Épisode 1 sur 26

Actualité de l'affaire et cadre historique

L'Affaire Louis XVII — Les Soirées du Graaal avec Trois A. Texte reproduit à partir d'un podcast

Cette affaire a plus de deux cents ans. C'est l'une des grandes énigmes de l'histoire de France, non résolue à ce jour. Avec le Masque de Fer

On pourrait en parler simplement comme d'une énigme historique parmi d'autres. Ce n'est pas le cas: elle contient en germe un buzz possible. Un buzz qui pourrait, un jour, aboutir à la restauration d'une monarchie en France.

Regardons la confusion républicaine actuelle, le désamour des Français vis-à-vis de la politique et des politiciens, les compétitions phénoménales pour arriver au sommet, le fait qu'on parle moins des programmes que de savoir qui sera candidat à la prochaine présidentielle. Dans ce désordre grandissant, la solution monarchique va finir par s'imposer d'elle-même. Elle fait déjà ses preuves dans plusieurs pays d'Europe, comme la Norvège, le Danemark ou les Pays Bas. Mais attention, en France, la monarchie serait différente. Dans les pays scandinaves ou au Royaume Uni, le Roi règne mais ne gouverne pas. Cette forme de Monarchie n'a jamais existé en France. Dans ce pays, le Roi règne et gouverne

Je précise ce que je suis : royaliste de cœur, pas royaliste encarté dans un parti. Ça remonte à mon enfance. Tout petit, j'étais fasciné par les histoires de chevaliers, et ceux de la Table ronde en premier. Le Roi Arthur, c'est le Roi modèle. L'idée que le Roi ou la Reine servent de modèle à leur pays, tel que les parents puissent dire à leurs enfants, voilà à qui il faut ressembler. Pas dans les détails physiques bien entendu, mais dans les valeurs communes et souhaitables pour toutes et tous comme la courtoisie, la distinction, l'amour du travail bien fait, du sport et des arts

Un roi, pour moi, c'est quelqu'un qui est le pivot de la langue du pays, un homme qui se comporte bien, qui connaît les coutumes, ou les apprend là où il va, y compris à l'étranger. C'est un modèle de probité, de posture correcte, de vitalité entretenue. Tout pays a besoin d'un tel modèle, c'est fondamental pour la santé de tous. C'est bien préférable à un modèle élu de temps en temps, à coups de campagnes pleines de promesses qu'on ne peut pas tenir. Dans une République, le travail de fond est souvent impossible, de peur que les électeurs boudent le parti et de peur qu'on perde les élections. Ce qui n'est pas l'inquiétude d'un Roi, qui n'a jamais la crainte de l'élection mais le souci de l'avenir

L'histoire que je vais raconter ici ne parle pas de restaurer une monarchie absolue, à la Louis XIV. Ni d'installer en France une monarchie symbolique à l'anglaise. Comme je l'ai dit, le Roi en France gouverne et règne, mais alors dira-t-on quelle différence avec la tyrannie? Ce sont des craintes de l'ancien temps. Il est impossible de penser qu'un monarque de nos jours pourrait transgresser les acquis de la démocratie. Ni l'extrême droite ni l'extrême gauche actuelles en France, ne proposent d'instaurer une dictature de droite ou de gauche.

On aurait donc une monarchie paradoxale dont il n'existe aucun exemple dans le monde: un roi qui gouverne, dans un contexte démocratique rr.

Regardez Louis XIV. C'est un roi qui gouverne. Il arrive dans une situation catastrophique, ce qu'on appelait la Fronde, avec des compétitions permanentes entre égaux, chacun voulant devenir le chef. Louis XIV fait taire tout ça. Il centralise l'État, il réorganise la France. Un roi qui aurait aujourd'hui cette fonction — mettre fin à la compétition perpétuelle des égaux pour être le premier — rendrait déjà un immense service.

Une phrase m'a marqué. Elle est de Michel Poniatowski, ministre de Valéry Giscard d'Estaing et prince polonais par ailleurs. Il disait : « L'avantage de la monarchie, c'est que la première place est prise. » Cette phrase, je la trouve absolument remarquable. Dans une monarchie, toute la compétition des égaux pour être numéro 1 disparaît. On vous dit : la place est prise. Vous pouvez être numéro 2 — c'est un Premier ministre, il est temporaire. Vous ne pouvez pas être numéro 1. La place 1 est prise dans le passé, dans le présent, et dans l'avenir. C'est le meilleur remède contre les ambitions démesurées.

Je précise que je ne pense pas à un retour de la monarchie uniquement en France. Je pense à un phénomène plus universel, qui concernerait plusieurs pays. Compte tenu du réchauffement climatique, des crises militaires en cours, de la crise environnementale, de la crise économique qui peut arriver à tout moment, cette option pourrait s'imposer comme un remède parmi ceux qu'il faudra bien trouver. Il faudra un vrai centralisme bienveillant. C'est comme cela que je définis la monarchie : un centralisme bienveillant.

En France, il existe plusieurs personnes qui prétendent au trône, à travers trois familles. La famille d'Orléans, la famille Bourbon, la famille Bonaparte. Les trois familles qui ont régné sur la France. Aucune n'est associée à un parti politique. Aucune n'a d'écho médiatique réel. Quand un parti royaliste se présente à une élection, il fait moins d'un pour cent. La notion monarchique en France paraît morte.

Elle est morte au niveau des médias. Elle n'est pas morte dans les profondeurs du pays. Elle a mille ans d'existence derrière elle, et mille ans, ça ne disparaît pas si vite. C'est une question de vent. Il suffit que le vent souffle au bon moment pour que les braises se rallument.

Pour le moment, ce sont de petites braises. Mais les autres flammes politiques — la droite, la gauche, le centre, les extrêmes — sont en train de s'user. De nouvelles pistes apparaîtront. La piste monarchique en fera peut-être partie, pour une raison particulière : elle a quelque chose que les autres n'ont pas. La légitimité historique.

Les candidats politiques ont une légitimité, bien sûr. Ils viennent du peuple, ils sont élus, ils ont une légitimité républicaine. Mais on sait à quel point cette légitimité est instable. Un président peut être élu avec 25 % des voix, à cause de l'abstention. Ou dans le meilleur des cas, 50,40 contre 49,60. Des taux qui divisent profondément les pays. C'est pareil en Amérique. C'est pareil un peu partout. Des résultats électoraux qui ne produisent plus de consensus. Les démocraties, à leur période finale, semblent toutes produire des systèmes à 50-50. Un système qui divise au lieu d'unir. La victoire d'un camp est forcément la défaite de l'autre. Mais la défaite de l'autre camp, c'est la moitié du pays. Il faudra bien sortir de ce cercle vicieux.

Et c'est dans ce contexte qu'il faut regarder les trois familles prétendantes au trône. Aujourd'hui, elles n'ont aucun impact médiatique. On les voit à une inauguration de temps en temps, rien de plus. Elles sont hors circuit.

Sauf que l'affaire Louis XVII contient un élément qui pourrait provoquer un coup de tonnerre dans ce milieu royaliste dormant. Un réveil de notions historiques que l'on croyait oubliées. Cela pourrait, comme un tsunami, emporter l'assentiment du peuple.

Cette affaire a un côté touchant, et un côté monstrueux. Elle a tout d'un beau roman. Un roman à énigmes, avec des personnages illustres qui jouent des rôles extraordinaires. Elle est touchante parce qu'il s'agit d'un enfant. C'est le destin d'un enfant.

Revenons à 1789. Louis XVI, roi de France, et Marie-Antoinette ont cinq enfants autour d'eux. Deux enfants adoptés : Ernestine Lambriquet, la fille d'une femme de chambre, et Jean Amilcar, un petit garçon d'origine sénégalaise qu'on avait offert à la reine. Et trois enfants biologiques : Marie-Thérèse, qu'on appelle la princesse royale, Louis-Joseph, le dauphin, et le petit Charles.

En juin 1789, un mois après l'ouverture des États généraux, le fils aîné, Louis-Joseph, sept ans, meurt de tuberculose au château de Meudon. Louis XVI aborde donc la Révolution française en deuil de son fils aîné.

Un mot sur Louis XVI et Marie-Antoinette comme parents. Ils sont exceptionnels au niveau de leur relation avec leurs enfants. Ils les ont beaucoup élevés eux-mêmes, ensemble. Ils étaient un couple fidèle, un couple parental exemplaire. Leur fils aîné, brillant, beau, intelligent, bien élevé, meurt à sept ans. Il reste alors Marie-Thérèse et le petit Charles, qui devient automatiquement le dauphin.

La Révolution éclate. On sait ce qui suit. La fuite à Varennes, Louis XVI rattrapé, le peuple remonté contre lui, la famille enfermée dans la prison du Temple, la mort votée. Louis XVI décapité en janvier 1793. Marie-Antoinette décapitée quelques mois plus tard.

Restent les deux enfants. Que faire d'eux ? La Révolution se retrouve avec une fille de quatorze ans et un garçon de huit ans dans la prison du Temple. Cette prison n'existe plus aujourd'hui. Il n'en reste que le nom, la rue du Temple et le square du Temple, près de la République. C'était une prison imposante.

Des centaines de gardes, de commissaires, d'employés, sont mobilisés pour surveiller les deux enfants. Une énorme organisation. Pourquoi ? Parce que ces deux enfants deviennent les otages les plus précieux d'Europe.

La fille, on peut la mettre de côté. Elle ne peut pas hériter du trône de France. Elle aura un destin très intéressant sur lequel on reviendra. Mais ce n'est pas elle qui représente l'enjeu. Le garçon, en revanche, est fondamental. C'est un enfant réputé intelligent, gentil, avec un bon cœur, bien élevé, très mignon. Il est arraché à ses parents, et confié à la garde d'un savetier — un cordonnier de vieux souliers — appelé Simon, et de sa femme, qui n'avaient pas d'enfant.

Que faire de cet enfant ? La question est débattue. Un seul député propose de les empoisonner, les deux. Il est hué. Ces enfants ne sont responsables de rien. Ce sont des enfants.

L'idée qui s'impose, c'est de les élever. Et surtout, d'élever le garçon comme un républicain. Un bon petit républicain. Il y a une véritable volonté de transformation idéologique : lui faire boire de l'alcool, lui faire chanter des chansons révolutionnaires, mettre en place tout un processus pour faire de lui un enfant du nouveau régime.

Pourquoi vouloir rendre républicain le fils du roi ? Parce que certains révolutionnaires — Hébert, Danton, Robespierre — envisagent déjà la possibilité que cet enfant puisse un jour être remis sur le trône, comme monarque constitutionnel. Ils ne sont pas des anti-royalistes absolus. Ils lisent la France telle qu'elle est.

La Révolution française, c'est une affaire parisienne, et de quelques grandes villes. La vaste majorité de la France est rurale, et reste monarchiste. Certaines provinces sont entièrement monarchistes : la Bretagne, la Vendée, le Sud-Ouest — les fameuses chouanneries. La grande majorité du pays reste sensible à l'idée d'un roi. Les révolutionnaires le savent. Et ils savent une autre chose, décisive : celui qui détient le petit, non seulement physiquement mais moralement — un enfant auquel il est attaché, qu'il peut montrer au peuple —, celui-là détient l'avenir de la France.

Ils savent aussi, à la vitesse à laquelle les gens se décapitent les uns les autres pendant la Terreur, que la situation ne durera pas des années. À un moment, il faudra retrouver une forme de stabilité. La ferveur révolutionnaire va s'essouffler. Et cette stabilité ne viendra pas nécessairement de quelqu'un d'élu dans le système révolutionnaire. Elle pourrait venir d'une figure consensuelle. Cet enfant.

Voilà pourquoi le dispositif de surveillance autour de lui est démesuré. Des gardes partout, tout fermé, plusieurs tentatives d'évasion. Même du temps de Marie-Antoinette, il y en a une qui a failli réussir, à une minute près. C'est Simon, justement, qui l'avait déjouée. C'est pour cela qu'on lui a ensuite confié la garde de l'enfant. Les tentatives d'évasion viennent de réseaux royalistes intérieurs. Mais les plus actifs sont les Espagnols.

Pourquoi l'Espagne se préoccupe-t-elle autant de ce qui se passe en France ? Parce qu'en Espagne règne un Bourbon. Le roi d'Espagne considère les enfants royaux comme ses cousins. Il estime scandaleux que les enfants du dernier roi de France soient enfermés. Il va dépenser des fortunes, à travers différents réseaux, pour corrompre des gens à Paris, obtenir des nouvelles du petit, faire passer des choses, organiser son évasion.

Les complots sont permanents. Et les révolutionnaires eux-mêmes, au fur et à mesure, se font guillotiner. Le plus connu au début, c'est Hébert, qui tient un journal hyper-révolutionnaire dans lequel il attaque la reine sans arrêt. Mais Hébert est aussi fasciné par l'enfant. On voit clairement qu'avec ses acolytes, il cherche à en être chargé. Parce qu'il sait que celui qui est chargé de l'enfant est en charge du gouvernement. Danton, on le suppose, est lui aussi impliqué dans cette affaire.

Et surtout, il y a Robespierre. Extrêmement intelligent, extrêmement fin. Parmi tous les révolutionnaires qui restent du début, il est probablement le plus stable — même si cette stabilité ne dure qu'un an. Les gouvernements étrangers, quand Robespierre est à la tête du pouvoir, commencent à souffler. Enfin quelqu'un avec qui l'on peut parler. Avant lui, à qui parlait-on ? À des généraux ? Il n'y avait personne véritablement en charge. Robespierre passe un temps pour l'interlocuteur possible de la France révolutionnaire.

C'est Robespierre qui, au fond, garde l'enfant. Sous sa protection, dans cette prison surprotégée. La dernière fois qu'on a des informations directes, en janvier 1794, l'enfant est en bonne santé. On a des rapports médicaux. Simon lui achète des jouets. Il est attaché à lui et à sa femme.

Puis, en janvier 1794, Simon part. Il est remplacé. Une transition s'opère. Et à partir de là, plus personne ne voit l'enfant. Le médecin passe de temps en temps. On a des rapports de lingerie, on sait quel linge est utilisé. Mais personne ne voit l'enfant en chair et en os. Il est séparé de sa sœur. Il y a énormément de gardes. Tout est fermé. Il a une petite cour pour se promener. Personne ne le voit.

C'est là que commence l'inconnu. Le petit Louis XVII est gardé en otage, et on ne sait plus très bien quoi en faire. Pendant ce temps, les guerres sont incessantes entre les révolutionnaires et les pays voisins. L'Espagne, la Prusse, l'Angleterre, l'Autriche. L'Espagne en particulier, qui fait de la restitution des deux enfants royaux une condition sine qua non pour signer la paix.

C'est à partir de là que l'énigme Louis XVII commence vraiment. On la reprendra au prochain épisode.