ses deux prédécesseurs, la France a été dispensée d'avoir à élire une femme, un homosexuel et un président sans enfants ou divorcé. À lui tout seul, il a brisé le plus grand nombre de conventions politiques possibles, à part être noir de peau ou musulman.

Son parcours scolaire et universitaire est exemplaire. Il se termine par l'ENA, une école d'ingénieurs politiques, typiquement française, qui n'a aucune copie dans le monde, et qui fabrique des Présidents. Son prédécesseur venait de la même école. Là encore, il représente une fin de parcours, puisqu'il osera démonter cette école, une fois arrivé au pouvoir. Autrement dit, il coupe la source des Présidents. Un acte qui fait penser à « après moi, le Déluge ». Les futurs candidats ne pourront plus ajouter cette étiquette, et ça fonctionne, puisque la quasi-totalité de ceux qui s'annoncent candidats pour 2027 ne sont pas Énarques, c'est-à-dire, issus de l'ENA.

Ses premières armes dans le monde du travail passent par les banques d'affaires, en particulier la Banque Rothschild, où il excelle. C'est un parcours caricatural : sortir de la plus grande école, puis travailler dans la plus connue des banques d'affaires de ce monde. Il reste quelques années à peine et se taille une réputation d'expert dans la fusion entre sociétés géantes, ce qui annonce déjà la couleur de son action politique.

Pendant toute cette première période de sa vie, il est difficile de le classer politiquement, sauf à dire que son parcours est un exemple de réussite républicaine et capitaliste. Il n'est pas issu d'une famille connue, riche ou aristocratique. On le croit de gauche, mais il n'a la carte d'aucun parti. Par une série de circonstances que certains attribuent au complotisme, quelques hommes d'affaire français décident qu'il est le candidat idéal après son prédécesseur, un président socialiste. Il est nommé au gouvernement, ce qui fait croire qu'il est de gauche. Ses amis milliardaires le promeuvent dans les médias, avec tout son package, jeune avec une femme plus âgée, études brillantes, et ça marche, car d'inconnu total, il devient connu, sans qu'on sache pourquoi exactement. Le tournant se produit lorsqu'un homme politique français, assez connu, situé au Centre, déclare qu'il renonce à se présenter lui-même, et adopte la candidature Macron. À partir de ce ralliement, son ascension sera irrésistible dans les sondages. Son programme politique explique sa victoire. Rappelons que nous sommes dans une démocratie, une des plus anciennes, et donc, dans un système où le peuple ne comprend strictement rien aux questions d'économie ou de politique, qui sont pourtant au centre des consultations. Or Macron, justement, symbolise le jeune, disponible à cent pour cent, car pas d'enfant, pas de maîtresse connue, qui connaît très bien les dossiers économiques. Il a le langage qu'il faut. Il sait. Et, le coup de maître, qui rend son élection inévitable, est l'étiquette qu'il choisit. On s'attend à ce qu'il se présente sous une étiquette de gauche, puisqu'il a officié sous un gouvernement socialiste. Rappelons qu'en France, cela fait des centaines d'années, depuis la Révolution Française, qu'on se lance en politique avec une étiquette claire : Gauche, Droite, Centre. Avec toutes les nuances possibles, qui incluent « gauche modérée » ou extrême gauche, droite modérée et extrême droite. Il est impossible de différencier gauche et droite modérées du Centre, qui est forcément un lieu où se retrouvent ceux qui sont « modérés ». Emmanuel Macron est le premier de l'Histoire à donner un coup de pied dans la fourmilière. Il constate l'échec de l'alternance entre Gauche et Droite, pour régler les problèmes de la France. Il rajoute qu'on ne voit plus la différence entre la Gauche et la Droite, et que le Centre ne ressemble plus à rien, en tentant d'être à mi-chemin sans prendre parti. Il va alors inventer un nouveau système politique, unique en son genre, que les médias vont appeler le macronisme.

Attention, ce n'est pas le Centre au sens où on l'avait toujours entendu, c'est-à-dire une synthèse entre la Gauche et la Droite qui prendrait le meilleur de l'une et le meilleur de l'autre, ou encore un mi-chemin qui évite les extrêmes des deux autres. Non, chez Macron, le Centre est une partie d'un bloc, le bloc Gauche/Droite/Centre pris tout ensemble. Le programme du « en même temps » est de gauche, de droite et centriste, simultanément. C'est un programme impossible, théorique, mais qui sonne bien. En tout cas, un programme qui scelle proprement l'histoire de la politique française, qui a oscillé entre les trois depuis ses débuts.

Un jeu de mots en français permet de concrétiser cette nouvelle vision politique : le macaron. C'est un petit gâteau, délicieux, constitué de deux biscuits symétriques, l'un à gauche, l'autre à droite, unis par une crème au goût différent à chaque fois. Le macaron raconte mieux que tout le programme politique qu'incarne E. Macron. Le macronisme est clairement du macaronisme. Et pour ceux qui aiment les coïncidences, son épouse Brigitte, née Trogneux, est issue d'une famille d'Amiens qui a fait fortune au travers d'une enseigne illustre pour ses macarons. Mais ces macarons-là sont d'un type tout à fait particulier : là où le macaron parisien est fait de deux coques séparées par une crème, le macaron d'Amiens est un bloc unique, un petit palet compact de pâte d'amandes, sans dualité intérieure. Tout un programme politique entre l'unité du macaron d'Amiens porté par l'épouse, et la dualité du macaron parisien porté par le mari.

Il va faire en politique ce dans quoi il s'est illustré dans sa brève carrière d'homme d'affaire, la fusion entre géants commerciaux. En politique, il va fusionner les sociétés qui y règnent depuis toujours, la Gauche, la Droite, et le Centre. E. Macron annonce : le temps est venu d'être ni de droite ni de gauche. Le temps de « l'en même temps » est arrivé. Fini les dilemmes. Il offre le système idéal. Il affirme que sa solution n'aura pas la tiédeur du Centre qui, en fait, se tient à mi-chemin entre la gauche et la droite. Non, lui, c'est être en même temps de gauche et de droite. Ce message sonne si bien, y compris aux oreilles de l'auteur de ces lignes, qu'il se fait élire confortablement en 2017, puis se fera réélire plus difficilement en 2022, la magie des slogans ayant disparu, mais pas sa nécessité.

Emmanuel Macron n'a pas inventé un système politique nouveau. Rapidement il a été assimilé au Centre, à un nouveau vêtement du Centre, et son parti politique a pris la place du Centre à l'Assemblée. Mais sa présidence a eu un effet dévastateur sur la politique française. Les deux grands partis de l'histoire de la république, celui de la Droite et de la Gauche officielles ont été écrasés, réduits à trois fois rien au cours des élections. Ce qui a fait gonfler les extrêmes. Faisant craindre que l'une de ces extrêmes prenne le pouvoir, mais E. Macron s'est débrouillé pour massacrer l'influence des Grands Partis, où se trouvent les autres « compétents » comme lui, tout en montrant l'incompétence totale des candidats des deux extrêmes, qui n'ont cessé de gesticuler pendant sa présidence. Lui a gardé la distinction du silence, la courtoisie, le français impeccable, le visage calme, laissant aux extrêmes les visages ridés par la colère et les expressions vulgaires ou malheureuses. Emmanuel Macron laisse donc la France Républicaine en ruine. Et c'est bien ainsi, au sens où c'était un processus qui avait commencé il y a bien longtemps, dès les débuts de la République, et que lui n'a fait qu'achever, sans le savoir.

Son style personnel a fait l'objet de beaucoup de critiques. Distant et arrogant, bien que lui-même fasse l'effort de parler simplement et faire « peuple ». Mais quoi qu'il fasse son aspect « élite » lui colle à la peau, ce qui est justement sa force auprès du peuple, qui voit bien que dans les difficultés actuelles, où l'économie est mondialisée, élire un candidat juste sorti d'une école de journalisme ou un avocat, ou comme certains, rien du tout, serait trop dangereux. Macron rassurait et continue de rassurer, malgré les sondages. Il est à parier que si la Constitution française l'autorisait, il se ferait réélire une troisième fois. Absolument pas par popularité, il ne l'est plus, mais par crainte de l'incompétence des autres. Jusqu'à ce jour, il a gardé sa distance vis-à-vis de la Gauche, de la Droite et du Centre, ce qui fait que dans l'inconscient collectif, il ne peut être que LA solution par défaut.

Voilà donc l'effet Macron : une modification profonde de l'image du Président de la République, une destruction radicale du dualisme classique qui régnait dans le pays depuis ses débuts, une démonstration de l'incompétence des extrêmes. Dans notre analyse, ici, il est la fin de la République Française, et cela importe beaucoup pour la France, mais aussi pour le monde, car la République Française a eu un effet très important sur le monde à ses débuts. Dans le type d'analyse politique que nous utilisons, qui inclut des sciences comme la physique et la biologie, ce qui a influencé au début, influence à sa fin. Pour parler comme les physiciens, l'esprit révolutionnaire français, celui de 1789, a fonctionné comme un champ qui a baigné le monde depuis sa fondation. Ce champ continue de nourrir les démocraties occidentales et les oppositions dans les pays sans démocraties, c'est-à-dire, les pays à dictateurs avec une bonne partie de la population qui rêve de leur « couper la tête ».

Emmanuel Macron se situe à la fin d'un processus qui a commencé en 1789, à la suite duquel le peuple a coupé la tête de son Roi. Dit comme cela, on a l'impression que ce fut un acte banal. Un tyran qui s'était fait dégager du pouvoir. Les Anglais l'avaient fait une centaine d'années auparavant. Dans plein de pays, au cours de l'Histoire, les Rois et Empereurs sont tombés. En réalité, non et archi-non. La mort du Roi de France, décapité en public, le 21 janvier 1793, à 10h22, est un événement central, dans tous ses détails, ceux qui précèdent cette cérémonie, ceux qui la caractérisent, et ce qui se passe après, jusqu'à ce jour et dans le monde entier. Pas un événement central parmi d'autres, c'est l'événement central de toute la politique depuis que le monde est monde. Il y eut l'avant cette décapitation, avant 1789. Actuellement, en 2026, nous sommes dans l'après. Pour mesurer à quelle distance nous sommes dans cet après-1789, nous n'irons pas voir ce qui se passe en Irlande ou en Islande ou en Afrique du Sud, bien que tout soit relié à cet événement. Nous allons en France, où l'acte en question s'est déroulé. Et nous pouvons alors mesurer qu'effectivement, en voyant le phénomène Macron, ce qu'il a représenté et ce qu'il laisse, que nous nous approchons de la fin de l'après-1789. Quelque chose va se passer en France, qui concrétisera la fin de l'après-1789, la fin d'une relation entre le peuple et ses institutions ou son chef, et ce quelque chose aura un retentissement mondial, dans tous les pays, comme la Révolution Française naguère, sauf que là, le monde consiste en deux cents pays organisés et un réseau numérique qui fait passer les nouvelles instantanément. L'effet de cette Évolution Française sera net, précis, un feu qui prendra, comme l'ont montré récemment ces incendies sociaux soudains comme le Printemps Arabe ou la Génération GenZ.

Cette révolution va être une redéfinition entre ce couple qu'a toujours été le peuple ignorant et faible, incapable de se gérer, et le gouvernement qui sait et qui est fort, capable de gérer. Emmanuel Macron a coché toutes les cases de ce savoir qui se veut fort. Le peuple français a montré, lors de manifestations qui ont sérieusement ébranlé le pouvoir, fait fuir le Président de Paris, qu'il était vraiment totalement ignorant du B.A.-BA de la politique. Habillés de gilets jaunes que tout automobiliste possède dans son coffre, le peuple s'est répandu partout, criant et aboyant son malheur dans lequel il se voyait. Des portraits de Macron, à la guillotine ou pendu, étaient brandis par les manifestants, du jamais vu auparavant. La Police était débordée et le Palais de l'Élysée dans la ligne de mire des manifestants. Clairement, la France rejouait la scène de la Révolution où le peuple, ignorant par définition de la politique, voulait décapiter le Compétent de service. Sans fournir une compétence alternative, sans dire comment le gâteau du budget annuel de la France devrait être autrement réparti pour que le pays baigne dans le bonheur de l'égalité sociale et économique.

Le Président Macron est le dernier d'une lignée de « compétents » au pouvoir.

La question maintenant sera : est-ce que cette compétence est encore adaptée ou nécessaire à notre monde actuel ? Ces remises en question par le peuple incompétent par définition ne sont-elles pas le signe de quelque chose de plus profond, où une nouvelle définition de la compétence est en train de naître, une définition où chacun peut contribuer, où sortir d'une grande école de politique, savoir les détails de ce qui cause l'inflation n'est plus nécessaire. Est-ce que l'incompétence du peuple n'est pas le signe qu'au bout du compte, dans le projet d'évolution de l'humanité, la connaissance des mécanismes de l'inflation ou du financement des retraites n'est pas l'essentiel. Le réchauffement climatique, par exemple, nous pousse vers des réflexions et actions urgentes où les questions de politique ancienne n'ont plus de sens. Il va falloir probablement s'organiser autrement et un « bon élève » à la tête de l'État sera totalement incompétent pour s'adresser aux futurs problèmes de nos sociétés. Les crises à venir nécessiteront quelqu'un qui incarnera plus la débrouillardise plutôt que la connaissance théorique. Certes, on gardera de la démocratie, son respect des valeurs humaines, mais pas ce vice de l'ignorant qui élit le savant. Les révolutions du peuple pointent vers cet avenir. Le peuple en se révoltant rappelle un des plus anciens moteurs humains, la quête de la liberté individuelle, en avoir marre d'avoir un patron ou un Dieu au-dessus de la tête. Cela s'appelle le rêve anarchiste. Et quand on se révolte, et on cherche à tuer le « compétent » de service qui est au pouvoir, c'est la volonté de liberté, de dignité, de ne pas être « pris pour un con » parce qu'on ne comprend pas des grands mots et des concepts compliqués que peut-être l'Élite a inventé pour rester au pouvoir. C'est ce que se dit le Peuple. Le paysan aimerait bien cultiver son champ et vendre ses légumes dans son coin, à ses voisins. Les ouvriers ne devraient plus exister, les robots sont là pour les remplacer, et l'avenir de l'ouvrier, celui qui ne se sent pas l'âme paysanne, est d'être un artisan, un travailleur de la matière. Une société où chacun fait ce qu'il aime, et sait vivre dans une société où les autres en font autant sans se gêner est une société dite « anarchiste ». Comme système politique, ça n'a jamais marché. Anarchie glisse immédiatement vers son sens de chaos, et ne s'est jamais stabilisé dans son sens noble, c'est-à-dire une société où chacun fait sa propre police intérieure, sait se gouverner lui-même, de telle sorte qu'un gouvernement et une police deviennent accessoires. Ça a été le rêve fondateur de la Suisse et des États-Unis au tout début. Inspirés par la Bible, l'Ancien Testament, qui décrit l'anarchisme pendant la période dite des Juges. Chacun profitait de sa vigne et de sa famille. La faiblesse de l'Anarchie est sa vulnérabilité face à un régime tyrannique voisin, avec une bonne armée de soldats bien fanatisés. Lors de la période des Juges, les Tribus d'Israël avaient trouvé la solution. À chaque génération, fonctionnait un Juge ou une Juge (Deborah) qui avait pour fonction d'arbitrer les conflits entre tribus. En cas d'attaque extérieure, ce même juge appelait au drapeau. Les Tribus envoyaient leurs hommes, on repoussait l'agresseur et on retournait chez soi. Cela aurait duré deux cents ans, l'Âge d'Or. Qui se termine par l'instauration d'une Monarchie. Les Suisses et les Pères Fondateurs des USA ont comme modèle l'Âge d'Or des Juges. Ça a donné deux pays au succès immense, mais qui, par les circonstances, ont dévié de leur modèle initial, tout en gardant certains traits. La Suisse en garde jusqu'à aujourd'hui la trace la plus pure : la présidence de la Confédération tourne chaque année entre les sept conseillers fédéraux, à un point tel qu'aucun président suisse n'est jamais connu du public international.

L'Anarchie est restée un rêve, un projet politique non réalisable, à cause du Chaos inévitable qu'elle suscite. Pourtant, c'est clairement ce que voudrait l'humanité, si cela ne tenait qu'à elle. Qui rêve d'être esclave ? Qui veut que son fils soit ouvrier d'une usine où il fera les mêmes gestes pour un patron qu'il ne connaît pas ?

La volonté d'en finir avec toutes les sortes de patron est ce qui pointe dans toutes les révolutions, y compris et surtout dans la Révolution Française. Trop chaotique, anarchique, elle aboutit rapidement à des récupérations par des personnages forts, en France, Robespierre puis Napoléon, ailleurs et plus près de nous Staline, Mao ou Hitler. Ces personnages forts sont en fait sécrétés par ce mélange : une volonté d'anarchie par le peuple, de beaux idéaux qui échouent dans les faits, et laissent un chaos qu'un homme fort, le Monarque, incarne.

L'Anarchie aurait donc besoin d'un remède pour exister. Ce remède se trouve simplement, en allant chercher l'opposé : c'est la Monarchie. Pas celle du tyran qui naît de l'Anarchie. La Monarchie qui fait couple avec l'Anarchie est d'un type très particulier, qui s'appelle le légitimisme. Toute autre forme de Monarchie, gouvernement par Un seul, est un abus de pouvoir ou au mieux, un remède pour faire tenir un pays devenu fou dès qu'on lui a donné la liberté. Anarchie et Monarchie légitime sont le couple politique jamais vraiment essayé par l'humanité. Il est mathématiquement correct. La monarchie n'est pas le remède de l'anarchie. Remède n'est pas le bon mot, car cela signifie que l'Anarchie est un système malade. Non, l'Anarchie est un mécanisme bourré de santé potentielle, bourré des rêves de tous les gens de bonne foi. Il lui faut juste son complément comme le Nord a besoin du Sud. Une anarchie qui traite tout le monde comme égaux, y compris le Roi, mais qui accorde au Roi un rôle unique : être le garant de l'Anarchie. Autrement dit le Roi est le Premier des Anarchistes dans son Royaume. Il faut pour cela un Roi légitime, ce que nous expliquerons dans la seconde partie. Ce type de monarchie, lorsqu'il devient un système politique, prend le nom de légitimisme, et il n'existe qu'en France. C'est ce que je suis, un légitimiste, qui, forcément, n'a pas d'autre choix que voter en faisant Amstram Gram dans l'isoloir.

Emmanuel Macron a préparé le travail. Il a tué la gauche et la droite, vidé le Centre de tout sens, et ridiculisé les extrêmes. Deux ans avant son élection, en juillet 2015, alors qu'il est ministre de l'Économie, Macron accorde un entretien à l'hebdomadaire Le 1. Ce qu'il y dit passe presque inaperçu à l'époque, mais relu aujourd'hui, c'est un aveu programmatique. Il déclare que la démocratie française souffre d'une incomplétude structurelle, que ce qui lui manque, c'est la figure du roi, que la Terreur a creusé un vide émotionnel et collectif que personne n'a comblé depuis, et que ni le moment napoléonien ni le moment gaullien n'y ont suffi. Autrement dit : le futur président de la République annonce lui-même, avant même d'être candidat, que sa République est boiteuse depuis 1793 et qu'il faudrait un roi. Peu après, il choisit d'être intronisé au Louvre, dans la cour du palais des Rois de France. Ses collaborateurs le surnomment Jupiter.

Emmanuel Macron, pour ceux qui sont sensibles aux jeux de mots, porte un nom qui est l'envers de Monarc/Monarque. Il a annoncé dans son interview de 2015 le nécessaire retour d'un Roi en France, et a cru peut-être porter cette image, de Chef distant, ce que lui a reproché le peuple.

Il ne l'a peut-être pas vu, mais effectivement la Monarchie n'a jamais cessé en France, selon les antiques Lois Fondamentales du Royaume, qui veulent que le Roi ne meure pas en France. Selon cette perspective, la République a été une longue parenthèse, certes utile et nécessaire, mais une parenthèse quand même. On le voit à son histoire. La Première République n'a jamais vraiment existé. Son Président aurait dû, techniquement, être le Roi, mais on lui fait un procès et on le décapite. On décapite ensuite ceux qui l'ont décapité, Robespierre en tête. On ne peut la compter comme un « bon souvenir » de la République. Ce furent trois années de cauchemar. Passons à la Deuxième République, qui est instaurée en 1848. Elle ne dure pas non plus, puisque son seul Président, Louis Napoléon Bonaparte, se fait élire avec l'idée de restaurer l'Empire de son oncle.

Vient ensuite la Troisième République, que je considère volontiers comme la Première République, la vraie, laïque, qui va acquérir tous les acquis républicains positifs. Elle dure jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.

Elle naît dans le chaos de la chute de Napoléon III. Curieuses associations fondatrices, entre trois fois trois, ou trois tiers. Le trois de Napoléon III. Le trois de la République. Et le trois de Thiers, dont le nom se dit comme « tiers », et qui est son premier faisant fonction de président, élu dans le désastre de la défaite. C'est un Président de circonstance, avec un mandat révocable à merci par l'Assemblée — laquelle est majoritairement monarchiste. Dans sa jeunesse, Thiers avait été pour une monarchie constitutionnelle. Il se rallie tardivement au républicanisme, sans grande conviction. Il est élu président en 1871, mais, comme stipulé dans son « contrat », un vote du bloc monarchiste légitimiste le fait tomber en 1873.

Le général de Mac-Mahon lui succède. Lui est un légitimiste convaincu, et considère qu'il est là pour organiser le retour du Roi. Il fait tout pour cela, mais le candidat légitimiste au trône, le comte de Chambord, met des conditions que l'Assemblée ne peut accepter. Aux élections suivantes, le bloc monarchiste n'est plus majoritaire, et Mac-Mahon démissionne. La République peut alors vraiment s'installer.

Pour notre propos, on voit que les deux premiers présidents de la République Française — en considérant qu'il n'y en a pas eu avant, ni lors de la Première ni lors de la Seconde — étaient deux variantes du Monarchisme. Le premier, Thiers, en faveur d'un Roi qui règne mais ne gouverne pas, ce qu'on appelle l'orléanisme. Le second, Mac-Mahon, un légitimiste, c'est-à-dire un Roi qui règne et gouverne. Après Mac-Mahon, est élu le troisième président, Jules Grévy, qui sera le premier président de la république… républicain. Le trois structure décidément les débuts de la Troisième République. Le destin royal ne la quitte pas.

Puis viennent deux intermèdes, celui de Pétain, qui n'est pas une République, mais un État. Passons. Puis vient la 4e République, qui a deux présidents, et s'illustre comme une sorte de cauchemar institutionnel, bien qu'elle ait connu des personnages remarquables, tel Pierre Mendès France. C'est l'Anarchie Républicaine. Elle s'effondre en appelant De Gaulle au pouvoir, qui fonde la Ve République, une république qui confère au président un pouvoir quasi monarchique. Mais là encore, le destin royal de la France est présent. De Gaulle devient la référence de l'homme d'État, le Président auquel tous s'identifient. Sauf qu'il était monarchiste convaincu, lui, son épouse, ses parents et ancêtres. Il aurait aimé restaurer la Monarchie en France, confia-t-il un jour. Mais légitimiste dans son cœur, il vivait à une époque où la branche aînée s'était éteinte, dès le temps de ses parents, avec la mort de Henri V de Chambord — plus personne, à ses yeux, dans la Maison de France pour porter la couronne. Il a dû se résoudre à être un peu Roi lui-même.

On le voit, la République Française, à ses débuts, comme à ses mouvements les plus marquants, a toujours été marquée par la présence du Royalisme et du Roi. E. Macron semble être le dernier, sinon l'un des derniers présidents qui tiennent lieu — des lieu-tenants — de la figure du Roi en France.

Ces questions concernent le monde entier. Elles recèlent enfin la solution à ce paradoxe entre la nécessité d'un pouvoir, pour toute société, et l'envie d'être libre, pour tout individu. Un paradoxe qui a obligé le peuple à passer pour un con, et les gouvernants pour des tyrans.

Lire la seconde partie — Le Retour du Shah en Iran

Lire la pétition — adressée à S.A.I. le Prince Reza Pahlavi

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